El Buen Patrón, colossal Javier Bardem

Javier Bardem explose littéralement la baraque en patron paternaliste et roublard dans la comédie grinçante El buen patrón.

Javier Bardem dans El buen patron
© Prod.

Lors de ma première audition, j’ai enlevé mon tee-shirt et j’ai obtenu le rôle. On peut dire que j’ai commencé en tant que morceau de viande, ce que je suis toujours”, plaisantait Javier ­Bardem au dernier Festival de Cannes lors d’une master class en son honneur. Peu d’acteurs de son ampleur ­affichent une telle autodérision et c’est ce qui nous enchante. Venu au cinéma avec l’explosif Jambon Jambon (1992) aux côtés de Penélope Cruz déjà, oscarisé en 2008 pour le glaçant No Country For Old Men des frères Coen, lauréat d’un prix d’interprétation cannois pour le sublime mélo d’Alejandro Iñárritu Biutiful (2010), l’acteur espagnol de 53 ans n’avait pas joué depuis longtemps sur la corde comique.

Le voici, phénoménal de drôlerie virile dans le rôle d’un patron à l’ancienne assailli par ses employés, sa femme, sa maîtresse et sa propre hypocrisie. Il campe Juan Blanco, chef pas si blanc d’une grande usine de balances, qui dissimule ses méthodes de travail pas si clean derrière des trophées entrepreneuriaux et ses privilèges masculins si intégrés qu’ils ne lui apparaissent même plus. Mais la grande force de ce film parfaitement construit (on y suit une semaine infernale dans la vie de Blanco), c’est l’interprétation de Bardem qui nous régale de son ironie dramatique puissante, tout en taclant la société capitaliste. Car le portrait du patron bienfaiteur et paternaliste se mue peu à peu en portrait d’un salaud ordinaire, servi par un Javier ­Bardem confit d’autosuffisance, symbole d’un ordre social propre en apparence mais qui a pourtant les deux mains dans la merde.


*** Réalisé par Fernando León de Aranoa. Avec Javier Bardem, Manolo Solo, Almudena Amor – 120’.

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