Zar Amir Ebrahimi, l’étoile venue d’Iran

Prix d’interprétation à Cannes pour l’époustouflant polar noir Holy Spider, l’actrice exilée à Paris nous a raconté son rôle et sa révolution.

Zar Amir Ebrahimi
© BelgaImage

À la voir arriver au festival de Gand, elle ressemble à une miniature persane, les cheveux libres coupés au carré, une chemise graphique bleue tombant sur sa silhouette menue. À 41 ans, l’actrice dégage pourtant une force impressionnante, à l’image des Iraniennes qui combattent le régime des Mollahs depuis plusieurs semaines. Comédienne reconvertie en directrice de casting, Zar a quitté l’Iran en 2008 après le scandale d’une sexe tape diffusée par un ancien petit ami, et trouvé refuge parmi la diaspora parisienne aux côtés notamment de son amie l’actrice Golshifeth Farhani. La voici (après défection de l’actrice principale par peur des scènes sans hidjab) dans le rôle risqué d’une journaliste menant l’enquête sur les meurtres à répétition de prostituées, survenus pour de vrai il y a vingt ans dans la ville sainte de Mashhad, où un fanatique religieux s’était donné pour mission d’éradiquer la prostitution.

Tourné en Jordanie pour cause de censure, signé par le Danois d’origine iranienne Ali Abbasi (Border), Holy Spider se regarde comme un subjuguant polar nocturne et pose une réflexion radicale sur la violence qui traverse l’Iran depuis plus de quarante ans : " Le film questionne de manière globale le problème de la violence. Certains se disent choqués par la brutalité des images, mais je me demande où est la vraie violence. Regarder une série Netflix qui utilise la violence de manière gratuite est pour moi plus violent que d’accepter de regarder la réalité en face, même si le miroir que nous tend le film est sale. Ce que subissent ces prostituées est évidemment en haut de l’échelle des violences faites aux femmes mais je crois que les femmes du monde entier connaissent la misogynie des sociétés patriarcales, à différents niveaux. On attend du cinéma iranien qu’il soit très social comme les films de Farhadi ou alors poétique et symboliste, comme chez Kiarostami. Ici Ali a eu le courage, au péril de sa vie, de montrer un autre visage de la société iranienne. C’est une plongée radicale qui permet aussi de mieux comprendre ce que les gens vivent aujourd’hui en Iran. Hier une adolescente a été tuée dans une école. Il n’est pas toujours possible de masquer la réalité, parfois il faut montrer les choses telles qu’elles sont ", analyse l’actrice qui se dit confiante sur la révolution en cours. " On veut la liberté. Le ralliement des hommes au mouvement est à l’image d’une nouvelle génération qui a laissé tomber la peur. Le mur est à moitié tombé et nous allons vers un futur lumineux ", espère-t-elle.

*** Réalisé par Ali Abbasi. Avec Zar Amir Ebrahimi, Mehdi Bajestani – 116’

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