Le petit Nicolas, Simone Veil, L’Innocent… Les films à ne pas manquer (ou à éviter) au cinéma

La rédaction a sélectionné pour vous les nouveaux films à ne pas manquer... ou à éviter cette semaine au cinéma.

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© Prod.

Le petit Nicolas, Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux?

Il a beau être inventé, le petit Nicolas tient beaucoup de ses géniteurs, Sempé et Goscinny, et le film d’Amandine Fredon et Benjamin Massoubre, (meilleur long-métrage du dernier Festival d’Annecy) nous raconte pourquoi. Loin des tentatives maladroites, voire ratées, d’adapter ses aventures en prises de vue réelles, ce Petit Nicolas est une œuvre familiale puisqu’on y retrouve le trait de Jean-Jacques Sempé et qu’Anne Goscinny, fille de celui qui allait créer Astérix trois ans plus tard, en a coécrit le scénario.

Le film est né de l’envie d’un producteur, nous confie Anne Goscinny. Il voulait raconter l’histoire du petit Nicolas à travers celle de ses auteurs, mais avec des archives de l’INA. On en a parlé il y a onze ans pour la première fois. On s’est dit que ce serait plus efficace si tout était en animation. Il fallait mettre en perspective la jeunesse de l’un et de l’autre qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre. C’est un film que j’ai voulu comme un exemple de résilience. Sempé a eu une enfance malheureuse, maltraitée. L’adolescence de mon père s’est terminée avec la prise de conscience qu’il ne reverrait plus ses oncles morts en déportation. Et la gageure de ce film était de montrer comment d’une enfance “massacrée” et d’une adolescence “guillotinée”, était née une enfance rêvée. Celle du petit Nicolas.”

Porté par les voix d’Alain Chabat et de Laurent Lafitte, ce très joli film raconte comment les idées qui ont nourri les aventures du gamin s’inspirent de la vie de ses créateurs. Le film décrit cette amitié inscrite dans le Paris insouciant des années 50, où le cynisme n’avait pas cours. Un film beau comme la nostalgie de l’enfance. “C’est un Paris qui ressemble à l’univers du petit Nicolas, ajoute Anne Goscinny. C’est un Paris sous cloche, sur lequel la guerre n’est pas passée, un Paris qui n’a pas été envahi, c’est un Paris idéal comme l’enfance idéalisée du petit Nicolas. Une enfance où il n’y a pas de menace de divorce même quand les parents ne sont pas d’accord. C’est une enfance sans médias. Les dessins de Sempé ne sont jamais angoissants, ils sont apaisants. Je n’ai jamais considéré Sempé comme un humoriste ou comme un poète, comme je l’ai encore lu dernièrement. Mais comme un philosophe.


*** Réalisé par Amandine Fredon et Benjamin Massoubre – 82’.

Simone, le voyage du siècle

Elle fut la femme des grands combats du XXe siècle: du droit des femmes à la reconstruction européenne de l’après-guerre, sa politique s’incarne notamment dans la lutte pour la légalisation de l’avortement aboutissant en France à la “loi Veil” de 1975, et qui sous-tend tout le film d’Olivier Dahan. Issue d’une famille juive qui se définissait comme “patriote et très attachée à la laïcité”, Simone Veil, née Jacob (1927-2017), fut déportée avec sa mère et sa sœur au camp d’Auschwitz en 1942. Devenue avocate, puis magistrate à une époque où les femmes étaient assignées à la vie domestique, elle se révèle en femme politique contre la torture en Algérie, pour le droit des femmes et des malades du sida et participe activement à la réconciliation franco-allemande. Elle est incarnée jeune par Rebecca Marder qui traverse avec fougue la violence des camps (reconstitués en Hongrie, dans les décors du Fils de Saul), puis avec classe par Elsa Zylberstein. À l’initiative du projet, l’actrice a connu Simone Veil et s’est acquis l’accord de la famille pour incarner selon elle “une femme qui s’est construite sur des ruines”.

La première qualité du film d’Olivier Dahan, faiseur de biopics bankable depuis que La môme valut un Oscar à Marion Cotillard en Édith Piaf, et qui se pencha sur la figure de la princesse de Monaco dans Grace avec Nicole Kidman, est de ne pas offrir un biopic classique. Imprégné de l’autobiographie de Simone Une vie parue en 2007, comme des combats sociaux de son propre père militant antiraciste, Dahan ne revendique pas une approche intellectuelle de l’icône: “Je voulais que le film soit très physique. J’ai essayé de m’approcher le plus possible de l’être humain, de la chair. L’icône ne m’impressionne pas. Dans mes films, je cherche à transmettre une expérience plus sensorielle qu’intellectuelle.

Il en ressort un film d’une très grande force pédagogique, où l’on croise les figures des grandes amies déportées de Simone Veil comme Marceline Loridan et Ginette Kolinka qui surent rester proches malgré leurs différences sociales. On y salue également la figure d’Antoine Veil, l’époux discret, de Milou, la sœur disparue trop jeune, et du fantôme de leur mère Yvonne dont l’ombre portée, par-delà la mort, guida les combats de Simone Veil toute sa vie.

