La ruche, la métamorphose de Ludivine Sagnier

Christophe Hermans signe avec La ruche un film d’une grande intensité sur la bipolarité d’une mère interprétée par Ludivine Sagnier.

Ludivine Sagnier dans La Ruche
© Prod.

J’ai demandé aux actrices de ne pas jouer. Il fallait construire des états, trouver en elles des émotions vraies”, dit d’emblée Christophe Hermans, réalisateur namurois basé à Liège, qui livre un premier long-métrage en forme de huis clos chavirant où Alice (Ludivine Sagnier), une mère qui souffre de bipolarité s’enferme peu à peu avec ses trois filles dans les replis ultimes de ses troubles. Ce qui frappe immédiatement dans cette Ruche cinématographique (adaptée d’un roman autobiographique d’Arthur Loustalot), c’est la force des liens que filme ­Christophe ­Hermans. Face aux errances d’Alice, on découvre trois jeunes actrices unies par une sororité aussi féroce que salvatrice, spectatrices sidérées du basculement de leur mère: Mara Taquin (Rien à ­foutre), la révélation Sophie Breyer et la jeune Bonnie Duvauchelle, fille de Ludivine Sagnier.

En fusion totale avec ses quatre actrices dans cet ­appartement qui fait office de cinquième personnage, le film suit les allers et venues de cette ruche féminine à la fois industrieuse et toxique où plane l’ombre de Maurice Pialat. “Nous, enfants de parents bipolaires, ­conservons à l’intérieur de l’appartement un secret que nul ne peut dire. La ruche est à la fois le symbole de la honte et de cette filiation qui existe par-dessus tout et que j’ai voulu filmer avec l’idée que malgré toutes ces défaillances, l’amour circule”, précise Christophe Hermans qui s’est entouré de la caméra sensible de Colin Lévêque. “Ce film est aussi pour moi un retour à la fiction dans lequel j’ai voulu introduire mon expérience de l’authentique venue du documentaire, avec l’idée que le corps de l’enfant est fait du bruit de ses parents”, poursuit le cinéaste.

Hermans cite trois films références: Une femme sous influence de John Cassavetes (“Gena Rowlands en mère dangereuse et extraordinaire, à une époque où on ne parlait pas encore de maniaco-dépression”), De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites de Paul Newman, et Wanda de Barbara Loden, film-étendard du regard féminin. La ruche est enfin le film de la métamorphose d’une actrice. Ultra-incarnée et se dépouillant enfin de sa filmographie de jeune première (de La fée Clochette à Swimming Pool), Ludivine Sagnier livre ici une performance tout autre, celle d’une maternité ­abîmée mais généreuse, où la libération ne va pas sans destruction. Un beau geste de cinéma.


*** Réalisé par Christophe Hermans. Avec Ludivine Sagnier, Mara Taquin, Sophie Breyer, Bonnie Duvauchelle – 81’.

Sur le même sujet
Plus d'actualité