Sorties cinéma: Belfast, l’enfance chamboulée de Kenneth Branagh

Dans Belfast et avec l’aide d’un double de fiction, Kenneth Branagh livre un conte autobiographique sur son enfance dans l’Irlande du Nord déchirée. Un film en noir et blanc mais flamboyant.

Belfast
© Prod

Metteur en scène prodige de Shakespeare (à 28 ans il est nommé deux fois aux Oscars pour son adaptation de Henry V avec Emma Thompson – qui fut sa compagne – suivront Beaucoup de bruit pour rien et Hamlet), surnommé “le nouveau Laurence ­Olivier” (personnage qu’il incarne dans My Week With ­Marilyn), Kenneth Branagh est né à Belfast en 1960.  Acteur et réalisateur, il s’est réinventé depuis dix ans de manière inattendue aux manettes de blockbusters hollywoodiens plus ou moins réussis (de Thor au récent Mort sur le Nil). Il manquait à sa carrière un retour à un cinéma plus ­personnel. C’est chose faite avec Belfast, incursion sur le mode du conte en noir et blanc dans son enfance chamboulée par les événements de l’été 1969 en Irlande du Nord (que les Anglais surnomment “the troubles”), et qui aboutirent au départ de la famille de Kenneth Branagh pour l’Angleterre.

L’histoire est racontée du point de vue de Buddy (double de Branagh à huit ans) qui coule des jours heureux dans une famille populaire protestante de Belfast avec son frère, ses parents (Caitriona Balfe échappée des Highlands de la série Outlander et Jamie Dornan sorti de 50 nuances de Grey) et ses grands-parents Pop et Granny (superbes Judi Dench et ­Ciaran Hinds). Dans le même plan, le bonheur se fissure au son de “Catholiques, dehors!”, obligeant chacun à prendre un parti radical. Comme dans Jojo Rabbit de Taika Waititi (qui traite du nazisme du point de vue de l’enfant), ­Belfast prend le parti de l’idéalisation enfantine et du souvenir qui transfigure. Les bêtises de Buddy (piquer du chocolat chez le boulanger, tout faire pour séduire la petite voisine blonde) sont mises sur le même plan que les événements plus tragiques du monde adulte – les disputes des parents, la maladie du grand-père qui trône sur ses toilettes extérieures comme un roi, jusqu’à l’escalade de violence qui vient poser la déchirante question: faut-il quitter Belfast?

Le film se regarde alors comme un hommage aux Irlandais “faits pour immigrer, sinon y aurait pas de pub”, dixit une voisine de ­barricade. L’un de ses aspects les plus touchants est aussi de nous signifier le pouvoir de la fiction (les seuls moments en couleurs sont extraits de films ou pièces populaires que Buddy regarde en famille, de Raquel Welch à Scrooge en ­passant par les westerns) dessinant en creux la ­construction de l’imaginaire de Branagh où se tient, souveraine, la figure maternelle.


*** Réalisé par Kenneth Branagh. Avec Jude Hill, Caitriona Balfe, Jamie Dornan, Judi Dench, Ciaran Hinds – 99’.

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