De son vivant, House of Gucci… Les sorties cinéma à ne pas manquer

Une ode à la vie, un biopic sur NTM, l'assassinat de Maurizio Gucci ou encore le dernier Disney... La rédaction a sélectionné les nouveaux films à ne pas manquer cette semaine.

Lady Gaga dans House of Gucci
© Metro-Goldwyn-Mayer Pictures Inc

La fracture

Après une très longue nuit passée aux urgences pour soigner un coude cassé un soir de décembre 2018, Catherine Corsini a imaginé la rencontre entre une femme au bord de la rupture avec sa compagne et un jeune militant des gilets jaunes. Entre-temps, la pandémie de Covid est arrivée, l’hôpital est devenu le lieu symbolique de notre époque fracturée et les soignants, les nouveaux héros contemporains. Tourné en plein confinement, porté par le burlesque social (et parfois casse-gueule) du trio Valeria Bruni-Tedeschi – Marina Foïs – Pio Marmaï, le film révèle peu à peu le portrait d’une République en résistance qui aurait le visage de madone d’Aïssatou Diallo Sagna, aide-soignante de métier et véritable cœur battant du film.

*** La fracture, réalisé par Catherine Corsini. Avec Valeria Bruni-Tedeschi, Marina Foïs, Pio Marmaï, Camille Sansterre, Aissatou Diallo Sagna – 98’.

Suprêmes

Le défi était de taille. Comment représenter la jeunesse de JoeyStarr et Kool Shen sans tomber dans une idéalisation testostéronée des stars historiques du rap français? La force du travail d’Audrey Estrougo (elle aussi grandie en Seine-Saint-Denis) et Marcia Romano (coscénariste du film) est de replacer NTM dans l’histoire politique et sociale d’une France qui découvre “les jeunes des cités”. Elles s’axent sur les concerts mythiques des années 1989-1992 (Mantes-la-Jolie et les MJC de banlieue), à travers un travail d’archives passionnant sur le collectif comme base de l’utopie hip-hop et une narration vibrant au rythme du couple Didier Morville-Bruno Lopes, incarnés avec un charisme fou par Théo Christine et Sandor Funtek (qui réinterprètent toutes les chansons). Suprêmes suit la (dé)construction de leurs deux personnalités, marquées par le désamour violent du père pour le premier et la force du second. La nécessité du regard féminin au cinéma est sans doute là, dans cette manière authentique de montrer JoeyStarr et Kool Shen à la génération actuelle. Big up donc.

*** Suprêmes, réalisé par Audrey Estrougo. Avec Théo Christine et Sandor Funtek, Félix Lefebvre, César Chouraqui – 112’.

De son vivant

Décidément les soignants fascinent les cinéastes. À côté des impressionnants infirmiers de La fracture, mentionnons tout de suite la performance du docteur Gabriel Sara, oncologue libanais exerçant à New York, incarnant dans ce drame contemporain (et quasiment dans son propre rôle) le médecin qui va accompagner Ben (impressionnant Magimel) et sa mère (Deneuve) dans la lutte contre un cancer qui le condamne.

Après avoir exploré la justice pour mineurs (La tête haute en 2015, avec déjà le duo Magimel-Deneuve), Emmanuelle Bercot s’infiltre ici dans une unité de cancérologie formée aux soins palliatifs, pour mieux y observer les états émotionnels exacerbés de ses personnages. Mélo ultra-empathique porté par une musique thérapeutique, le film agit comme un accompagnement doux sur “le chemin rocailleux de la maladie” (selon les propres mots du médecin, épaulé par la belle présence de Cécile de France), pour tenter de transcender la douleur de la perte des êtres chers. Un film comme une élégie et une ode à la vie.

*** De son vivant, réalisé par Emmanuelle Bercot. Avec Benoît Magimel, Catherine Deneuve, Cécile de France, Gabriel Sara – 120’.

House of Gucci

Après l’enlèvement du petit-fils du milliardaire Getty dans les années 70, Ridley Scott s’attaque à un autre fait divers qui secoua le monde du luxe: l’assassinat de Maurizio Gucci, héritier de la célèbre marque toscane devenue “le Vatican de la mode”, commandité par sa femme Patrizia Reggiani en 1995. Comédie satirique sur les arcanes du pouvoir, House Of Gucci tire sa force de ses punchlines au scalpel débitées par une Lady Gaga qui semble sortie d’un Rossellini se muant peu à peu en “veuve noire”. Face à un extraordinaire quatuor masculin (classieux Adam Driver et extraordinaire Al Pacino dans le rôle d’Aldo Gucci), elle s’impose comme une nouvelle guéparde du cinéma.

*** House Of Gucci, réalisé par Ridley Scott. Avec Lady Gaga, Adam Driver, Al Pacino, Jeremy Irons, Jared Leto – 157’.

On est fait pour s’entendre

Prof célibataire, Antoine est un sourd qui s’ignore, auquel un ami va ouvrir… les yeux. Les appareils auditifs vont transformer sa vision du monde, l’ouvrir aux autres et en même temps lui faire regretter la bulle dans laquelle il était enfermé avant. Le troisième film réalisé par Pascal Elbé est inspiré de sa propre histoire. “Ce film n’est pas cathartique, explique-t-il, mais l’histoire est proche de la mienne dans les étapes: le déni, l’appareil qu’on casse, ce travail qu’on doit faire sur soi. Le métier de comédien, ce n’est que de l’écoute. Donc le jour où je n’ai plus pu, j’ai été voir un ORL.”

La surdité d’Antoine est le prétexte à raconter une rencontre amoureuse avec Claire (Sandrine Kiberlain), une veuve qui tente de sortir sa fille du silence dans lequel elle s’est enfermée. “Le point commun entre tous ces personnages, c’est qu’ils ont perdu quelque chose. Il y a une absence chez chacun d’eux. Comme dans les tableaux d’Edward Hopper, qui était sourd comme un pot! Tous ses personnages sont dans la solitude absolue. Ils ne se regardent jamais, ne se parlent pas. On n’est pas loin de la société d’aujourd’hui, où on est tous ultra-connectés et où il n’y a jamais eu autant de gens aussi seuls.” Le cocktail que nous a préparé Elbé est un équilibre réussi entre douceur et piquant, comédie et sentiments. Il est à souligner que le travail sur le son est particulièrement soigné. À voir au cinéma, donc.

*** On est fait pour s’entendre, réalisé par Pascal Elbé. Avec Pascal Elbé, Sandrine Kiberlain, Valérie Donzelli, François Berléand – 93’.

Encanto

La famille Madrigal vit dans une maison magique, au cœur des montagnes de Colombie, dans un endroit merveilleux appelé Encanto. Chaque enfant de la famille est doté d’un don surnaturel, sauf la jeune Mirabel, une ado ordinaire qui essaie tant bien que mal de trouver sa place parmi ses proches aux pouvoirs extraordinaires. La dernière production Disney nous livre un beau récit d’apprentissage aux couleurs chatoyantes et à l’exotisme festif qui plaira sans peine à un jeune public. Même si une dose de second degré aurait été la bienvenue pour pimenter davantage une histoire et des personnages globalement fort sages et qui, du coup, manquent un peu de saveur.

** Encanto, la fantastique famille Madrigal, réalisé par Byron Howard, Jared Bush. Avec les voix de Camille Timmerman, José Garcia – 99’.

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