En corps, After Yang, Morbius… Les sorties cinéma à ne pas manquer

La rédaction a sélectionné pour vous les nouveaux films à ne pas manquer... ou à éviter cette semaine.

En corps de Cédric Klapisch
© Prod

En corps

De sa rencontre avec Marion Barbeau (première danseuse de l’Opéra de Paris et révélation gracile du film), Klapisch a tiré l’histoire d’Élise, danseuse classique blessée qui se reconstruit à travers la danse contemporaine. En corps s’ouvre sur une fracture de la cheville en pleine Bayadère après une trahison amoureuse et s’échappe ensuite au grand air breton dans une résidence pour artistes menée avec une tendresse inattendue par Muriel Robin. À son meilleur, le cinéma de Klapisch célèbre la rencontre entre plusieurs arts – la danse, la cuisine, la comédie -, incorporant peu à peu à la troupe des danseurs du chorégraphe israélien Hofesh Shechter des acteurs généreux. Denis Podalydès en père à l’ancienne, Pio Marmaï et Souheila Yacoub en couple de cuisiniers qui s’engueulent sur #MeToo pour mieux se réconcilier, un excellent François Civil en kiné transi d’amour pour son étoile. Réparant ses blessures intérieures, ­traversant le deuil, la rupture et le manque d’amour, Élise révèle de scène en scène une authentique manière de danser et d’aimer. C’est sans doute là une des plus belles définitions du cinéma. – J.G.

Retrouvez notre interview de Cédric Klapisch dans notre nouveau numéro


*** Réalisé par Cédric Klapisch. Avec Marion Barbeau, Muriel Robin, Denis Podalydès – 120’.

La panthère des neiges

Dans son livre best-seller paru en 2019 et auréolé du prix Renaudot, l’écrivain voyageur Sylvain Tesson accompagnait le ­photographe animalier vosgien Vincent Munier aux côtés de la réalisatrice Marie Amiguet sur les hauts plateaux tibétains, sur les traces d’un des félins les plus difficiles à approcher. Il en tirait un ouvrage en forme de méditation poétique sur “l’art de l’affût”, décrit comme une technique raffinée consistant à attendre de voir apparaître une “bête sauvage” dont rien ne garantit la venue. Cherchant la meilleure place pour observer la panthère (qui apparaît presque comme une guest-star à la fin du film), le documentaire suit les deux compères tentant de décrypter le langage des bêtes entre deux brames de cerf et des troupeaux de yacks sauvages tout en livrant leurs ­conversations secrètes sur la recherche d’une vie en harmonie avec ces hauts reliefs non créés pour l’homme, où résonnent les nappes électro de Warren Ellis et Nick Cave. – J.G.

*** Réalisé par Vincent Munier et Marie Amiguet. Avec Sylvain Tesson et Vincent Munier – 92’.

After Yang

Malgré son pitch (un père tente de réparer l’ami androïde de sa fille tombé en panne), After Yang n’a rien d’une fable de science-fiction. Il y est certes question d’androïde (ici de “technosapiens”), mais le film de l’artiste américain Kogonada (basé sur une nouvelle d’Alexander Weinstein) est avant tout un moyen de redéfinir les concepts de famille, d’origine et de deuil: tout est repensé et décomposé comme dans une psychanalyse qui n’aurait pas peur de poser les vraies questions.

Avec son casting impeccable et ses plans d’une ­élégance rare, Kogonada signe à coup sûr l’un des plus beaux films de ce début d’année. À l’instar de cette scène où Jake (Colin Farrell) évoque sa passion pour le thé avec Yang (Justin H. Min) avant d’en savourer les subtilités gustatives. Face à lui, l’androïde, qui n’est capable que de partager son savoir académique sur le sujet, découvre la tristesse et par là même son humanité. – A.M.


