"Nightmare Alley", la nouvelle fable sombre de Guillermo del Toro

Le réalisateur mexicain, primé aux Oscars pour «La forme de l'eau», revient avec une critique du capitalisme et de «l'angoisse de notre époque».

Scène de «Nightmare Alley»
Scène de «Nightmare Alley», film de Guillermo del Toro avec Bradley Cooper @BelgaImage

"Nightmare Alley", le nouveau film de Guillermo del Toro qui se déroule dans l’univers sombre et glauque des foires aux monstres des années 1940, est une fable sur les faux-semblants, les mensonges et la cupidité sans borne, selon le réalisateur mexicain. Le film noir, qui sort vendredi aux États-Unis (le 19 janvier en France et en Belgique), est le premier long métrage de Guillermo del Toro depuis sa consécration aux Oscars pour "La Forme de l’Eau". On y trouve en vedette Bradley Cooper dans la peau d’un "médium" itinérant qui met sur pied une arnaque pour soutirer leur fortune à de riches clients.

Un mentaliste trompé

Pour les besoins du film, le réalisateur a fait construire une réplique grandeur nature des grandes fêtes foraines américaines de l’époque, avec chapiteau de cirque et pavillons. On y trouve notamment les "geek shows" dans lesquels des malheureux étaient poussés à accomplir des actes aussi répugnants qu’avilissants, comme décapiter un poulet avec les dents, en échange d’un peu d’alcool ou de drogue. "C’est une mise en accusation d’une certaine forme d’ambition, d’une certaine forme de capitalisme ou d’exploitation d’autrui", résume l’acteur Willem Dafoe, qui joue le bonimenteur chargé d’attirer le chaland, Clem Hoately. "C’était un monde merveilleux, bien qu’un petit peu sombre", a-t-il dit lors d’une conférence de presse.

L’histoire du film est tirée d’un roman de William Lindsay Gresham, déjà adapté au cinéma en 1947. On y suit Stan Carlisle (Bradley Cooper) intégrant la troupe de la foire et devenant rapidement maître dans l’art du mentalisme.
Mais il finit par se lasser de tromper des clients ordinaires à l’aide des messages codés échangés avec son assistante Molly (Rooney Mara). Stan fait la connaissance d’une psychiatre, femme fatale interprétée par Cate Blanchett, avec laquelle il dupe des millionnaires souhaitant s’entretenir dans l’au-delà avec des amours mortes. "Il y a un vide en lui, et un besoin d’avoir plus, plus et toujours plus", explique Guillermo del Toro.

Provoquer la compassion

Avec "La Forme de l’Eau" (Oscar du meilleur long métrage et du meilleur réalisateur en 2018), le cinéaste mexicain filait une métaphore sur le racisme et le rejet de ceux qui sont différents à travers une histoire d’amour impossible se déroulant dans un laboratoire militaire durant la Guerre froide. "Nightmare Alley" a beau se dérouler dans les années 40, il s’agit pour lui avant tout d’un film capturant "l’angoisse de notre époque". "Nous n’avons pas voulu faire un film sur cette période, mais sur le présent", assure-t-il. "Cet instant où nous sommes et où on doit faire la différence entre récit véridique, récit mensonger et réalité, c’est si important", insiste le réalisateur.

Le film, candidat de poids pour les prochains Oscars, a été remarqué pour les performances de Bradley Cooper et Cate Blanchett, ainsi que pour ses extravagants décors. "Nous avons bâti l’intégralité de la fête foraine. Et lorsqu’on était à mi-chemin, le Covid a frappé. Lorsqu’on est revenus, on a découvert que la moitié des tentes avaient été soufflées par le vent", se souvient la cheffe décoratrice Tamara Deverell.

Willem Dafoe, qui était attiré enfant par l’univers "sombrement romantique" des fêtes foraines, dit d’ailleurs s’être inspiré pour sa performance de tous ces décors très détaillés et réalistes. L’acteur explique avoir été séduit par le projet de del Toro, qui met souvent au cœur de ses films des "créatures, des marginaux, des monstres et autres gens en dehors de notre société". "Il humanise ces gens et provoque notre compréhension et notre compassion dans tous ses films", dit Dafoe.

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