L’événement, King Richard… Les sorties cinéma à ne pas manquer (ou à éviter)

Un thiller politique, l'enfance des soeurs Williams ou encore le faux pardon de Jan Bucquoy... La rédaction a sélectionné pour vous les nouveaux films à ne pas manquer (ou à éviter) cette semaine.  

King Richard
Will Smith dans la Méthode Williams. © Warner Bros.

L’événement

En 1963, à la cité universitaire de Rouen, douze ans avant la loi Veil qui légalisa l’avortement en France, Anne (extraordinaire Anamaria Vartolomei) est une étudiante en lettres émancipée issue d’un milieu modeste. Enceinte après un flirt d’été, elle a pris la décision d’avorter. Comme dans le récit autobiographique d’Annie Ernaux L’événement, le mot “avortement” ne sera jamais prononcé et le choix narratif et politique passe par l’intimité la plus absolue. En immersion sensible dans le corps de son actrice, Audrey Diwan offre un thriller charnel.

Scandé par l’avancée des semaines et la vie quotidienne de l’étudiante qui découvre Aragon sur les bancs de la fac, discute avec ses copines du plaisir sexuel et fantasme sur les pompiers, le récit bascule dans l’entonnoir de la peur. Celui d’Anne qui innerve tout le film – et les autres personnages, de la mère qui voit sa fille lui échapper aux médecins et aux amis qui craignent d’être sanctionnés. Récit qui va jusqu’au geste clinique final chez la “faiseuse d’anges”(Anna Mouglalis dans un rôle courageux), à la fois libération douloureuse, naissance d’une vocation et pure leçon de mise en scène. Un tour de force. – J.G.

**** Réalisé par Audrey Diwan. Avec Anamaria Vartolomei, Sandrine Bonnaire, Pio Marmaï – 100’.

King Richard

Richard Williams a conçu et suivi un plan pour que ses filles, Venus et Serena, soient éduquées, deviennent des championnes et aient une meilleure vie que la sienne. Cet homme, fier et borné, soucieux de préserver sa famille, s’est entêté à refuser un système dicté par des Blancs. King Richard est autant le récit classique d’une conquête sportive que d’une ascension sociale et d’un acte presque politique dans une époque où les Afro-Américains étaient plus les bienvenus sur un terrain de basket que sur un court de tennis. C’est enfin la revanche d’un homme, joué par un Will Smith qui frôle parfois la caricature, qui s’est trop souvent senti considéré comme plus bas que terre à cause de sa couleur de peau. Mention spéciale pour les comédiennes Saniyya Sidney et Demi Singleton, dans les rôles respectivement de Venus et de Serena, qui tirent merveilleusement leur épingle du… jeu ! – E.R.


 ** King Richard / La méthode Williams. Réalisé par Reinaldo Marcus Green. Avec Will Smith, Saniyya Sidney – 138’.

Nos plus belles années

Variation sur Nous nous sommes tant aimés d’Ettore Scola (1974), dont il n’atteint ni la mélancolie ni la charge politique, Nos plus belles années reprend le canevas des trois hommes amoureux d’une même femme à différentes époques de leurs vies, portraiturant à travers eux les désillusions politiques et amoureuses de la génération post-Brigades rouges. Gabriele Muccino (Juste un baiser) enfonce trop souvent le trait mélo mais parvient tout de même à séduire. On retient surtout Pierfrancesco Favino (qui fut le mafieux de Marco Bellocchio dans Le traître, ici dans un rôle de transfuge social) pour ce portrait musical d’une génération italienne. – J.G.


** Réalisé par Gabriele Muccino. Avec Pierfrancesco Favino, Micaela Ramazzotti – 135’.

La dernière tentation des Belges

C’est l’histoire d’un père qui essaie d’empêcher sa fille de sauter dans le vide. C’est surtout un cinéaste, Jan Bucquoy, qui fait un film pour tenter de dire à sa fille, Marie, qui s’est donné la mort en 2008, combien il regrette d’avoir été absent de sa vie. Un film pour lui demander pardon et lui dire “je t’aime”. Mais le film tourne rapidement à une autocélébration de l’artiste dans lequel Bucquoy revient sur les grands jalons de sa carrière et nous ressert sa détestation de la Belgique. D’où la désagréable sensation qu’il prend sa fille en otage pour une psychanalyse à deux balles. – E.R.


* Réalisé par Jan Bucquoy. Avec Wim Willaert, Alice Dutoit – 75’.

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