Madres Paralelas, Les choses humaines… Les sorties cinéma à ne pas manquer (ou à éviter)

Retour triomphal pour le duo Almodovar-Cruz, un gros raté pour Yvan Attal, une friandise kitsch et un récit d'apprentissage éblouissant... La rédaction a sélectionné les nouveaux films à ne pas manquer (ou à éviter) cette semaine.

penelope cruz dans madres paralelas
© El Deseo

Madres Paralelas

Muse absolue du cinéaste madrilène depuis En chair et en os (1997), Tout sur ma mère (1999), la consécration Volver (2006) puis Douleur et gloire (2019, où elle incarne la mère du cinéaste), Penélope Cruz retrouve Almodóvar pour la septième fois dans ce thriller maternel qui exhume la mémoire meurtrie de la guerre d’Espagne et lui a valu le prix d’interprétation au ­dernier Festival de Venise. Sur un ton flamboyant, à la gravité à la fois profonde et sensuelle, l’actrice incarne Janis, une mère célibataire qui va découvrir le secret de la naissance de sa fille tout en enquêtant sur son arrière-grand-père tué par les phalangistes. La mémoire historique rejoint ici la mémoire intime de deux mères aux parcours très différents. Armée d’un t-shirt au slogan féministe pour cuisiner des ­tortillas, Janis confronte le spectateur à des choix à la fois moraux et viscéraux qui questionnent notre ­propre rapport à la filiation et à la transmission entre femmes, qu’elle soit génétique ou symbolique. ­Simplement magnifique.

**** Madres Paralelas. Réalisé par Pedro Almodóvar. Avec Penélope Cruz, Milena Smit, Aitana Sanchez-Gijon, Rossy de Palma – 120’.

Hand of God

Cinéaste du spectaculaire et de l’excès (mais paradoxalement ultra-pudique), Paolo Sorrentino rompt ici ses habitudes en livrant le journal de son adolescence, qui se regarde comme le creuset autobiographique de ses fantasmes et la fabrique de son œil. Dans l’éclat de la baie de Naples, on suit le jeune Fabietto (fantastique Filippo Scotti), jeune puceau amoureux de sa tante bipolaire et fan de Maradona qui va, le temps d’un été quasi fellinien, découvrir le sexe, la mort et la transgression. Si chez Paolo Sorrentino la vie est une comédie (la mère est adepte des canulars auxquels se prête avec plaisir le père, incarné par l’acteur Toni Servillo, icône absolue du chef-d’œuvre de Sorrentino La grande bellezza, oscar du meilleur film étranger en 2014), elle se révèle dans la confrontation originelle avec le drame et l’attrait pour la beauté (qu’elle soit ­trafiquée ou réelle) comme principe ultime de l’existence. À découvrir en salle, puis sur Netflix à partir du 15 décembre.

*** Hand Of God / La main de Dieu réalisé par Paolo Sorrentino. Avec Filippo Scotti, Toni Servillo, Teresa Saponangelo – 134’

La pièce rapportée

Le dernier film d’Antonin Peretjatko est à la comédie ce que votre “petite Suze” est au spritz. Derrière le récit d’une jeune femme d’origine modeste (Anaïs Demoustier) qui tente de trouver sa place dans une famille friquée dont elle a épousé le fils (Philippe Katerine) et de prendre le pouvoir sur l’horrible “reine mère” (Josiane Balasko), cette Pièce rapportée (adaptée d’une nouvelle écrite par Noëlle Renaude pour le magazine Bonne Soirée!) aborde le thème d’une modernité galopante dévorant toute forme d’humanité. Malgré de bonnes idées et le courage affiché de se revendiquer comme héritier de Tati ou Étaix, Antonin Peretjatko ne va pas jusqu’à la ligne d’arrivée, nous laissant un film plaisant mais qui manque de rythme et a surtout l’air de s’être trompé d’époque.

** La pièce rapportée réalisé par Antonin Peretjatko. Avec Anaïs Demoustier, Philippe Katerine, Josiane Balasko, Sergi López – 87’.

Les choses humaines

Très remarqué à sa sortie en 2019, le roman de Karin Tuil – Les choses humaines – fait l’objet d’une adaptation problématique qui choisit (comme le livre d’ailleurs) de raconter l’histoire d’un viol du point de vue de l’agresseur. On ne perçoit pas ici un positionnement clair du cinéaste qui, sous couvert de ne pas faire la morale, échoue à condamner la culture du viol et préfère laisser planer l’ambiguïté. On y suit le parcours d’Alexandre incarné par Ben Attal, jeune homme aisé accusé d’avoir violé la fille de l’amant de sa mère (Charlotte Gainsbourg), une essayiste dite “féministe” mais qui passe son temps à critiquer les migrants. Protégé par son père (un ponte des médias qui trousse de jeunes assistantes sous couvert de sexualité libre), Alexandre vit dans un déni que ni les scènes de procès (pourtant les meilleurs moments du film) ni le regard appuyé du cinéaste (trop empathique avec le personnage) ne parviennent à condamner clairement, laissant le spectateur dans une ambiguïté morale gênante. N’est pas Michael Haneke qui veut.

* Les choses humaines réalisé par Yvan Attal. Avec Ben Attal, Charlotte Gainsbourg, Pierre Arditi, Suzanne Jouannet – 138’

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