Sans soleil, le retour d’Asia Argenta au cinéma

Figure blessée du mouvement #MeToo, Asia Argento revient au cinéma dans Sans soleil, premier film belge.

Asia Argento dans Sans Soleil
© Prod.

Pour parler du mouvement #MeToo, elle réfute le terme de “leadeuse” parce qu’elle “n’est pas une personne de pouvoir”, tout en reconnaissant avoir été “la première personne non anonyme à parler”. Lors de la cérémonie de clôture du Festival de Cannes 2018, l’actrice italienne, fille du cinéaste Dario Argento (elle apparaissait très jeune dans les sanglants ­giallos paternels Trauma, Le fantôme de l’opéra…), figure du cinéma d’auteur (d’Abel Ferrara à ­Catherine Breillat ou Tony Gatlif), également ­réalisatrice (Scarlet Diva…), témoignait sans filet des agressions subies du producteur hollywoodien Harvey Weinstein, quelques mois après l’éclatement de l’affaire qui allait faire basculer le monde du cinéma.

Depuis, la vie d’Asia Argento n’a plus été la même. “Cannes a été un tremblement de terre nécessaire, mais j’ai souffert longtemps des conséquences. Il m’a fallu beaucoup de temps pour renaître. Ça fait seulement un an et demi que je vais bien”, nous a confié l’actrice italienne en interview à Liège (en tournage avec JoeyStarr), tout en assurant la promotion du premier film de la cinéaste bruxelloise d’origine turque Banu Akseki: “Je travaille comme actrice depuis l’âge de neuf ans, j’ai parfois fait des mauvais choix pour m’occuper de mes enfants dont j’avais seule la charge. Sans soleil est un film que j’ai vraiment choisi. C’est un rôle secondaire mais ­puissant. J’ai ressenti une réelle compassion pour le personnage”.

Filiforme mais très incarnée pour camper la mère marginale du film aux côtés de l’acteur Louka Minnella (la série Coyotes), elle nous bouleverse en madone damnée, pleurant des larmes bleues dans un monde apocalyptique. Aujourd’hui (comme dans son autobiographie parue à l’automne Anatomie d’un cœur sauvage), Asia Argento dit avoir vaincu la plupart de ses démons, tout en continuant à partager avec son père (à l’affiche de Vortex de Gaspar Noé) “la nécessité de soigner ses traumas à travers le cinéma”. Même si, précise l’actrice, elle n’utilise pas que le cinéma pour se soigner, “seize ans de thérapie”, des tatouages “salvateurs” et une certaine idée de la spiritualité – “car personne ne peut vous aider, seulement la lumière que vous pouvez trouver en vous”. Ainsi soit-elle.

** Réalisé par Banu Akseki. Avec Asia Argento, Louka Minnella, Sandrine Blancke – 100’.

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