Maigret, Un autre monde… Les sorties cinéma à ne pas manquer

La rédaction a sélectionné pour vous les nouveaux films à ne pas manquer ou à éviter cette semaine.

Maigret
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Maigret

Une jeune fille est retrouvée, lardée de coups de couteau, dans un quartier de Paris. Personne ne sait qui elle est. Le commissaire Maigret, qui traverse un passage à vide, hérite de l’enquête et va tout faire pour redonner une identité à la victime. Le Maigret de Leconte est basé sur l’économie: l’interprétation de ­Depardieu (magnifique), les dialogues, la mise en scène évitent les fioritures. Et pourtant, il se dégage de ce film une émotion inattendue qui vient très certainement du parallèle inévitable entre les blessures du personnage et celles de l’homme qui l’interprète. – E.R.

*** Réalisé par Patrice Leconte. Avec Gérard Depardieu, Jade Labeste, Mélanie Bernier, Aurore Clément – 88’.

Un autre monde

De film en film, Stéphane Brizé construit la figure de Lindon-travailleur au cinéma, qu’il soit chômeur longue durée confronté au ­travail précaire dans La loi du marché (qui valut un prix d’interprétation cannois à l’acteur en 2015), ouvrier syndiqué jusqu’au-boutiste dans En guerre (2018) ou ici, à un autre bout de l’échelle, patron en plein divorce forcé d’appliquer un plan social dans son groupe.

Si le cinéaste se défend d’avoir une “méthode Brizé” pour représenter le travail comme sujet de fiction, il reconnaît des similitudes entre les personnages campés par Lindon, ici en costume-cravate face à son ex-femme (Sandrine Kiberlain) et leur fils problématique (Anthony Bajon): “J’ai filmé Vincent trois fois travailleur à différents endroits du système. Ce qui m’a intéressé, c’est de remarquer que les mêmes questions éthiques se posent à différents endroits de l’échelle sociale. Ces hommes sont ­traversés par des questions très proches qui remettent en cause leur humanité. J’avais envie de faire le contrechamp, car la souffrance sociale est partagée très largement par ceux qui portent l’injonction”, nous a confié le cinéaste. Âpre et tendu dans les scènes de groupe comme les scènes intimes où les personnages sont sans cesse menacés d’effondrement, le film s’est construit à partir de témoignages qui disent l’ultra-solitude du cadre contemporain et la porosité entre vie professionnelle et vie privée. Il en ressort, en creux de l’amour qui a pu lier le couple Lindon-Kiberlain (ils furent les héros de Mademoiselle Chambon du même cinéaste et sont dans la vie les parents de Suzanne Lindon), une mélancolie particulière et la description d’un système brutal qui broie les êtres et se refuse l’essentiel. – J.G.


*** Réalisé par Stéphane Brizé. Avec Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain, Marie Drucker – 96’.

Ils sont vivants

L’histoire est vraie. Veuve d’un policier, Béatrice Huret est plutôt adepte du slogan " On est chez nous ! " du FN. Elle va pourtant effectuer un revirement à 180 degrés, en découvrant la " jungle " de Calais, le drame des migrants, puis en tombant amoureuse de l’un d’eux. D’abord par curiosité puis par amour, elle va apporter de l’aide aux réfugiés, en accueillir sous son toit, provoquant l’incompréhension de ses proches, et enfin s’improviser passeuse vers l’Angleterre. Le comédien Jérémie Elkaïm s’est inspiré de ce trajet de vie pour un film d’amour qui jette un regard très documentaire sur le sort des migrants. Avec toutes ces cartes en mains, son film est pourtant une demie réussite. Marina Foïs n’est pas plus convaincante dans le rôle de cette femme aux idées étroites que quand celle-ci est confrontée à la réalité du terrain. – E.R.


** Réalisé par Jérémie Elkaïm. Avec Marina Foïs, Seear Kohi, Lætitia Dosch – 112’. 

Zaï Zaï Zaï Zaï

En 2015, l’auteur de bandes dessinées Fabcaro fait un carton avec son Zaï Zaï Zaï Zaï. Comme la plupart des succès de librairie, le cinéma et le théâtre lui ont fait les yeux doux. Mais on n’adapte pas une BD comme on adapte un roman. François Desagnat, ancien ­complice de Michaël Youn passé à la réalisation (15 ans et demi, Adopte un veuf) s’est emparé de l’histoire de Fabrice, acteur de comédie, qui a oublié sa carte de fidélité en faisant ses courses à la grande ­surface, ce qui va faire de lui un ennemi public recherché dans tout le pays.

Le film est parfaitement fidèle à son modèle, en ce qu’il décrit l’absurdité de nos vies, de notre manière de consommer et passe joyeusement à la moulinette la police, la presse, le cinéma et la politique en poussant les curseurs de notre réalité quotidienne. Mais adapter n’est vraiment utile que si c’est pour un mieux. Or, si certaines scènes font mouche, surtout grâce à l’interprétation “premier degré” de Jean-Paul Rouve, le rythme du film ne se hisse pas au niveau de celui imprimé par la bande dessinée, qui reste un art basé sur l’ellipse, ce que le cinéma a parfois un peu plus de mal à maîtriser.


** Réalisé par François Desagnat. Avec Jean-Paul Rouve, Julie Depardieu, Ramzy Bedia, Julie Gayet – 83’.

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