Ouistreham, Scream… Les sorties cinéma à ne pas manquer

Scream nouvelle génération, une pure expérience de cinéma ou encore l'adaptation du bestseller de Florence Aubenas... La rédaction a sélectionné les nouveaux films à ne pas manquer cette semaine.

juliette binoche dans ouistreham
Juliette Binoche dans Ouistreham. © Memento Distribution

Memoria

Cinéaste culte, le Thaïlandais ­Apichatpong Weerasethakul (palme d’or 2010 pour Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures) ­s’éloigne ici de son pays (en proie à la censure) pour Bogota et plonge l’actrice écossaise Tilda Swinton dans le rôle énigmatique d’une femme qui part à la recherche d’un son entendu en rêve. S’enfonçant dans la jungle colombienne, Jessica se perd, rencontre un pêcheur et retrouve l’harmonie intérieure dans un film en forme de songe sonore éveillé qui nous réapprend à vibrer face à la beauté du monde et à décrypter les rêves comme des effractions dans le réel. Un éblouissement et une pure expérience de cinéma. – J.G.

**** Réalisé par Apichatpong Weerasethakul. Avec Tilda Swinton, Elkin Diaz, Jeanne Balibar – 136’.

Lingui

Il décrit son film comme “un cheminement vers la lumière”. Cinéaste tchadien basé à Paris, à qui l’on doit quelques chefs-d’œuvre du cinéma africain (Daratt, une saison sèche en 2006, Un homme qui crie en 2010), Mahamat-Saleh Haroun met en scène une héroïne du quotidien à travers le portrait d’Amina (la révélation Achouackh Abakar Souleymane), une artisane des ­faubourgs de N’Djamena dont le destin bascule lorsque sa fille fait face à une ­grossesse non désirée. Jamais démonstratif (les scènes de rue et de renaissance sont ­profondément cinématographiques), le film décrit les épreuves des deux femmes dans un combat émancipatoire où le “lien sacré” serait la sororité érigée en principe libérateur. “Pour écrire cette histoire, je me suis inspiré des récits que j’entends dans la cour de ma mère, des histoires de femmes, ouvrières, mises au ban de la société et qui parviennent à surmonter la ­tragédie et à vaincre les interdits grâce à la tendresse. C’est ce sentiment qui permet de faire communauté.” Un grand film sur le rôle émancipateur et politique du cinéma, ici ou ailleurs. – J.G.

*** Réalisé par Mahamat-Saleh Haroun. Avec Achouackh Abakar Souleymane, Rihane Khalil Alio – 87’.

Adieu Monsieur Haffmann

En 2018, la pièce Adieu Monsieur ­Haffmann de Jean-Pierre Daguerre remporte 4 molières. Pas étonnant que le cinéma se l’accapare et en ­particulier Fred Cavayé qui l’adapte avec Daniel Auteuil et Gilles ­Lellouche. Le premier joue Joseph Haffmann, joaillier juif contraint, dans le Paris occupé de 1942, d’éloigner sa famille et de se cacher dans la cave de sa boutique pour échapper aux rafles. Le second interprète son employé, François Mercier, à qui Haffmann a confié les clés de sa joaillerie, qui va lentement glisser vers la collaboration et qui, par frustration ou jalousie, commencera par cacher son patron pour ensuite le séquestrer et exercer sur lui un odieux chantage.

Ce qui m’a plu, nous confie Daniel Auteuil, c’est le côté thriller de l’histoire. Mon personnage a voulu sauver sa femme et ses enfants et puis se retrouve dans l’incapacité d’assurer leur protection. Comment je l’ai construit? Comme une Cocotte-Minute, comme quelqu’un qui bout. J’ai bouilli! Cela a été un plaisir d’acteur intense. On n’a pas si souvent l’occasion de se retrouver avec de si grands rôles.” La colonne vertébrale du film est basée sur la hiérarchie qui s’inverse entre les deux hommes et sur l’évolution de plus en plus tendue de leurs rapports. Pour que cela marche, il fallait que les deux comédiens soient au diapason. “Gilles Lellouche est l’acteur qui a une des palettes les plus étendues de sa génération. On avait envie de se rencontrer. On a joué ensemble comme deux musiciens qui jouent la même partition, sans rien préméditer. Je ne prépare pas grand-chose. Si je me mets à préparer et que tout à coup, le metteur en scène vient avec une autre idée, je suis dans la merde! Donc je me laisse surprendre.” – E.R.

*** Réalisé par Fred Cavayé. Avec Daniel Auteuil, Gilles Lellouche, Sara Giraudeau – 116’.

Scream 5

Onze ans après le quatrième volet, Ghostface est de retour. Mais pour les fans, les raisons de s’inquiéter sont nombreuses. Si la franchise tient plus ou moins la route au fil des épisodes, grâce à son univers méta qui permet plus de folie, ce Scream (5), qui avance masqué (sans mauvais jeu de mots), est particulier.