*** Réalisé par Olivier Dahan. Avec Elsa Zylberstein, Rebecca Marder, Olivier Gourmet – 140’. 

L’Innocent

C’est un film étonnant et inattendu, qui tient autant du film de casse que de la mélancolie, à mi-chemin entre l’époque (voir ses personnages féminins puissants) et les clins d’œil à l’histoire du cinéma, travaillé en creux par des questions essentielles comme la liberté, le courage amoureux, le lien filial – le tout avec un humour fou et une humilité palpable. Pourtant Louis Garrel, 39 ans et quatre longs-métrages au compteur, qui fut aussi Jean-Luc Godard ou le capitaine Dreyfus au cinéma (et avant d’incarner Patrice Chéreau pour Valeria Bruni-Tedeschi dans Les amandiers, en salles le 16 novembre), se défend de toute naïveté. “J’ai voulu faire un film léger, ce qui n’est pas le contraire de profond”, précise-t-il lorsqu’on le rencontre dans le foyer du théâtre namurois où il est venu présenter son film en ouverture du Fiff.

Il nous lance ici à la poursuite d’un quatuor de personnages cocasses dont lui-même dans le rôle d’Abel, jeune homme craintif persuadé que Michel (Roschdy Zem), le nouveau mari de sa mère (Anouk Grinberg), épousé en catastrophe en prison, n’a pas raccroché les gants et prépare un dernier coup. Avec l’aide de son amie Clémence (réjouissante Noémie Merlant, qui pousse pour la première fois les curseurs de la comédie), Abel commence à douter de Michel, tout en se liant à lui: “J’ai voulu faire un film à la croisée des genres, en fabriquant des séquences qui ont des comptes à rendre au cinéma. Le polar convoque un univers très américain, mais évidemment il ne faut pas avoir l’air d’imiter les Américains, alors j’y ai ajouté l’étude sentimentale, qui est un genre très français. Et au sein du polar il y a le film de braquage qui est très genre très populaire qui me plaisait. Le grand plaisir du film de casse c’est que tout est préparé et que tout dégénère. Ici ça dégénère à cause des sentiments”, raconte Garrel. L’innocent (dont le titre est à prendre au sens propre et au figuré) livre des scènes de comédie irrésistibles, avec filatures burlesques et discussions dans des cafés au son de musiques de variétoche française. “Le trajet du personnage d’Abel est de sortir de la mélancolie. À ses côtés, je voulais un couple de cinéma très amoureux, c’est ce qui a plu à Roschdy et Anouk. Avec eux j’avais l’impression d’être voyeur tellement ils sont beaux ensemble. J’ai adoré participer avec eux à cette cérémonie très ancienne du jeu, où l’on reproduit les choses du monde. Le but de mes films, c’est de faire spectacle.” Ce plaisir généreux de cinéma, ne le manquez pas en salle.

*** De et avec Louis Garrel. Avec aussi Anouk Grinberg, Noémie Merlant, Roschdy Zem – 99’. 

L’origine du mal

Stéphane (Laure Calamy) est ouvrière à la chaîne. Elle prend contact avec son père (Jacques Weber) qu’elle n’a jamais connu. Serge est à la tête d’une fortune colossale. Son épouse (Dominique Blanc, fantasque à souhait) et sa fille qui gère ses affaires depuis son AVC (Doria Tillier, froide comme une piqûre de vipère) voient la nouvelle venue d’un mauvais œil.

Pour les impressionner, Stéphane va s’inventer une vie de cheffe d’entreprise. Le premier d’une dangereuse série de mensonges. L’écriture de Sébastien Mar nier aborde la réalité par un bout de la lorgnette qui imprime à son cinéma un réalisme décalé. C’est ce qui faisait la force de L’heure de la sortie, c’est ce qui nimbe aussi ce thriller psychologique aux accents malsains et à l’humour amer, dans lequel aucun des personnages, sinon peut-être la petite-fille du patriarche, ne joue franc-jeu. Le scénariste et réalisateur ne joue pas tant avec nos nerfs qu’avec notre capacité à cerner les personnages dont il ne nous dévoile les diverses “couches” qu’avec parcimonie. Le jeu est d’autant plus plaisant qu’il est servi par une Laure Calamy aux multiples visages.

*** Réalisé par Sébastien Marnier. Avec Laure Calamy, Doria Tillier, Jacques Weber, Dominique Blanc – 125’.

The Woman King

C’est une entreprise à la fois étrange et louable à laquelle nous convoque le film de Gina Prince-Bythewood. Vouloir faire entrer l’épopée des femmes-soldats Agojié dans les codes plutôt figés et peu subversifs du blockbuster guerrier hollywoodien. Si le but est de donner à voir ces femmes puissantes entre toutes qui combattirent dans l’ancien royaume du Dahomey (actuel Bénin) au XIXe siècle contre la mise en place des réseaux d’esclavage, guidées ici par le charisme de Viola Davis (Fences, Veuves) et le récit d’apprentissage d’une jeune fille novice, on reste cependant sceptique devant la forme que prend la fresque. Celle-ci, à mi-chemin entre une interprétation très Disney des traditions africaines et une version idéalisée (et erronée du point de vue historique) du royaume du Dahomey qui participa à la traite atlantique. Quoi qu’il en soit, le fim permet de donner une place à ces amazones noires longtemps invisibles et confirme que des voix nouvelles sont désormais audibles au royaume d’Hollywood, qui reste tout de même, ne nous voilons pas la face, le vrai roi de ce film conseillé aux plus de 12 ans.


** Réalisé par Gina Prince-Bythewood. Avec Viola Davis, Thuso Mbedu, Lashana Lynch – 134’.

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