Daniel Auteuil dans Adieu Monsieur Haffmann: "un plaisir d’acteur intense"

Dans Adieu Monsieur Haffmann, Daniel Auteuil joue un joaillier juif séquestré dans sa cave. Rencontre.

Daniel Auteuil dans Adieu Monsieur Haffmann
Daniel Auteuil, élégant de sobriété © Alternative Film

En 2018, la pièce Adieu Monsieur ­Haffmann de Jean-Pierre Daguerre remporte 4 molières. Pas étonnant que le cinéma se l’accapare et en ­particulier Fred Cavayé qui l’adapte avec Daniel Auteuil et Gilles ­Lellouche. Le premier joue Joseph Haffmann, joaillier juif contraint, dans le Paris occupé de 1942, d’éloigner sa famille et de se cacher dans la cave de sa boutique pour échapper aux rafles. Le second interprète son employé, François Mercier, à qui Haffmann a confié les clés de sa joaillerie, qui va lentement glisser vers la collaboration et qui, par frustration ou jalousie, commencera par cacher son patron pour ensuite le séquestrer et exercer sur lui un odieux chantage.

Ce qui m’a plu, nous confie Daniel Auteuil, c’est le côté thriller de l’histoire. Mon personnage a voulu sauver sa femme et ses enfants et puis se retrouve dans l’incapacité d’assurer leur protection. Comment je l’ai construit? Comme une Cocotte-Minute, comme quelqu’un qui bout. J’ai bouilli! Cela a été un plaisir d’acteur intense. On n’a pas si souvent l’occasion de se retrouver avec de si grands rôles.” La colonne vertébrale du film est basée sur la hiérarchie qui s’inverse entre les deux hommes et sur l’évolution de plus en plus tendue de leurs rapports. Pour que cela marche, il fallait que les deux comédiens soient au diapason. “Gilles Lellouche est l’acteur qui a une des palettes les plus étendues de sa génération. On avait envie de se rencontrer. On a joué ensemble comme deux musiciens qui jouent la même partition, sans rien préméditer. Je ne prépare pas grand-chose. Si je me mets à préparer et que tout à coup, le metteur en scène vient avec une autre idée, je suis dans la merde! Donc je me laisse surprendre.

Le tournage a été plusieurs fois interrompu à cause de la crise sanitaire, notamment les extérieurs dans un Montmartre qui est resté plusieurs semaines décoré aux couleurs du Paris de l’Occupation. “C’est devenu un quartier qu’on allait visiter, se souvient le comédien. C’est la magie du cinéma, ça. J’avais vu un film de Fellini où il y avait une scène de restaurant. Quand je suis allé à Rome, je l’ai cherché pendant tout mon séjour. J’ai compris des années après que c’était un décor. Au cinéma, on peut recréer de la vie n’importe où, dans un endroit de Paris, de Londres ou de Bruxelles. Et puis quand on repasse le lendemain, il n’y a plus rien. Je crois qu’au fond, c’est ça qui me plaît dans le cinéma.”

*** Réalisé par Fred Cavayé. Avec Daniel Auteuil, Gilles Lellouche, Sara Giraudeau – 116’.

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