Les enfants des autres, Tout le monde aime Jeanne… Les films à ne pas manquer (ou à éviter) au cinéma

La rédaction a sélectionné pour vous les nouveaux films à ne pas manquer... ou à éviter cette semaine au cinéma.

les enfants des autres
© Prod.

Les enfants des autres

J’ai honte de cette conversation, je suis une femme qui veut un enfant. " Cette confidence murmurée dans Paris par une femme à l’homme qu’elle aime est à l’image du cinquième film de Rebecca Zlotowski, tendre, beau, puissant. Douze ans après Belle épine, la réalisatrice retourne à une veine autobiographique à travers le portrait de Rachel (Virginie Efira), professeure de cinéma orpheline de mère et sans enfant, de sa rencontre avec Ali (Roschdy Zem) à son attachement progressif à la petite fille de celui-ci, Leïla, qui vit en alternance avec sa mère (Chiara Mastroianni). Les enfants des autres est un grand portrait de femme contemporain sublimé par la mise à nu d’une éblouissante Virginie Efira, creusé par des sujets chers à la réalisatrice (le deuil de la mère, la sororité) mais aussi très universels (le désamour, les liens qui subsistent et nous unissent), révélant une allégorie intime de nos vies urbaines et rendant aux femmes sans enfant la place que le cinéma leur doit. La vie tout simplement.

Retrouvez notre interview de Rebecca Zlotowski dans notre nouveau numéro

**** Réalisé par Rebecca Zlotowski. Avec Virginie Efira, Roschdy Zem – 103’.

Don’t Worry Darling

Trois ans après Booksmart, corrosif teenmovie féministe, l’actrice américaine Olivia Wilde (Dr House, Tron…) poursuit son dérouillage en règle du rêve américain, porté ici par deux nouvelles icônes: la prodigieuse Florence Pugh (Midsommar…) et le chanteur Harry Styles. Dans Don’t Worry Darling, ils interprètent Alice et Jack, un jeune couple vivant dans le Victory Project, une résidence de luxe qui repose sur la fétichisation de l’American way of life des années 1950 (avec épouses modèles qui attendent leur mari toute la journée). Tandis qu’Alice découvre le secret du gourou de la communauté (Chris Pine) et dessille son regard sur les structures patriarcales en place, le film prend un virage narratif qui repose plus sur des effets de spectaculaire que sur le fond, rehaussé par des personnages féminins classieux dont on eût voulu qu’ils constituent le cœur du film. Brillant donc, et un brin superficiel.


*** De et avec Olivia Wilde. Avec aussi Harry Style, Florence Pugh et Chris Pine – 123’.

Tout le monde aime Jeanne

Sur l’affiche, Blanche Gardin prend toute la place puisqu’il est arrivé ce temps où des personnages féminins complexes rendent enfin visible “l’aventure spécifique et hilarante d’être une femme” selon la réalisatrice et illustratrice Céline Devaux qui signe un premier long-métrage dont la particularité est de figurer à l’écran la voix intérieure de son héroïne (ou plutôt son surmoi dévorant) sous la forme d’un impitoyable petit être chevelu.

Après un échec professionnel, Jeanne (Blanche Gardin) vide l’appartement de sa mère à Barcelone et retombe sur un ancien copain de lycée (Laurent Lafitte), désinhibé et a priori pas son genre. “La structure de la comédie romantique nous permet de raconter des milliers d’histoires. Je voulais raconter la trivialité d’une femme qui ne remplit pas les jobs de femmes. Jeanne n’est pas mère, pas douce, dans mon film ce sont les hommes qui la protègent et pas l’inverse”, confie Céline Devaux qui cite au passage l’humour à blanc de la Britannique Phoebe Waller-Bridge, dont elle partage l’ironie mordante. C’est sûr, vous allez aimer Jeanne.


** Réalisé par Céline Devaux. Avec Blanche Gardin, Laurent Lafitte, Marthe Keller – 95’.

Le Tigre et le Président

Pour les livres d’histoire, Paul Deschanel (Jacques Gamblin) restera le président français qui est tombé du train en pyjama et qui a démissionné pour raisons de santé quelques mois après sa prise de fonction. Homme fragile et lunatique, il fut raillé par la presse et avait pour pire ennemi politique Georges Clemenceau (André Dussollier) qu’il avait battu aux élections de 1919. Si l’opposition entre les visions politiques des deux hommes fonctionne, c’est qu’elle est toujours d’actualité. D’un côté, le revanchard Clemenceau veut que le Traité de Versailles mette l’Allemagne à genoux, sans comprendre qu’il prépare la guerre suivante, alors que Deschanel mise plutôt sur la paix. Le film présente un visionnaire qui, au début des années 1920, veut supprimer la peine de mort, instituer le suffrage universel direct, donner le droit de vote aux femmes et créer un revenu universel! Hélas, sa maladie en a décidé autrement. Si Jean-Marc Peyrefitte signe aussi le portrait touchant d’un rêveur incompris.

** Réalisé par Jean-Marc Peyrefitte. Avec André Dussollier, Jacques Gamblin – 97’. 

Les cinq diables

Parmi les réalisatrices qui éclairent le cinéma francophone, Léa Mysius est une cinéaste à suivre, parvenant à travers un premier long-métrage (Ava, sublime récit d’apprentissage) et des collaborations fructueuses comme scénariste (avec Claire Denis ou Jacques Audiard) à tracer une route qui mêle cinéma de genre et éclosion de personnages féminins complexes. Dans Les cinq diables, les pouvoirs olfactifs d’une petite fille lui permettent ici de pénétrer le passé traumatique de sa mère (charnelle Adèle Exarchopoulos), une ex-Miss Rhône-Alpes qui ne parvient plus à aimer les hommes. Brassant l’imaginaire des sorcières, les troubles de la mémoire et l’importance de la pulsion sexuelle, Léa Mysius nous entraîne dans un flamboyant vertige de cinéma.

** Réalisé par Léa Mysius. Avec Adèle Exarchopoulos, Sally Dramé, Swala Emati, Daphné Patakia – 95’.

Une belle course

Que l’on veuille noyer un film sous de bons sentiments n’est pas un problème, pourvu que l’histoire soit bonne. Hélas, Christian Carion (Joyeux Noël, Mon fils) fait de sa Belle course un film fade. Pour rejoindre la maison de retraite où elle va finir ses jours, Madeleine appelle un taxi. Charles, son chauffeur, va la trimballer pendant toute la journée, le temps pour elle de lui raconter sa vie et, pour lui, de mettre un peu d’espoir dans sa vie de galérien au bord de la ruine. Aucune surprise dans ce film calibré pour le duo Line Renaud/Dany Boon et qui passe à côté d’un vrai sujet: le portrait d’une femme qui s’est révoltée contre la violence conjugale dans les années 50. Dommage.


* Réalisé par Christian Carion. Avec Dany Boon, Line Renaud, Alice Isaaz – 101’. 

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