Frère et sœur, Elizabeth… Les sorties cinéma à ne pas manquer

La rédaction a sélectionné pour vous les nouveaux films à ne pas manquer... ou à éviter cette semaine.

Frère et soeur
© Prod.

La ruche

J’ai demandé aux actrices de ne pas jouer. Il fallait construire des états, trouver en elles des émotions vraies”, dit d’emblée Christophe Hermans, réalisateur namurois basé à Liège, qui livre un premier long-métrage en forme de huis clos chavirant où Alice (Ludivine Sagnier), une mère qui souffre de bipolarité s’enferme peu à peu avec ses trois filles dans les replis ultimes de ses troubles. Ce qui frappe immédiatement dans cette Ruche cinématographique (adaptée d’un roman autobiographique d’Arthur Loustalot), c’est la force des liens que filme ­Christophe ­Hermans. Face aux errances d’Alice, on découvre trois jeunes actrices unies par une sororité aussi féroce que salvatrice, spectatrices sidérées du basculement de leur mère: Mara Taquin (Rien à ­foutre), la révélation Sophie Breyer et la jeune Bonnie Duvauchelle, fille de Ludivine Sagnier.

En fusion totale avec ses quatre actrices dans cet ­appartement qui fait office de cinquième personnage, le film suit les allers et venues de cette ruche féminine à la fois industrieuse et toxique où plane l’ombre de Maurice Pialat. “Nous, enfants de parents bipolaires, ­conservons à l’intérieur de l’appartement un secret que nul ne peut dire. La ruche est à la fois le symbole de la honte et de cette filiation qui existe par-dessus tout et que j’ai voulu filmer avec l’idée que malgré toutes ces défaillances, l’amour circule”, précise Christophe Hermans qui s’est entouré de la caméra sensible de Colin Lévêque. “Ce film est aussi pour moi un retour à la fiction dans lequel j’ai voulu introduire mon expérience de l’authentique venue du documentaire, avec l’idée que le corps de l’enfant est fait du bruit de ses parents”, poursuit le cinéaste.

Hermans cite trois films références: Une femme sous influence de John Cassavetes (“Gena Rowlands en mère dangereuse et extraordinaire, à une époque où on ne parlait pas encore de maniaco-dépression”), De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites de Paul Newman, et Wanda de Barbara Loden, film-étendard du regard féminin. La ruche est enfin le film de la métamorphose d’une actrice. Ultra-incarnée et se dépouillant enfin de sa filmographie de jeune première (de La fée Clochette à Swimming Pool), Ludivine Sagnier livre ici une performance tout autre, celle d’une maternité ­abîmée mais généreuse, où la libération ne va pas sans destruction. Un beau geste de cinéma. – J.G.


*** Réalisé par Christophe Hermans. Avec Ludivine Sagnier, Mara Taquin, Sophie Breyer, Bonnie Duvauchelle – 81’.

Flee

Amin est né à Kaboul au début des années 80. Après le retrait des troupes russes d’Afghanistan, les moudjahidine sèment la terreur. Le père d’Amin disparaît. La famille fuit le pays. C’est le début d’un chemin de croix qui va mener Amin et les siens d’Afghanistan en Russie, puis en Scandinavie, un parcours marqué par la séparation, la violence et le passage de frontières encadré par des passeurs sans scrupules.

Mais aussi par la peur d’avouer son homosexualité qui, dans son pays, est synonyme de déshonneur pour toute la famille. Basé sur des interviews, Flee aborde les traumatismes qui subsistent de ces moments ­terribles qu’Amin a vécus et qui l’empêchent de mener une vie normale et une relation amoureuse équilibrée. Le choix de l’animation permet à la fois de ne pas “romancer” le récit comme le ferait une fiction mais aussi de transformer le protagoniste principal en personnage universel dont les pensées peuvent être illustrées avec toute la liberté poétique qu’offre ce ­format. Jonas Poher Rasmussen a reçu le Cristal du meilleur long métrage au Festival d’Annecy en 2021. Et c’est amplement justifié. – E.R.


