Piccolo Corpo, un film sur le deuil périnatal d’une grande beauté

Ode aux paysages des Alpes italiennes, Piccolo corpo raconte le deuil d’une femme qui espère un miracle. Rencontre avec Laura Samani, sa réalisatrice.

piccolo corpo
© Prod

Début du XXe siècle. Un village de pêcheurs du Frioul, dans le nord de l’Italie. Agata accouche d’une fille morte. Le curé lui refuse le baptême car l’enfant n’a pas ­respiré. Sans nom, elle est condamnée à errer dans les limbes. Quand Agata entend parler d’un sanctuaire dans la montagne qui redonne le souffle aux morts-nés, le temps de les baptiser, elle entame un voyage avec, sur le dos, le cercueil de son enfant… Avec ­Piccolo corpo (“Petit corps”), Laura Samani signe un premier film ambitieux, qui pratique le temps long, d’une grande beauté plastique. “J’avais envie de parler de miracle, nous confie la réalisatrice. Je n’y crois pas, mais on m’a raconté des histoires à propos d’un sanctuaire où des miracles sont accomplis. À l’époque, il y avait beaucoup de sanctuaires dans les Alpes. Les gens se rendaient avec des bébés morts-nés dans des petits cercueils et priaient pour qu’un miracle se produise. Dans la région dont je suis originaire, le nord-est de l’Italie, il y avait trois sanctuaires – l’un d’eux existe encore. Quelqu’un m’a conseillé de visiter Trava. Je n’ai pas assisté à un miracle, mais ça m’a donné l’idée du film.”

L’autre élément fondateur du projet, c’est la volonté de parler de sa région natale, le Frioul, région chère à Pasolini, pays de dialectes en voie de disparition. “Tous les dialectes qu’on entend dans le film, poursuit Laura Samani, ce sont des sons que j’ai entendus toute ma vie. Mon dialecte est proche de celui d’Agata. La ­langue italienne officielle est une invention. Après la ­réunification de l’Italie et la création de la langue italienne, le fascisme a interdit qu’on parle ces dialectes. Le langage est pour moi un outil qui permet de communiquer, mais il ne doit pas servir à contrôler les gens, à les obliger à se débarrasser de leurs racines, leur culture et leur identité. Mes motivations ont donc été philologiques puis politiques. Pour interpréter mon film, j’ai cherché des gens qui puissent non seulement parler en dialecte, mais aussi penser en dialecte. Donc des non-professionnels et cela rend les ­choses plus vivantes.


**** Réalisé par Laura Samani. Avec Celeste Borromei, Elisa Dondi – 85’.

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