La Nuit du 12, voyage au cœur de la part sombre des hommes

Avec La nuit du 12, Dominik Moll signe un polar magistral sur la violence masculine. Rencontre.

Bouli Lanners dans la nuit du 12
© Prod.

C’est un tour de force réalisé en creux, un film noir qui se déroule comme un écran de nuit autour d’un crime non élucidé, en l’occurrence un féminicide (le meurtre par le feu de la jeune Clara que seule la caméra a vu). Le film met en scène la chute des masculinités à travers le portrait de deux enquêteurs. S’inspirant ici du livre-enquête de Pauline Guéna (18.3. Une année à la PJ), Dominik Moll (Harry, un ami qui vous veut du bien, Lemming) infiltre l’espace mental de Yohan, jeune flic renfermé (Bastien Bouillon) et Marceau, enquêteur quitté par sa femme (Bouli Lanners), tous deux obsédés par l’amour, la mort, la morgue. “Ce sont les hommes qui tuent, ce sont les hommes qui font la police”, dit l’une des femmes flics du film.

Car à travers ces “filles que l’on crame”, Moll interroge la violence masculine. “Face à la parole des femmes, Yohan se déconstruit, explique le cinéaste. C’est un personnage torturé qui a besoin de la procédure pour tenir. Il fait partie de ces hommes qui croient garder le contrôle mais qui sont confrontés à des éléments extérieurs bousculant leurs certitudes. Le personnage de Bouli Lanners porte en lui une vulnérabilité, il ne voulait pas être flic mais prof de français, il récite du Verlaine en tapant des P.-V.” Si le film propose un voyage au cœur de la part sombre des hommes, il pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses. “Mon plaisir est de créer des personnages, le plus humains possible, poursuit Moll. Je n’ai pas la réponse à la violence masculine, mais le questionnement des hommes est déjà un début nécessaire.” Puisse-t-il être entendu.


*** Réalisé par Dominik Moll. Avec Bastien Bouillon, Bouli Lanners – 114’.

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