*** Réalisé par Kogonada. Avec Colin Farrell, Jodie Turner-Smith, Justin H. Min – 96’.

Morbius

Le personnage fut créé en 1971. Il appartient, comme Venom, au côté obscur de l’univers de Spider-Man. Il était donc logique qu’après deux films consacrés à l’affreux symbiote à langue trop bien pendue, il ait enfin droit à son long-métrage à lui. Et c’est plutôt une bonne surprise. Jared Leto y interprète le docteur Michael Morbius, atteint depuis la naissance d’une maladie rare qui le condamne à court terme. Le but de ses recherches est de trouver un remède pour lui mais aussi pour Milo, son ami d’enfance, qui souffre de la même maladie. Après de nombreux échecs, il réussit à stabiliser un mélange entre ADN humain et ADN de chauve-souris qu’il s’inocule pour se transformer en un monstre assoiffé de sang et doté d’une force et de pouvoirs surhumains. Le combat intérieur que mène le bon docteur entre bien et mal n’est évidemment pas neuf mais prend de nouveaux reflets dans cette histoire qui rassemble une série de références glanées dans des univers très différents. Calquée en négatif sur l’histoire de Spider-Man, il y a dans le drame de Morbius quelques gouttes du Docteur Jekyll, un soupçon de Batman pour le côté chauve-souris mais aussi une pincée du combat fratricide que se livrent Ben Hur et Messala dans le célèbre péplum hollywoodien de 1959. Et c’est sans doute ce dernier aspect qui fait de ce Morbius un produit Marvel un peu différent des autres. Ça, et l’interprétation de Jared Leto qui, grâce à ce rôle et au Joker de Suicide Squad, est le seul acteur à avoir un pied chez Marvel, l’autre chez DC Comics. – E.R.

** Réalisé par Daniel Espinosa. Avec Jared Leto, Matt Smith (XI), Adria Arjona, Jared Harris – 108′.

Aya

En choisissant de porter son regard sur le destin d’une jeune fille ivoirienne vivant dans un village de pêcheurs menacé par la montée des eaux dans le golfe de Guinée, le cinéaste basé à Bruxelles Simon Coulibaly Gillard dresse le portrait intérieur d’Aya (touchante Marie-Josée Kojora, quasi dans son propre rôle) dont le corps et l’esprit quittent peu à peu les rivages de l’enfance. Guettant chez elle l’irruption du désir, tout en documentant la vie des pêcheurs de l’île de Lahou, le film raconte une relation mère-fille ­vertueuse vue comme un vecteur d’émancipation, rappelant la belle sororité du film tchadien Lingui. – J.G.


*** Réalisé par Simon Coulibaly Gillard. Avec Marie-Josée Kojora, Patricia Egnabayou – 90’.

La traversée

Plasticienne de formation récompensée par un césar en 2002, Florence Miailhe sort son premier long-métrage dont elle a entamé l’écriture en 2007 avec l’autrice Marie ­Desplechin. Dans La traversée, il n’est pas question d’une époque ou d’un lieu précis. Séparés de leurs parents, Kyona et son frère Adriel fuient leur pays. À travers leur histoire, inspirée par l’histoire de la grand-mère de la réalisatrice, c’est le drame de tous les réfugiés, passés et présents, que ce film raconte: le déracinement, la violence, la perte d’identité, la perte d’illusions, les camps. Et l’enfance foudroyée. – E.R.

*** Réalisé par Florence Miailhe. Avec les voix d’Émilie Lan Dürr, Florence Miailhe, Maxime Gémin – 83’.

Petrov’s Flu

C’est un film éprouvant. Adaptant un roman dystopique d’Alexeï Salnikov (Les Petrov, la grippe, etc. aux éditions des Syrtes 2020), le cinéaste russe ­dissident Kirill Serebrennikov (il n’avait pas pu présenter son dernier film Leto au dernier festival de Cannes – pas plus que celui-ci) raconte une nuit d’errance dans la vie de Petrov, un illustrateur de bande dessinée muselé par les autorités et atteint d’une ­fièvre délirante qui contamine son entourage et notamment sa femme Petrova, une libraire à poigne prise de pulsions à la fois érotiques et meurtrières. Film malade décrivant une Russie malade, alcoolique et corrompue, d’autant plus oppressant dans le contexte actuel, Petrov’s Flu se regarde comme une épreuve qui convoque à la fois les traumas de la pandémie et l’aliénation de tout un pays qu’on traverse comme un cauchemar urbain dans des transports en commun bondés, tandis que Petrov crache ses poumons et délivre un flux de conscience et d’images trauma­tiques aussi fiévreux que désorienté. – J.G.

** Réalisé par Kirill Serebrennikov. Avec Semyon Serzin, Chulpan Khamatova, Yuliya Peresild – 146’.

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