Operation Mincemeat, Tromperie… Les sorties cinéma à ne pas manquer

La rédaction a sélectionné pour vous les nouveaux films à ne pas manquer... ou à éviter cette semaine.

Operation Mincemeat
© Prod.

Operation Mincemeat

En 1943, les forces britanniques planifient l’invasion de la Sicile pour se frayer un chemin vers l’Italie puis la France. Mais les Allemands s’y attendent et ont installé d’importantes lignes de défense le long des côtes siciliennes. L’idée germe alors dans quelques esprits du MI5 de faire diversion en faisant croire à un débarquement en Grèce. Un bureau secret est mis sur pied qui va tenter d’inventer une ruse suffisamment crédible pour que les nazis déplacent leurs troupes vers les rivages grecs. Le récit est si rocambolesque qu’on pourrait douter qu’Operation Mincemeat soit basé sur un épisode méconnu de l’histoire. Mais les scénaristes ne se sont pas contentés d’être fidèles au récit historique. Maintenant le suspense sur le succès de l’opération, ils privilégient surtout la construction psychologique de leurs personnages. S’ajoutent à cette réussite des dialogues très british, une interprétation sans faille et la présence discrète d’un jeune militaire qui prend des notes: un certain Ian Fleming.


*** Réalisé par John Madden. Avec Colin Firth, Matthew Macfadyen, Kelly Macdonald, Penelope Wilton – 128’.

Tromperie

Bref roman de Philip Roth paru en 1990, “plus proche de l’essai que du roman, avec des portraits de femmes et une collection de dialogues” selon Arnaud Desplechin, Tromperie raconte sur une année à Londres la liaison entre Philip (Denis Podalydès), un écrivain américain marié, obsédé par la judéité, la littérature et le sexe, et son amante anglaise (Léa ­Seydoux) qui traverse elle-même un mariage désastreux.

Avec un plaisir de mise en scène quasi pictural, alternant des fondus au noir et des visages éblouis par l’amour, le film suit les rythmes du cœur à rebours des saisons (l’hiver pour la passion, l’été pour le chagrin), révélant une Léa Seydoux tantôt désinvolte, tantôt tragique et un Denis Podalydès prodigieux en écrivain tombé de son piédestal, sondant l’état de sa propre création avec les ­femmes qui l’entourent.

Découvrez notre interview de Léa Seydoux et Arnaud Desplechin dans notre nouveau numéro


*** Réalisé par Arnaud Desplechin. Avec Denis Podalydès, Léa Seydoux, Anouk Grinberg – 125’.

Contes du hasard et autres fantaisies

Avec Drive My Car, le cinéaste japonais Ryusuke Hamaguchi adaptait une nouvelle de Murakami dans laquelle un metteur en scène trouvait une consolation inattendue auprès de sa jeune chauffeuse, au gré de scènes de nuit assez inoubliables pour lesquelles il recevait l’oscar du meilleur film étranger. Tournés en pleine pandémie et inspirés du cycle des Contes moraux d’Éric Rohmer (Ma nuit chez Maud, L’amour l’après-midi…), ces trois “contes du hasard” tissent des thèmes chers à Rohmer (à quoi tient la magie d’une rencontre? Peut-on faire l’amour le premier soir? Qui paie le plus en amour? Peut-on renoncer à l’être aimé?) déclinés autour de conversations amoureuses qui posent des questions morales. On retrouve à l’œuvre une fantaisie formelle séduisante qui rappelle le Sud-Coréen Hong Sang-soo (des disruptions narratives, des pensées qui deviennent réelles et des scènes qui se rejouent), faisant varier sous nos yeux l’infinie possibilité du désir.


*** Réalisé par Ryusuke Hamaguchi. Avec Kotone Furukawa, Ayumu Nakajima, Hyunri – 121’.

Memory

Dans la constellation des héros amnésiques au cinéma, entre autres Matt Damon en Jason Bourne (La mémoire dans la peau) et Guy Pearce dans Memento de Christopher Nolan (ici dans le rôle inverse), il fallait compter avec Jan Decleir en tueur se retournant contre ses commanditaires lorsqu’il découvre qu’il s’agit d’un réseau pédophile, tout en perdant peu à peu la mémoire. Transposant La mémoire du tueur (lui-même adapté d’un roman policier du Néerlandais Jef Geeraerts) au Texas à la frontière mexicaine, Martin Campbell (Casino Royal) réunit Liam ­Neeson en tueur amnésique et Guy Pearce en ­inspecteur du FBI en perte de vitesse, aux côtés de Monica Bellucci qui assume le cliché de la femme fatale en quelques scènes souveraines. Mais il ­manque au film un poids de chagrin, une audace et une noirceur plus profondes pour nous emporter.

** Réalisé par Martin Campbell. Avec Liam Neeson, Guy Pearce, Monica Bellucci – 114’.

Viens je t’emmène

Prenant prétexte de la rencontre entre une prostituée qui jouit trop fort (Noémie Lvovsky, sublimement grotesque) et un antihéros houellebecquien (qui traverse le film en faisant du footing avec un bandeau oreille) dans une ville de province qui pourrait être Clermont-Ferrand, Alain Guiraudie (Rester vertical, L’inconnu du lac) sonde l’état politique d’une France à la fois crasse et raciste mais pourtant capable de faire encore communauté. Au gré de scènes cocasses et d’un happy end improbable, le film recrée une sociabilité certes pas flambante, mais retrouvée.


** Réalisé par Alain Guiraudie. Avec Jean-Charles Clichet, Noémie Lvovsky, Iliès Kadri – 100’.

Le médecin imaginaire

Alex DJ Wethu (Alban Ivanov), star de l’électro, se casse le coccyx au Maroc. Le seul qui ne le lâche pas est le sympathique Abdel (Fatsah Bouyahmed), aspirant aide-soignant. Le médecin imaginaire est basé sur une rencontre improbable. Encore faut-il un développement, de l’humour et surtout de l’écriture, tout ce que ne contient pas ce film à la limite raciste, mitonné par un ancien auteur des Guignols. Sa première réalisation rappelle les comédies de Claude Zidi avec Coluche. Coluche n’est plus là et Alban ­Ivanov n’est pas près de le remplacer.


* Réalisé par Ahmed Hamidi. Avec Fatsah Bouyahmed, Alban Ivanov, Clotilde Courau, Smaïn – 85’.

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