Triangle of Sadness, Palme d’or à Cannes : une satire grinçante de notre société

Cinéaste vibrionnant, le Suédois Ruben Östlund a remporté une seconde Palme d’or avec Triangle Of Sadness, terrifiante satire du capitalisme moderne. On l’a rencontré.

Triangle of Sadness ou Sans filtre
© Prod.

Lorsqu’il reçoit ses Palmes d’or, il a l’habitude de s’agiter sur scène sous les yeux effarés du public. Cinq ans après The Square, portrait grinçant d’un conservateur de musée d’art moderne figurant la vacuité contemporaine occidentale, Ruben Östlund est remonté sur scène avec les mêmes gestes de vainqueur pour une nouvelle farce critique, Triangle Of Sadness, se jouant à bord d’un yacht de luxe. L’énergique cinéaste fut skieur professionnel et vint au cinéma par les films sportifs, avant d’en faire la matière d’une œuvre de fiction très remarquée, Snow Therapy (2014). Maître de l’humour polaire, il observe ici, confinés dans une croisière de luxe, une poignée de personnages oisifs et inutiles socialement (un jeune couple d’influenceurs, une vieille Américaine qui a fait un AVC, un ex-oligarque russe…) lors d’une croisière dont le climax est supposé être le dîner du capitaine (inattendu Woody Harrelson) qui se trouve être américain et marxiste, alors qu’une tempête approche.

Ayant grandi avec une mère communiste, pétri de sociologie, fan de Michel Houellebecq, Bunuel, Catherine Breillat ou Lars von Trier, le cinéaste se révèle étonnamment discipliné en interview: “Mes films s’intéressent aux structures sociales. Dans le monde du luxe ou de la mode, les hiérarchies sont très voyantes et permettent de montrer les rapports de pouvoir à l’œuvre, et leur absurdité. Par exemple le personnel des yachts s’est rendu compte que les jacuzzis dans les chambres provoquaient de mauvaises habitudes, certains voulaient y mettre du champagne avec des poissons rouges, or le personnel n’a pas le droit de dire non. Ce genre de choses m’intéresse. En sociologie personne n’est montré du doigt. J’étudie des comportements qui deviennent truculents. Je veux me débarrasser d’un mode de narration qui ne repose que sur l’individu, le héros et ses antagonismes. Mon cinéma s’intéresse à la provocation mais pas de manière gratuite”.

Si l’horizon des films de Ruben Östlund est la fabrique (déviante) de notre civilisation, Triangle Of Sadness se regarde comme une magistrale leçon critique où, sur une île déserte après la catastrophe où les hiérarchies sont à reconstruire, s’engouffrent l’inversion jouissive du rapport de domination et la critique en vrac de toutes les utopies modernes (écologie et féminisme compris). Un conseil: soyez prêts à embraquer sur le yacht mais n’oubliez pas vos sacs à vomi.

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**** Réalisé par Ruben Östlund. Avec Harris Dickinson, Charlbi Dean, Woody Harrelson – 149′

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