Sorties cinéma: The Card Counter, la passion du jeu

Acteur incontournable de l’année, Oscar Isaac incarne la rédemption impossible d’un joueur de poker dans The Card Counter de Paul Schrader.

Oscar Isaac dans The Card Counter
© Condor Distribution

Il a l’opacité caméléon d’un De Niro et un magnétisme qui n’appartient qu’à lui. A 42 ans, découvert dans Drive puis chez les frères Coen en musicien folk looser (Inside Llewyn Davis), l’acteur américain né au Guatemala n’en finit pas d’impressionner nos écrans. Récemment flamboyant sur tapis rouge aux côtés de son amie Jessica Chastain (ils se connaissent depuis la Julliard School à New York et rejouaient ensemble avec un génie méticuleux et libre la série Scènes de la vie conjugale d’après Bergman pour HBO), royal dans Dune de Denis Villeneuve en père de Timothée Chalamet, il apparaît ici taiseux et en contrôle chez Paul Schrader dans la peau de Will Tell, un ancien soldat de la guerre d’Irak qui tente d’expier par le poker les sévices de la prison d’Abou Ghraib perpétrés au début des années 2000. L’ancien tortionnaire a appris à compter les cartes en prison militaire et vit désormais cloîtré entre ses chambres d’hôtel et les salles de jeu, jusqu’à des retrouvailles imprévues avec Gordo, un ex-colonel de l’armée (Willem Dafoe) reconverti en consultant privé dans la sécurité, qui vient faire vibrer la corde très sombre du film noir.

Scénariste mythique de Taxi Driver, Raging Bull ou A tombeau ouvert, compagnon de route de Martin Scorsese ou Brian De Palma, cinéaste aguerri aux anti-héros hantés par la culpabilité (récemment First reformed avec Ethan Hawke), Paul Schrader plonge Oscar Isaac dans un univers de zonings américains et de cauchemars post-traumatiques, que la rencontre avec deux êtres empathiques va venir revitaliser. Le film prend alors la forme d’un trio inédit autour de Will qui vit embaumé dans ses draps d’hôtel, Cirk, un jeune homme qui désire venger son père de Gordo, et La Linda (excellente Tiffany Haddish) en variation puissante, bienfaitrice et bienvenue de la femme fatale. La paupière un brin tombante et la chevelure désormais argentée, Oscar Isaac passe avec aisance de la noirceur du monde (les scènes de torture d’Abou Ghraib – dont la plupart des responsables n’ont toujours pas été poursuivis aux Etats-Unis – sont représentées en images anamorphiques écrasantes) à la mécanique mentale implacable du joueur de poker, dans un final inattendu qui mêle la question de l’expiation et la renaissance du désir. Oscar Isaac tire superbement sa part du jeu de ce grand film néo-noir, et s’inscrit dans une famille d’acteurs capables de plonger en enfer comme de laisser affleurer la tendresse.

*** Réalisé par Paul Schrader. Avec Oscar Isaac, Tye Sheridan, Tiffany Haddish – 112’

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