R.M.N., un chef d’œuvre social signé Cristian Mungiu

Avec R.M.N., Cristian Mungiu livre une radiographie magistrale des maux qui rongent la Roumanie et l’Europe entière.

R.M.N. au cinéma
© Prod.

Cinéaste exceptionnel dont l’ultra- réalisme a su tendre un miroir grossissant aux conflits qui travaillent l’Europe de l’Est post-soviétique (voir 4 mois, 3 semaines, 2 jours sur l’avortement qui lui valut la palme d’or en 2007 ou ­Baccalauréat sur la corruption, prix de la mise en scène en 2016), Cristian ­Mungiu s’inspire ici d’un fait divers très connu survenu en Transylvanie en 2020 et il tire de deux ans d’enquête un scénario magistral autour de la fabrique de “l’étranger”, dans un village traditionnel, où s’entrecroisent plusieurs destins.

Celui de Matthias, manutentionnaire dans des abattoirs revenu au village après une insulte sur son origine gitane et qui y retrouve Celia, un ancien flirt, devenue entrepreneuse émancipée dans une boulangerie industrielle. Lorsque Celia fait appel à des travailleurs étrangers (en l’occurrence des Sri Lankais) devant la pénurie de main-d’œuvre locale, son initiative déclenche une vague de protestations et la mise en place spontanée d’une assemblée pour voter ou non le départ des étrangers. Tandis que Matthias s’occupe de son jeune fils fugueur et emmène son père malade passer une R.M.N. (cet examen par résonance magnétique, qu’on peut aussi prendre pour un acronyme de la ­Roumanie), Mungiu ausculte son pays au scalpel, entre plans- séquences habités et scènes collectives puissantes qui confrontent l’idée même de démocratie.

Ma première source d’inspiration, c’est la réalité. J’ai développé ce style de plans-séquences car la réalité est un continuum, les moments inglorieux existent et il n’y a pas de montage. La scène de réunion dans l’église montre les limites de la démocratie: si les gens ne sont pas éduqués, elle ne donne pas de bons résultats”, analyse le cinéaste avec qui on a pu s’entretenir par Zoom depuis ­Bucarest. Pour autant, Mungiu ne revendique pas un cinéma pédagogique ni démonstratif: “Je fais de grands efforts pour que mon cinéma reste du cinéma, mais qui donne aussi l’opportunité de parler d’enjeux de société. Un film doit d’abord raconter une histoire, permettre aux gens de s’identifier, cela leur donne le recul sur eux-mêmes nécessaire pour réfléchir. Mon film est un état du monde, pas seulement de la Transylvanie ou de l’Europe. J’ai voulu faire un portrait de la nature humaine et de ce conflit intérieur entre l’empathie et l’animalité pour comprendre comment se fabrique cette idée que les autres ont tort plutôt que nous”.


**** Réalisé par Cristian Mungiu. Avec Marin Grigore, Judith State, Macrina Barladeanu – 125’.

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