Licorice Pizza, The 355… Les sorties cinéma à ne pas manquer (ou à éviter)

Le nouveau Paul Thomas Anderson, un film islandais indéfinissable, un film d'espionnage bas de gamme... La rédaction a sélectionné les nouveaux films à ne pas manquer (ou à éviter) cette semaine.

Licorice Pizza
Licorice Pizza, en salles actuellement. © Metro-Goldwyn-Mayer Pictures

Haut et fort

À travers l’histoire vraie d’Anas, ancien rappeur engagé dans un centre culturel d’un quartier populaire de Casablanca, Nabil Ayouch filme, entre le documentaire et la fiction, une jeunesse en résistance. Vingt ans après Ali Zaoua, chronique sur les enfants de la rue au Maroc, le cinéaste a créé plusieurs centres culturels dans différents quartiers au Maroc. C’est là qu’Anas est venu lui proposer un projet: la positive school de hip-hop. C’est en regardant Anas donner cours qu’il a eu envie de filmer. Car rapper en pays musulman est clairement un projet émancipateur, notamment pour les filles. “J’ai voulu filmer Anas comme une sorte de mercenaire, il a du charisme, il est sans concession, il ne vient pas pour être aimé mais pour planter des graines et transmettre”, raconte Nabil Ayouch.

La démarche résonne avec sa propre jeunesse en banlieue parisienne… “C’est dans les MJC de quartier que j’ai appris à me connaître et à m’aimer à quinze ans. On écoutait de la variété française et les premiers sons de rap conscient. Les centres culturels, c’est la reproduction des MJC de mon enfance”, poursuit-il. Et c’est un bonheur d’assister à l’éclosion d’Ismail, Meriem et Zineb – tous issus du quartier Sidi Moumen de Casablanca (qu’Ayouch avait déjà filmé dans Les chevaux de Dieu), affranchis des barrières traditionnelles et patriarcales de la société. Hasard des sorties, le film fait aussi écho à Suprêmes sur les débuts de NTM pour nous rappeler la force positive et collective de l’utopie hip-hop. – J.G.

*** Réalisé par Nabil Ayouch. Avec Anas Basbousi, Ismail Adouab, Meriem Nekkach – 102’.

Licorice Pizza

Lui, c’est Gary, un lycéen de 15 ans qui fait de temps en temps l’acteur à la télé. Elle, c’est Alana, l’assistante du photographe qui vient dans son école tirer le portrait des élèves. C’est le coup de foudre, surtout pour lui. Elle, plus âgée de dix ans, le trouve drôle mais trop gamin. On sait qu’ils finiront ensemble, mais comme Paul Thomas Anderson fait rarement les choses comme tout le monde, il nous fait poireauter pendant longtemps et tout le long de son film. C’est que le vrai sujet de Licorice Pizza est ailleurs: il s’agit de l’Amérique de Nixon, des premières pénuries d’essence, d’un monde qui meurt. C’est l’insouciance des sixties qui dit “bye bye”. C’est la fin de l’innocence. Et elle est filmée par un grand enfant. – E.R.

*** Réalisé par Paul Thomas Anderson. Avec Alana Haim, Cooper Hoffman, Sean Penn – 133’.

Lamb

Ingvar et Maria élèvent des chèvres dans une nature islandaise chargée de mystères. Le ­couple n’a pas d’enfant. Une nuit, une créature effrayante fait irruption dans leur bergerie. ­Quelques mois plus tard, c’est un agneau, mignon tout plein mais un peu particulier, qui va bouleverser leur vie. Lamb est le premier film inquiétant, inclassable, parfois dérangeant de Valdimar Jóhannsson. Derrière la grammaire que le cinéaste emprunte au fantastique, il entend nous mettre en garde sur les rapports que notre espèce entretient avec le monde animal. Surprenant. – E.R.

*** Réalisé par Valdimar Jóhannsson. Avec Noomi Rapace, Björn Hlynur Haraldsson – 106’. 

Mes frères et moi

Sélectionné dans la section Un certain regard au festival de Cannes, Yohan Monca transcende littéralement la pièce Pourquoi mes frères et moi on est parti de Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre qu’il avait interprétée à l’âge de 17 ans.  Il l’adapte ici en y insufflant la force de l’opéra. On y suit la rencontre succulente entre Nour, jeune des quartiers populaires, et une chanteuse lyrique qui anime un cours d’été (fabuleuse Judith Chelma). Un premier film (et une révélation) en forme de récit initiatique, accouchant d’un Billy Elliot qui aurait croisé Fellini. – J.G.

*** Réalisé par Yohan Manca. Avec Maël Rouin Berrandou, Judith Chemla, Sofian Khammes – 108’. 

The 355

À part quelques répliques intégrées par la productrice Jessica Chastain pour souligner que le monde est en train de changer (et loin de nous l’envie de lui donner tort), ce film d’action noie les considérations féministes dans une succession efficace de courses-poursuites, fusillades et autres corps-à-corps. Dans cette histoire d’agents de différentes agences d’espionnage qui doivent faire face au même ennemi, le message est sans doute plus d’ordre subliminal. Mention très spéciale à Penélope Cruz qui amène le seul grain de folie du film. – E.R.

* Réalisé par Simon Kinberg. Avec Jessica Chastain, Penélope Cruz, Diane Kruger – 124’.

En attendant Bojangles

À partir du roman à succès d’Olivier Bourdeaut paru en 2016 et axé sur deux parents amoureux dissimulant à leur fils la folie maternelle sous leurs pas de danse, Régis Roinsard tente une fresque populaire et ludique qui s’incarne à travers un couple de cinéma inédit, ­Virginie Efira et Romain Duris. Sur fond de jazz mélancolique (la célèbre chanson de Nina Simone qui donne son titre au livre et au film), l’histoire est contée du point de vue de l’enfant et suit la fête permanente d’une vie qui tente sans cesse d’échapper à la réalité. Efira a beau briller, le film peine à trouver un point de vue authentique. – J.G.

* Réalisé par Régis Roinsard. Avec Virginie Efira, Romain Duris – 125’.

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