Black Panther 2, Rodeo… Les films à ne pas manquer (ou à éviter) au cinéma

La rédaction a sélectionné pour vous les nouveaux films à ne pas manquer... ou à éviter cette semaine au cinéma.

Black Panther Wakanda Forever
© Prod.

Black Panther 2 : Wakanda Forever

Deux enjeux traversent cette nouvelle production Marvel. Le peuple de Wakanda a perdu son roi T’Challa, interprété dans le premier volet par le regretté Chadwick Boseman à qui ce nouvel épisode est largement dédié. Les terres de Wakanda ne sont donc plus sous la protection de la puissante Panthère Noire. Mais elles ne sont plus les seules à détenir le précieux vibranium, métal tant convoité par les nations dites civilisées qui pourraient le transformer en arme de destruction massive. Un autre royaume, sous-marin celui-là, en possède aussi et entend bien mener la guerre au monde entier pour en rester maître. Leur leader Namor demande à Wakanda son soutien, qui lui est refusé, ce qui provoque sa colère.

Le problème de ce Wakanda Forever est sans doute qu’il y a un enjeu de trop. Il est clair qu’il faut que quelqu’un (quelqu’une ?) devienne le nouveau (nouvelle ?) Black Panther. La disparition tragique de Chadwick Boseman n’a pas interrompu la série mais obligé les scénaristes à revoir leur copie sans lui. Et à donc imaginer sa succession. C’est ce que le public attend. Mais les chemins pour y parvenir sont terriblement longs et tortueux. Il faut attendre deux heures pour savoir qui portera le costume noir à tête de panthère !

L’autre enjeu est cette guerre que vont se mener les deux peuples détenteurs du vibranium. L’un, d’origine africaine, l’autre d’origine sud-américaine. Il y avait énormément de potentiel à développer dans ce face à face entre deux peuples qui ont pour point commun historique d’avoir été opprimés par la domination blanche. Si le premier Black Panther était empreint d’une symbolique forte, il s’avère qu’une forme de surenchère fait perdre au deuxième une grande partie de sa pertinence. Mais pas d’inquiétude, la fin laisse entrevoir que d’autres Black Panther sont dans les starting blocks !


** Réalisé par Ryan Coogler. Avec Letitia Wright, Lupita Nyong’o, Danai Gurira, Angela Bassett – 162′ 

Rodeo

Les femmes cinéastes se sont frayé un chemin dans la forêt dense de l’histoire du cinéma. Ce chemin sera toujours recouvert mais il a désormais été balisé et a ouvert des sentiers de narration différents. Je me suis sentie protégée par ces figures-là.” Autant dire d’emblée qu’on a littéralement bu les paroles de la jeune réalisatrice française (31 ans) rencontrée au festival de Gand, tant elles disent la montée en puissance des femmes cinéastes dans l’époque et la manière dont elles font évoluer les écrans à travers un “female gaze” (“regard féminin”) qui redéfinit les représentations et les codes du genre.

Lola Quivoron est entrée dans cette forêt en se réappropriant les armes de la femme fatale, inventant une figure de femme-voyou jamais vue au cinéma. On suit donc dans Rodeo (sans accent) la trajectoire-météore de Julia alias l’Inconnue (incroyable Julie Ledru qui a inspiré en partie le rôle), une jeune femme issue des quartiers populaires qui traverse en solitaire le milieu du cross bitume et y découvre un moyen de survivre mais aussi le reflet de ses désirs.

Le film est d’abord né de ma rencontre avec le cross bitume en 2016, qui est devenu une passion très contagieuse, très physique. C’est un sport poétique et politique que j’ai d’abord appréhendé à travers la photo. J’ai essayé de comprendre de l’intérieur ce mouvement et cette culture, ces jeunes qui se ­rassemblent sur une route perdue au milieu des champs. Avec la photo on est déjà dans la fiction. Pendant sept ans j’ai fréquenté cette route où il y a très peu de filles. J’ai rencontré une fille très belle et très brutale qui s’appelait Baya et qui un jour a ­disparu. J’ai commencé à écrire autour d’un ­personnage féminin car elle me manquait et puis j’ai ­rencontré Julie Ledru. Ça a été un miracle. Elle a donné une matérialité, une densité documentaire au personnage. Son rapport à la violence, à la ­solitude et à la survie m’intéressait. Tout le film s’est construit à travers son point de vue et notre capacité à nous identifier à ce corps-sujet, ce sujet-corps, à sa subjectivité. L’ambition technique du film est d’abord venue du personnage”, analyse la réalisatrice.

À mi-chemin entre le film noir, le film de casse et de fantôme, Rodeo est autant un vertige de mise en scène qu’un portrait de femme neuf. Écrit avec Antonia Buresi (qui interprète également la femme du chef de bande), Rodeo ne craint ni les accidents ni les virages et nous emmène vers une utopie inconnue qui brûle longtemps, quelque part sur le bitume.

