Simone, le voyage du siècle n’est pas un biopic classique

Biopic consacré à Simone Veil, Simone, le voyage du siècle raconte les combats de celle qui fit légaliser l’avortement en France et transmit la mémoire de la Shoah.

biopic sur simone veil
© Prod.

Elle fut la femme des grands combats du XXe siècle: du droit des femmes à la reconstruction européenne de l’après-guerre, sa politique s’incarne notamment dans la lutte pour la légalisation de l’avortement aboutissant en France à la “loi Veil” de 1975, et qui sous-tend tout le film d’Olivier Dahan. Issue d’une famille juive qui se définissait comme “patriote et très attachée à la laïcité”, Simone Veil, née Jacob (1927-2017), fut déportée avec sa mère et sa sœur au camp d’Auschwitz en 1942. Devenue avocate, puis magistrate à une époque où les femmes étaient assignées à la vie domestique, elle se révèle en femme politique contre la torture en Algérie, pour le droit des femmes et des malades du sida et participe activement à la réconciliation franco-allemande. Elle est incarnée jeune par Rebecca Marder qui traverse avec fougue la violence des camps (reconstitués en Hongrie, dans les décors du Fils de Saul), puis avec classe par Elsa Zylberstein. À l’initiative du projet, l’actrice a connu Simone Veil et s’est acquis l’accord de la famille pour incarner selon elle “une femme qui s’est construite sur des ruines”.

La première qualité du film d’Olivier Dahan, faiseur de biopics bankable depuis que La môme valut un Oscar à Marion Cotillard en Édith Piaf, et qui se pencha sur la figure de la princesse de Monaco dans Grace avec Nicole Kidman, est de ne pas offrir un biopic classique. Imprégné de l’autobiographie de Simone Une vie parue en 2007, comme des combats sociaux de son propre père militant antiraciste, Dahan ne revendique pas une approche intellectuelle de l’icône: “Je voulais que le film soit très physique. J’ai essayé de m’approcher le plus possible de l’être humain, de la chair. L’icône ne m’impressionne pas. Dans mes films, je cherche à transmettre une expérience plus sensorielle qu’intellectuelle.

Il en ressort un film d’une très grande force pédagogique, où l’on croise les figures des grandes amies déportées de Simone Veil comme Marceline Loridan et Ginette Kolinka qui surent rester proches malgré leurs différences sociales. On y salue également la figure d’Antoine Veil, l’époux discret, de Milou, la sœur disparue trop jeune, et du fantôme de leur mère Yvonne dont l’ombre portée, par-delà la mort, guida les combats de Simone Veil toute sa vie.

*** Réalisé par Olivier Dahan. Avec Elsa Zylberstein, Rebecca Marder, Olivier Gourmet – 140’. 

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