Premièrement, il s’agit du premier épisode sans Wes Craven derrière la caméra. Le maître de l’horreur étant décédé en 2015, c’est désormais un duo, Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett, qui a la lourde tâche de faire revivre la franchise. Deuxièmement, Kevin Williamson et Ehren Kruger ne signent pas le scénario, eux qui connaissaient les personnages et l’univers sur le bout des doigts. Cette fois, place à James Vanderbilt (scénariste de Zodiac, excusez du peu) et Guy Busick, qui doivent à la fois satisfaire les fans et attirer un nouveau public.

Enfin, si le casting d’origine (Neve Campbell, Courteney Cox et David Arquette) est bien présent, il est en retrait pour laisser la place à une nouvelle génération. Mais, à notre grande surprise, ce qui aurait pu être une catastrophe est en réalité la véritable force de ce cinquième volet. Car qui dit Scream, dit également Stab, la franchise de films dans le film basé sur les événements du premier volet et inspiré d’un livre écrit par un des personnages (méta, on vous dit).

Et c’est ce lien avec Stab qui permet à la fois aux scénaristes et aux nouveaux personnages de se moquer de la saga, mais également de lui crier son amour. Malgré les 26 ans qui séparent le premier et ce nouvel épisode, Scream 5 est un retour aux sources malin, surprenant, très violent et étrangement émouvant. Là où, à travers certains dialogues, Wes Craven criait son amour au cinéma d’horreur qu’il affectionnait tout particulièrement (et auquel il a très largement contribué), Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett crient leur amour à Wes Craven, et au genre dit du slasher, qui a disparu de nos écrans depuis quelques années déjà. Jordan Peele, et son cinéma d’horreur cérébral, en prend d’ailleurs (gentiment) pour son grade.

Au final, alors qu’il aurait pu être l’épisode de trop, ce Scream nouvelle génération s’impose ni plus ni moins comme le meilleur épisode depuis l’original. Un véritable tour de force qui récompense les fans pour leur fidélité. Et qui amène suffisamment de bonnes idées pour justifier un éventuel Scream 6. On croise les doigts. – A.M.

*** Réalisé par Matt Bettinelli-Olpin, Tyler Gillett. Avec Neve Campbell, Courteney Cox, David Arquette – 115’

Ouistreham

Inspiré par le récit de Florence Aubenas (Le quai de Ouistreham), le film d’Emmanuel Carrère s’en détache prudemment en le fictionnalisant. Si à travers Marianne Winckler (Juliette Binoche), auteure célèbre qui entre dans la peau d’une demandeuse d’emploi, le film dénonce comme le livre les malédictions du travail précaire, il dramatise les liens entre Marianne et sa collègue Christèle (fantastique Hélène Lambert quasiment dans son propre rôle). De cette entreprise risquée, Carrère tire un film âpre sur le quotidien des travailleuses de la propreté: formation humiliante, nettoyage de toilettes à la chaîne, maniement de trop lourdes autolaveuses, insultes de petits chefs les traitant de “crétines”, de “maries-cochonnes”… Il devient encore plus insupportable quand Marianne commence à nettoyer avant l’aube le ferry Caen-Ouistreham. Dans cet espace maritime mouvant, symbolique d’une détresse ­contemporaine (les migrants sont en toile de fond), elle noue pourtant avec ses camarades des relations de solidarité, fortes et parfois même joyeuses.

C’est dans ce portrait choral que le film touche le plus, révélant de véritables héroïnes du quotidien: Christèle, Justine et Nadège, la ­contremaîtresse qui clôture le film en découvrant le livre de Marianne: “ce que tu as écrit, c’est la vérité”. Une phrase à l’écho particulier quand on connaît les rapports que l’écrivain Carrère entretient avec le réel et la fiction. Une phrase qui forme aussi une boucle après le “Quelquefois je mens”, confessé au début du film par Marianne à Cédric rencontré à Pôle emploi. Mais le double jeu de l’écrivaine nuit sans doute à l’empathie du spectateur, contrairement à la récente série Maid, adaptation sur Netflix des mémoires de Stéphanie Land, jeune mère devenue femme de ménage pour survivre dans l’Amérique pauvre. – J.G.

** Réalisé par Emmanuel Carrère. Avec Juliette Binoche, Hélène Lambert, Émily Madeleine, Évelyne Porée – 107’

Les enfants du soleil

Présenté au festival de Venise 2020 et dédié “aux 152 millions d’enfants exploités dans le monde”, le film de Majid Majidi suit un trio d’enfants des rues de Téhéran (dont le fantastique Rouhollah Zamani, Prix Marcello Mastroianni) qui ­décident de s’inscrire dans une école pour y découvrir un trésor caché. On regarde ce récit d’aventures pour la jeunesse comme une sorte de Tom Sawyer iranien qui croise une petite Afghane réfugiée et découvre surtout, malgré quelques “trucs” de scénario un peu appuyés, son propre génie. Réjouissant. – J.G.

** Réalisé par Majid Majidi. Avec Rouhollah Zamani, Ali Nassirian, Tannaz Tabatabaei – 99’. 

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