Stephan Streker: "Sans l’affaire Wesphael, je n’aurais pas fait ce film"

Cinq ans après Noces, le cinéaste belge Stephan Streker réalise L’ennemi, l’histoire d’un amour toxique librement inspirée d’un fait réel. Rencontre.

Stephan Streker sort un nouveau film L'ennemi
Stephan Streker entouré de Jérémie Renier, Alma Jodorowsky et Felix Maritaud. © BelgaImage

Louis Durieux (Jérémie Renier) est un homme politique haut placé. Lorsqu’il rencontre Maeva, c’est le coup de foudre. Ils se marient et vivent une relation passionnée mais ­toxique. Qui finira par la mort de la jeune femme dans une chambre d’hôtel. Louis Durieux ne se souvient de rien. Il est accusé de l’avoir tuée. Est-ce un accident? Ou un suicide? L’ennemi est le 4e long- métrage de Stephan Streker. Comme pour Noces, il s’est inspiré d’une histoire vraie: l’affaire Wesphael qui a défrayé la chronique en 2013. Mais qu’il n’y ait aucun malentendu: son film est une adaptation libre qui ne raconte absolument pas cette affaire.

J’assume le fait que, sans cette affaire, je n’aurais pas fait ce film, confesse Stephan Streker, mais j’assume aussi le fait que j’ai tout inventé. Je ne sais pas s’il est coupable et ça ne m’intéresse pas. J’aime quand un film est inspiré d’une histoire vraie parce que le plus important, c’est le point de vue. Et mon point de vue, c’est la célébration du doute. C’est la responsabilité du cinéma de maintenir du doute là où les réseaux sociaux font le contraire. Les réseaux sociaux, c’est soit #guilty, soit #notguilty.” Le ­rapprochement avec cette affaire aura sans doute pour conséquence que la Belgique francophone verra L’ennemi avec des yeux différents que d’autres publics. Car le vrai sujet se situe évidemment ailleurs: “Pour Jérémie Renier, confie le réalisateur, ce film est l’histoire d’un homme qui est dépossédé de tout. L’amour mène aussi à des choses tristes et toxiques. L’ennemi du titre, c’est soi-même. Nous sommes sans doute notre pire ennemi. Ce qui m’intéresse le plus au cinéma, c’est l’intime, c’est ce rapport de soi à soi, quand on est tout seul. Je voulais montrer l’intime d’un personnage, sans savoir les choses les plus essentielles à propos desquelles tout le monde a un avis.

Présent dans quasiment tous les plans, transformé physiquement, Jérémie Renier livre une prestation étonnante. ”J’ai dit à Jérémie que je voulais un personnage bouffé de l’intérieur. Alors il a maigri à fond. Je savais que c’était un acteur ultra-doué. Ce que je ne savais pas, c’est que c’est un immense bosseur. C’était enrichissant pour moi. Tourner un film est une activité collective mais aussi individuelle dans la mesure où il y a toujours un moment où on est tout seul. Avec Jérémie, je n’étais jamais tout seul.”

Hep Taxi!: Stephan Streker. Dimanche 23 janvier sur La Trois 20h35

Sortie le 26 janvier au cinéma

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