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*** Réalisé par Lola Quivoron. Avec Julie Ledru, Yanis Lafki, Antonia Buresi – 105’.

Couleurs de l’incendie

Dans sa trilogie des Enfants du désastre, l’écrivain Pierre Lemaitre décrit moins une saga familiale, même si les personnages font partie du même arbre généalogique, que les époques qu’ils traversent. Après la période “post-”Première Guerre mondiale de Au revoir là-haut, c’est le passage des années 20 aux années 30 que raconte Couleurs de l’incendie: la crise de 1929, la montée du nazisme et la course à l’armement. Avec, au centre du récit, une femme. Héritière d’un empire financier, Madeleine Péricourt (excellente Léa Drucker) est trahie par une poignée d’hommes qui la ruinent et dont elle va se venger d’une manière impitoyable. Après des comédies légères, Clovis Cornillac signe avec Couleurs de l’incendie son film le plus ambitieux et le plus réussi. C’est Pierre Lemaitre qui écrit le scénario et les dialogues, offrant au comédien et réalisateur un terrain de jeu qui semble ­parfaitement lui convenir.

Mon envie est de faire du grand cinéma populaire, explique Clovis Cornillac. C’est vers là que je veux aller. Faire du grand cinéma populaire, c’est avoir accès à un territoire plus ambigu que Marvel, qui m’endort, sans pour autant faire du Ken Loach. Mais dans un grand film populaire, il y aura certaines ­choses qui t’emmèneront vers Ken Loach et d’autres vers Marvel. Je me sens légitime à faire ça.

Son film est à la fois le portrait d’une femme qui prend son destin en main, mais aussi la description d’une époque trouble qui évoque la nôtre. Jamais Clovis Cornillac n’alourdit son trait. Son Couleurs de l’incendie a même un petit côté “ligne claire” chère à la BD belge. “J’ai lu Tintin, Blake et Mortimer, Blueberry, les anciens, convient-il. Peut-être qu’inconsciemment ça revient. Quand je fais un film, j’ai l’impression de tout inventer et quand je le vois, je constate que je n’ai rien inventé du tout! Ma volonté de cinéma se rapproche peut-être d’une espèce de ligne claire, une envie d’élégance et d’aventure.

Avec ce quatrième long-métrage passé derrière la caméra, Clovis Cornillac semble avoir trouvé une place dans laquelle il se sent peut-être plus à l’aise que dans celle de comédien. “Comme acteur, on n’est jamais exposé comme dans la réalisation. Quand je réalise, je suis tout nu. Je suis partout, dans les costumes, les décors. Réaliser, c’est vraiment réinventer le monde. Si les gens n’aiment pas mon film, ce sera de ma faute, pas celle des personnes qui sont au géné­rique et qui m’ont écouté. En revanche, si le film est réussi, ce sera grâce à eux.

*** Réalisé par Clovis Cornillac. Avec Léa Drucker, Benoît Poelvoorde – 124’.

Dreaming Walls

Patti Smith, Leonard Cohen, Jack Kerouac, ­Marilyn Monroe, Nico, Simone de Beauvoir, Bob Dylan… Les hôtes célèbres du Chelsea Hotel se détachent en surimpression sur les murs. Avec un pouvoir d’évocation rare, les réalisatrices font revivre sa mémoire née d’utopie socialiste, lors des travaux de ­transformation achevés début 2022. Vécu comme “un lieu de résistance”, le film est aussi une formidable réflexion politique sur l’art et la création.

Le Chelsea Hotel a été un lieu d’expérimentation et de liberté intense, un socle fertile avec une mixité sociale et une population diverse. Les images ­d’archives irriguent le film mais nous avons fait le choix de rester avec ceux qui y vivent et perpétuent son esprit, car l’hôtel existe dans l’imaginaire collectif encore plus que dans la réalité”, ­résument-elles. Il en ressort un documentaire d’une sensibilité folle, où se ­détachent de magnifiques person­nages comme l’artiste centenaire ­Bettina Grossman, sous le parrainage bienveillant de Martin Scorsese. À ne pas manquer.


*** Réalisé par Amélie Van Elmbt et Maya Duverdier – 102’.

Petaouchnok

C’est un peu comme si Les randonneurs se déroulait dans les Pyrénées. Mais à cheval et sans Poelvoorde. Édouard Deluc (Gauguin avec Vincent Cassel, Mariage à Mendoza) a imaginé un duo de bras cassés qui cherchent autant à se faire de la thune qu’un sens à leur existence en créant “Trappeurs 3000” pour vivre la grande aventure. Une douzaine de candidats ­mordent à l’hameçon, que des archétypes évidemment: la comédienne de pub qui court le casting, une femme qui sort de dépression, un père qui tente de recréer du lien avec son fils. Les histoires annexes sont les plus touchantes, elles ne sont hélas qu’effleurées au profit du road trip désorganisé qui les réunit toutes.


** Réalisé par Édouard Deluc. Avec Pio Marmaï, Philippe Rebot, Olivia Côte, Camille Chamoux – 96’.

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