Don’t Look Up, Animal… Les sorties cinéma à ne pas manquer

Une comédie qui n'en est pas une, un documentaire indispensable, un remake mélancolique... La rédaction a sélectionné les nouveaux films à ne pas manquer cette semaine.

Meryl Streep dans Don't Look Up
© BelgaImage

West Side Story

Film étalon du musical hollywoodien sorti en 1961, fétiche cinéphile culte aux dix oscars adapté d’une pièce de Broadway composée par Leonard Bernstein et ­Stephen Sondheim (tout juste disparu), West Side Story fait donc l’objet d’un remake que le réalisateur du Soldat Ryan appelait de ses vœux depuis l’âge de dix ans. Soixante ans plus tard, les Sharks et les Jets se bagarrent toujours autant pour marquer leur ­territoire dans cette histoire new-yorkaise inspirée de Roméo et Juliette où s’affrontent deux gangs opposés, les Portoricains et les Américains blancs. Dépouillé de la lumière des stars Natalie Wood et George Chakiris dans le rôle de Maria et de son frère Bernardo, et malgré le charme candide de Rachel Zegler et la joie de retrouver Rita Moreno (dans le rôle de la protectrice de Tony), c’est la ­violence structurelle du film qui apparaît, toutes illusions perdues sur les fractures de l’Amérique. ­Spielberg met en scène une véritable tragédie contemporaine, dont il serait à la fois l’un des observateurs les plus fins mais aussi les plus mélancoliques.

*** West Side Story réalisé par Steven Spielberg. Avec Ansel Elgort, Rachel Zegler, Ariana DeBose – 157’.

Animal

Mené par deux adolescents activistes, le jeune ­Français d’origine sri-lankaise Vipulan Puvaneswaran et la Britannique Bella Lack engagée pour la défense de la faune sauvage, Animal balade le spectateur à travers une dizaine de lieux dans le monde sous le regard de leur “French director” Cyril Dion, afin d’éveiller les ­consciences à la sixième extinction de masse et modifier notre rapport au vivant. Du “beach cleaning” sur les plages polluées de Bombay à l’observation de la reforestation fructueuse au Costa Rica en passant par des discussions avec des intellectuels ou des activistes (la militante Claire ­Nouvian qui guerroie contre la pêche en haute mer, le philosophe naturaliste Baptiste Morizot ou l’économiste de la décroissance Éloi Laurent), Vipulan et Bella s’initient à la complexité du système et font évoluer nos regards sur la représentation du monde animal. On retiendra aussi leur conversation émouvante avec un berger qui cohabite avec les loups au cœur du Jura, ainsi qu’une rencontre intergénérationnelle avec l’icône Jane Goodall, l’anthropologue ­britannique qui a consacré sa vie à l’étude des chimpanzés. À travers leur regard, le film invite à se “réensauvager” afin d’inventer un nouveau récit pour que l’humain reprenne sa place au milieu du vivant. Un film indispensable.

*** Animal réalisé par Cyril Dion. Avec Vipulan Puvaneswaran, Bella Lack, Baptiste Morizot, Jane Goodall – 105’.

Don’t Look Up

Deux astronomes (Leonardo DiCaprio et Jennifer Lawrence) tentent d’avertir les autorités qu’il reste six mois avant qu’une comète ne détruise notre planète. Même si cela sonne comme un film avec Bruce Willis, Adam McKay se situe aux antipodes d’une glorification de l’Amérique ou de ses prétendus héros. Après l’excellent Vice, il enfonce le clou avec un nouveau pamphlet qui part d’une situation fictionnelle mais n’en décrit pas moins une humanité (la nôtre) qui se met la tête dans le sable dès qu’on lui démontre qu’elle va droit dans le mur. Tout le monde en prend joyeusement pour son grade: le personnel politique (Meryl Streep incarne une Trump au féminin plus vraie que l’original), les businessmen qui veulent contribuer à l’évolution scientifique (coucou Elon Musk!), la presse, les experts, le showbiz caritatif, vous, moi, la terre entière. Don’t Look Up n’est une comédie qu’en apparence, féroce, inquiète et salutaire.

*** Don’t Look Up réalisé par Adam McKay. Avec Leonardo DiCaprio, Jennifer Lawrence, Meryl Streep – 145’.

Olga

Prix SACD à la semaine de la critique au festival de Cannes, le premier film d’Élie Grappe (écrit avec la scénariste Raphaëlle Desplechin) dresse le portrait d’une gymnaste ukrainienne de 15 ans (formidable et frontale Nastya Budiashkina) qui s’entraîne en Suisse pour les championnats euro­péens. Sa mère journaliste couvre les événements violents de la place Maïdan à Kiev, lors de la révolution de 2014. À travers le corps d’Olga, ses élans et ses fractures, le film suit l’éveil politique et intime d’une personnalité et d’un pays, mené par une extraordinaire jeune actrice qui emprunte à la Rosetta des Dardenne et à la révolution actuelle du genre. “La gymnastique est une discipline très genrée, mais les corps des gymnastes sont marqués d’une manière qui casse le genre. Ce sont des jeunes femmes ­puissantes qui ont marqué leur corps de leur passion, et c’est ce que je voulais montrer”, nous confiait le réalisateur au dernier festival de Bruxelles. À découvrir.

*** Olga réalisé par Élie Grappe. Avec Nastya Budiashkina, Sabrina Rubtsova – 87’.

Le diable n’existe pas

En quatre récits distincts mais reliés entre eux par un sujet commun, Mohammad Rasoulof, figure du cinéma indépendant iranien, cible la question de la peine de mort qui accable son pays. Tourné dans une totale clandestinité, Le diable n’existe pas suit les destins ­contemporains plutôt amers de quatre ­personnages pris dans des dilemmes moraux, à l’image de Darya (Baran Rasoulof, la fille du cinéaste), une jeune femme qui découvre l’identité de son vrai père, un homme vivant en reclus depuis qu’il a refusé de participer à une exécution. Le diable n’existe pas est une œuvre intransigeante, parfois trop appuyée mais à l’ampleur existentielle. Le film a été couronné de l’Ours d’or au festival de Berlin 2020.

*** Le diable n’existe pas réalisé par Mohammad Rasoulof. Avec Baran Rasoulof, Kaveh Ahangar, Mahtab Servati – 150’. 

New Order

Dans une grande ville mexicaine, le riche mariage de Marianne est interrompu par une révolte de pauvres. Ceux-ci se sont organisés pour s’approprier les richesses des nantis. C’est pour la jeune mariée le début d’un cauchemar qui va l’amener dans des geôles où l’on torture les prisonniers pour obtenir d’eux un contact à qui réclamer une rançon. Mais derrière cette révolte sommeille une aristocratie bien particulière prête à récupérer la situation et faire basculer le pays dans le totalitarisme. Glaçant.

*** New Order réalisé par Michel Franco. Avec Naian González Norvind, Fernando Cuautle, Diego Boneta – 88’. 

Sur le même sujet
Plus d'actualité