Reste un peu, Les femmes du square, Bardo… Les films à ne pas manquer (ou à éviter) au cinéma

La rédaction a sélectionné pour vous les nouveaux films à ne pas manquer... ou à éviter cette semaine au cinéma.

Gad Elmaleh avec ses parents dans son film Reste un peu
Gad Elmaleh avec ses parents dans son film Reste un peu. © Prod.

Reste un peu

Le film raconte l’histoire de Gad Elmaleh, comédien juif de 50 ans, qui rentre des États-Unis pour réaliser un projet dont il n’ose pas parler à ses parents. Il veut se faire baptiser pour devenir catholique. Quand sa mère découvre une statuette de la Vierge Marie dans sa valise, un gouffre s’ouvre sous les pieds de toute une famille, mais aussi de toute une communauté qui prend sa démarche pour une trahison. Ce désir d’embrasser la foi catholique trouve pourtant ses origines dans une rencontre que Gad Elmaleh fit, enfant, dans une église de Casablanca, avec une statue de la Vierge qui l’a bouleversé. À l’heure où l’on entend dire que l’on ne peut plus rire de rien, Gad Elmaleh prouve le contraire et convoque un prêtre, une religieuse, un rabbin et même l’écrivaine Delphine Horvilleur, femme rabbin appartenant au mouvement Judaïsme en mouvement, pour en rire avec lui. Et y réfléchir avec nous.

Retrouvez notre interview de Gad Elmaleh dans notre nouveau numéro


*** Réalisé par et avec Gad Elmaleh. Avec Régine Elmaleh, David Elmaleh, Judith Elmaleh – 92’.

Les Amandiers

Ça commence par une audition. Une jeune fille blonde (fougueuse Nadia Tereszkiewicz) joue La putain respectueuse. Elle se cogne. Elle trébuche. Elle joue à fleur de peau. “Pourquoi voulez-vous être actrice?” questionne le jury attentif. C’est à cela que le film tout entier semble répondre: être ou ne pas être acteur ou actrice. À 57 ans, Valeria Bruni signe son (septième) film, sans doute le plus grave et le plus beau, réalisant une reconstitution “avant tout émotionnelle” de ses années dans l’école (éphémère) créée en 1986 par Patrice Chéreau et Pierre Romans (disparus depuis, ici incarnés par Louis Garrel – sur les écrans avec le fabuleux L’innocent – et Micha Lescot). “Louis a dû trouver ce que j’appelle son Patrice Chéreau intérieur car il ne s’agissait en aucun cas de l’imiter, même si on a retrouvé ses chemises Agnès B et ses petits cigares. Il voulait absolument jouer Chéreau, car il est également metteur en scène et était fasciné par son travail”, nous confie-t-elle, lovée dans un pull rose pâle au dernier Fiff de Namur. On y découvre un Chéreau fiévreux et passionné (“Jouer c’est dangereux, c’est grave, c’est une responsabilité”, tonne-t-il), séducteur et cruel, consommateur de drogue, à la hauteur de sa légende. “On avait proposé à Chéreau de diriger l’Odéon à Paris, il a refusé pour le théâtre des ­Amandiers à Nanterre en banlieue, c’était un choix politique. L’idée de créer une école au sein d’un théâtre était géniale. Tout le monde venait, Bernard-Marie Koltès, Catherine Deneuve, Barbara, c’était fou”, poursuit-elle. Entre les répétitions du Platonov de Tchekhov, la peur du Sida et la découverte du sentiment amoureux, c’est toute une jeunesse qui ressurgit sous nos yeux avec son goût violent, absolu, de vivre et de jouer.


*** Réalisé par Valeria Bruni Tedeschi. Avec Nadia Tereszkiewicz, Sofiane Bennacer. – 126’.

Bardo

Ceci n’est pas un rêve" . Même si le fil narratif du ­dernier film du réalisateur de The Revenant ou Birdman est pour le moins décousu, si l’impression persistante est que l’on voyage dans l’inconscient du narrateur et auteur, les apparences sont trom­peuses. Bardo raconte l’histoire d’un journaliste et documentariste mexicain qui vit aux États-Unis et revient dans son pays pour y recevoir un prix. C’est l’occasion pour lui de faire le point sur son existence, son couple, un deuil impossible, les rapports qu’il entretient avec ses enfants, ses parents et lui-même.

Une crise de légitimité lui tombe dessus, un énorme syndrome de l’imposteur qui est mis en parallèle avec son pays natal. Un Mexique écartelé entre une histoire spoliée par les envahisseurs espagnols et un présent qui oscille entre chaos intérieur et voisinage probléma­tique avec l’Oncle Sam. Prétentieux parfois, complaisant souvent, trop long certainement, Bardo permet pourtant à son réalisateur de faire montre d’un imaginaire visuel sans limite. À voir de préférence dans une salle de cinéma même si cette production Netflix débarque sur la plateforme le 16 décembre prochain.

** Réalisé par Alejandro González Iñárritu. Avec Daniel Giménez Cacho, Griselda Siciliani. – 159’. 

Les femmes du square

Voilà un sujet que le cinéma n’aborde pas souvent: les nounous immigrées, souvent exploitées, qui gardent les enfants, font le ménage ou la cuisine pendant que leurs employeurs passent la journée au boulot. Angèle, une Ivoirienne sans papiers, devient nounou pour échapper à des malfrats. Avec l’aide d’un jeune avocat, elle va prendre la défense de ces “femmes du square” qui partagent les mêmes conditions de travail sans connaître leurs droits. Julien Rambaldi (Bienvenue à Marly-Gomont) choisit le ton feelgood pour raconter son histoire, mais la thématique n’en est pas moins bien abordée. Avec l’excellente Eye Haïdara, découverte dans Le sens de la fête.

** Réalisé par Julien Rambaldi. Avec Eye Haïdara, Ahmed Sylla, Léa Drucker – 105’.

Vous n’aurez pas ma haine

Publié sur Facebook au lendemain des attentats du Bataclan à Paris où sa femme Hélène, mère de leur petit garçon de dix-sept mois, est assassinée, le post humaniste d’Antoine Leiris (Vous n’aurez pas ma haine) faisait le tour du monde et devenait un livre. Sept ans après, le cinéma ose enfin s’emparer de la douleur du sujet. Mais après la série En thérapie, la beauté brisée de Revoir Paris (avec Virginie Efira) ou l’efficacité froide de Novembre, cette adaptation du livre-témoignage d’Antoine Leiris déçoit. Car rien ne va, notamment l’interprétation figée et antipathique de Pierre Deladonchamps qui n’atteint jamais la douleur ­collective. Dommage.


* Réalisé par Kilian Riedhof. Avec Pierre Deladonchamps, Thomas Mustin – 103’.

 

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