*** Réalisé par Jonas Poher Rasmussen – 83’.

Frère et sœur

Reprenant un moteur narratif récurrent, le cinéaste de Rois et reine ou Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle…) explore la férocité familiale à travers la très ancienne haine qui oppose un frère (Melvil Poupaud) à sa sœur (Marion Cotillard), réunis malgré eux par un drame. Après une séquence d’ouverture assez magistrale (l’accident tragique qui va enflammer tout) suivie du portrait flamboyant des deux antagonistes – Louis, le frère écrivain reclus qui règle ses comptes dans ses livres et Alice, une actrice de théâtre hantée par le vertige de la star (rappelant la Myrtle ­Gordon d’Opening Night de Cassavetes) -, le film prend le parti de la tragédie grecque et tente de mythologiser ses personnages au détriment de l’émotion réelle. Ravagé d’une haine sans fond, Melvil Poupaud impressionne mais n’émeut pas tant ses outrances tombent à côté du drame – malgré la présence amicale de Patrick Timsit et l’aura dévastée d’une Marion Cotillard ensevelie sous les anxiolytiques et les citations ­bibliques (sur l’inceste ou la haine fratricide) – à jamais irrésolu. – J.G.


* Réalisé par Arnaud Desplechin. Avec Melvil Poupaud, Marion Cotillard, Patrick Timsit, Golshifteh Farahani – 108’.

C’est magnifique!

Clovis Cornillac imagine la rencontre improbable entre un candide abandonné à la naissance (Cornillac himself) et une jeune femme fantasque (Alice Pol) qui a perdu la garde de sa fille. Tandis que Pierre change de couleur en découvrant le secret de ses origines (passant du sépia jusqu’à devenir transparent), Anna se rapproche de lui. On ne sait trop quoi penser de cette comédie romantique gentiment déconnectée autour de ce héros vintage amoureux des abeilles (et accessoirement fan de Nagui), puis on se laisse peu à peu emporter par l’optimisme tout-terrain du film, où l’invisibilité a à voir avec la recherche du bonheur sur un air de Luis Mariano. – J.G.


** De et avec Clovis Cornillac. Avec aussi Alice Pol, Myriam Boyer – 97’. 

Elizabeth: regard(s) singulier(s)

Plus qu’un portrait classique de la reine Elizabeth II d’Angleterre, Roger Michell (Coup de foudre à Notting Hill) livre un remix pop du plus long règne de l’histoire britannique récente. Réalisé sans voix off à partir d’archives remontées façon patchwork (se clôturant avec la mort de George VI père d’Elizabeth), le film dessine un portrait pop où le visage énigmatique de la reine née en 1926 tient la place première, croisant d’autres icônes de son envergure (Churchill, les Beatles, Liz Taylor, mais aussi James Bond, la Wendy de Peter Pan ou Olivia Colman de la série The Crown). En creux de ces milliers de tenues, de sourires et de poignées de main se dessine la personnalité secrète et non dénuée d’humour d’une souveraine populaire. God save the Queen. – J.G.

*** Réalisé par Roger Michell. Montage: Joanna Crickmay – 89’.

One Second

Dans la Chine des années 70, un homme s’évade d’un camp de “rééducation” pour voir sa fille dans un film d’actualité cinématographique. Mais la bobine est volée et une course-poursuite s’engage dans un petit village bordé par le désert. Zhang Yimou signe une fable politique sur l’importance et la force du cinéma mais aussi sur la désobéissance. Réalisé en 2020, ce “western” chinois a été déprogrammé du dernier Festival de Berlin, soi-disant pour des problèmes techniques. Parlons plutôt de ­censure par un pouvoir supportant mal que l’on critique son histoire, en ­particulier la Révolution culturelle de Mao. – E.R.


** Réalisé par Zhang Yimou. Avec Zhang Yi, Liu Haocun, Wei Fan – 104’.

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