Marina Foïs à l’affiche de Las Bestias: "Je joue avec mon corps et ma gueule"

Doublement à l’affiche cette semaine avec l’époustouflant thriller Las Bestias et la comédie décalée L’année du requin, elle est l’actrice du moment. Et bien plus que ça. Rencontre avec une interprète exceptionnelle.

Marina Foïs dans las bestias
© Prod.

Cheveux courts à la Jean Seberg, chemise arty, la silhouette menue et le regard perçant, à 52 ans, Marina Foïs impressionne de grâce, d’humour et d’autorité. Découverte dans les ­sketches des Robins des Bois sur Canal+, puis au cinéma notamment chez Maïwenn dans Polisse (2011), elle ne quitte plus le haut de l’affiche. De la comédie (Papa ou Maman 1 et 2 avec Laurent Lafitte ou l’étonnant Énorme de Sophie Letourneur) au drame social (voir le très beau L’atelier de Laurent Cantet), Marina Foïs sait tout faire. Rencontre avec une fille pas comme les autres pour la sortie de Las Bestias de Rodrigo Sorogoyen et L’année du requin des frères Boukherma.

Avec deux sorties en salle cette semaine vous êtes un peu la fille de l’été: ça vous fait quoi?
Marina Foïs –
Ça me va, même si je ne maîtrise pas les calendriers de sorties. Le luxe suprême que j’ai maintenant, c’est l’éclectisme des propositions que je reçois. Je fréquente de plus en plus de grands metteurs en scène européens, ce qui est le cas de Rodrigo Sorogoyen. C’est une chance qui me dépasse un peu. J’étais fan de ses films et un jour j’ai reçu un scénario de lui, il avait vu Polisse et c’était moi qu’il voulait. Quand la vie nous fait des cadeaux comme ça, je prends. Les frères Boukherma m’ont appelée en disant qu’ils avaient écrit leur nouveau film pour moi. Déjà c’est hyper-sexy que des jeunes mecs de 28 ans passent un an à écrire un film en pensant à vous, et en plus j’ai adoré leur premier film, Teddy, c’est une vraie proposition de cinéma. Ils s’emparent du genre en le décalant avec des gens très normaux, des postiers, des gens ordinaires.

On vous découvre avec les Robins des Bois: d’où vient votre amour de la comédie et qui seraient vos mentors? Je pense à quelqu’un comme Dominique Farrugia des Nuls…
C’est très simple, Dominique on lui doit tout. Il nous a faits. Il a vu jouer les Robins des Bois un soir dans une grange à Fontainebleau, notre destinée était de jouer cette pièce deux fois. Il est venu le ­deuxième soir grâce à Michel Hazanavicius à qui je rends grâce aussi. Le lundi midi on avait ­rendez-vous avec lui. Il nous a fait faire des sketches dans La grosse émission à Comédie. Ce qui est très beau avec ­Dominique, en plus de l’amitié et des liens indéfec­tibles qu’on a, c’est qu’il a eu de l’imagination pour nous. Il savait qu’on pouvait écrire quatre ­sketches par jour, pas nous. Alors reconnaissance éternelle, gratitude et amour pour lui.

Polisse de Maïwenn change la manière dont on vous perçoit. Quel souvenir vous en avez?
Dans une carrière il y a des étapes. Polisse en est ­clairement une. Le plus fou, c’est ma première ­rencontre avec Maïwenn même si j’ai été coupée au montage de Pardonnez-moi. Elle m’a ensuite rappelée pour Le bal des actrices et Polisse. J’adore l’idée de faire un chemin avec des cinéastes. ­Maïwenn a été la première grande avec qui j’ai ­travaillé. Elle m’a transmis une liberté sur le plateau. Elle a ce regard ­transparent qu’elle partage avec Sorogoyen: ce sont des metteurs en scène qui voient à travers les acteurs.

Sorogoyen a dit de vous: “On voit dans son visage qu’elle a vécu beaucoup”. Simone Signoret disait qu’à 50 ans on a la gueule qu’on mérite. Jouer avec sa gueule en tant que femme, peu d’actrices osent le faire…
Je joue avec ma gueule et aussi avec mon corps. Les acteurs que j’aime ce sont ceux qui incarnent. C’est Depardieu, c’est Huppert, c’est Gena ­Rowlands, c’est Meryl Streep. Nous, les actrices on est parfois dans un dilemme affreux, car on constate le vieillissement tous les matins devant la glace et ça s’appelle potentiellement une torture. Mais l’idée, c’est d’en faire autre chose, un outil. Ce qui est moche, c’est les rides, mais ce qui est beau, c’est le regard. Si je me fais refaire les paupières, ça sert plus à rien de jouer. La moindre des choses, c’est d’offrir ma fatigue, mes douleurs, mes joies, mes espoirs ou mes rêves à mes metteurs en scène et aux histoires. Dans ma vie je m’autorise Photoshop, mais dans les films je m’abandonne. Mon but, c’est de devenir Gérard Depardieu. Mon chemin, c’est celui-là, je veux me libérer pour être une meilleure actrice. Aussi cher que ça me coûte, il faut offrir une part de vérité de ce que je suis.

Le cinéma participe à l’évolution des représentations, du rapport homme-femme notamment. C’est très frappant dans les couples que vous formez dans ces deux films, avec Denis Ménochet ou Kad Merad… Croyez-vous au pouvoir du cinéma pour changer les représentations?
Le film de Sorogoyen est un film sur un couple qui se suffit à lui-même. Or c’est antispectaculaire, un amour de vingt ans: que reste-t-il du geste, de l’intimité? Il parvient à mettre cela en scène, il sait créer du réel. Dans L’année du requin on est aussi dans une histoire de couple loin des clichés du cinéma. Dans ces deux films il y a une modernité du couple, ça n’est pas la femme qui accompagne, qui comprend, qui enveloppe, cette figure dont on ne veut plus. Chez les ­Boukherma, c’est la femme qui travaille et qui donne le rythme et c’est l’homme qui aime et qui attend. Alors oui, le cinéma peut faire changer les choses.

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