Valérie Lemercier à propos de son film Aline: “Céline Dion m’a laissée faire”

L’actrice et réalisatrice française joue avec le personnage de Céline Dion dans Aline, faux biopic réjouissant et pailleté sur la vie d’artiste.

Valérie Lemercier dans Aline
© Gaumont

Pour attendre la sortie du film (repoussé de dix mois à cause du Covid), elle a pris son mal en patience avec des cours d’anglais pour en assurer sa promo dans le monde. Valérie Lemercier a eu raison car, entre-temps, le film a été montré au festival de Cannes et vendu dans plus de vingt pays. À 57 ans, avec six films réalisés, la ­cinéaste-humoriste française glamour et culottée (cinq spectacles en trente ans de carrière) signe ici son meilleur essai, rassemblant à travers la figure ­mythifiée d’Aline Dieu, double fictionnel de la diva Céline Dion, la plupart de ses obsessions. Obsessions d’artiste et de femme, jamais avare de provocation mais découvrant ici un romantisme qu’on ne lui soupçonnait pas.

Céline Dion a-t-elle été impliquée dans la conception de votre film?
Non. Elle a bien sûr été contactée mais n’a pas souhaité lire le scénario ni voir les photos. Cependant, elle m’a laissée faire… Car son entourage a lu le scénario et vu la bienveillance de l’écriture. Je voulais m’éloigner le plus possible de la moquerie, cela a déjà été tellement fait sur Céline Dion et d’un point de vue personnel, ça ne m’aurait pas du tout amusée de me moquer de ses problèmes de conception. C’est donc plutôt un hommage. Mais il faut dire que Céline est la première à se moquer d’elle-même, avec beaucoup d’autodérision d’ailleurs. Je sais que ça lui arrive d’appeler les gens qui l’imitent et de leur donner des petits tuyaux. Mais le film ça n’est pas Céline, c’est Aline.

Pourquoi ne pas avoir fait un vrai biopic sur Céline Dion?
J’ai voulu faire ce film avec une certaine distance. Pour moi, sa vie est très exotique, mais j’ai aussi voulu mettre des rêves à moi, des choses à moi. À mon petit niveau, j’ai aussi passé trente ans de ma vie sur scène. Je sais ce que c’est de prendre mes repas devant un miroir dans une loge, je connais quelque chose de la vie des gens de théâtre, le vertige de la solitude après le spectacle. J’ai également grandi dans une famille nombreuse, normande, rurale. J’ai aussi connu la vie d’une petite fille un peu moche, mais moi je n’ai pas eu la chance de ­rencontrer mon René.

Est-ce la raison pour laquelle l’histoire d’amour entre Aline et Guy-Claude estau centre du film?
J’aurais rêvé d’avoir un René avec moi. Beaucoup d’artistes ont besoin de cela, d’être protégés. Quand on voit Madonna dans In Bed With Madonna, elle est obligée de gueuler pour s’occuper du son, pour s’occuper de tout. Céline était protégée par René. Elle n’avait qu’à chanter, ce qui est déjà énorme. Dans la vie, c’est merveilleux d’avoir quelqu’un d’impliqué comme ça, sans jalousie, dans un vrai partenariat. Ils ont tous les deux eu une grande chance de se rencontrer malgré la différence d’âge, c’est une grande histoire d’amour.

Le genre florissant de la biographie musicale – Elton John dans Rocketman, Freddie Mercury dans Bohemian Rhapsody, Dalida… – vous a-t-il inspirée?
Je ne comparerais pas car Elton John a produit Rocketman. Bohemian Rhapsody a été fait avec le groupe Queen, c’est une démarche très différente. Céline Dion vit toujours, elle est même plus jeune que moi (53 ans – NDLR) et au sommet de sa ­carrière. Je trouvais ça important de faire un pas de côté et de pouvoir inventer des choses. Pour la ­réalisation, j’ai plus été inspirée par Amélie Poulain que par les biopics musicaux récents sur Dalida ou Claude François.

Comment avez-vous obtenu les droits des chansons reprises dans le film?
Céline n’écrit pas les paroles de ses chansons, ni la musique, j’ai donc demandé directement aux auteurs. J’ai choisi quelques chansons avant le film qui n’ont pas toutes été acceptées, par exemple j’aurais aimé avoir Power Of Love. Mais tout est légal. Le plus dur a été de trouver la chanteuse car Céline Dion est l’une des plus grandes voix du monde, et il s’agissait vraiment d’éviter la parodie. C’est donc Victoria Sio qui interprète les chansons. J’étais là tout le temps pendant les enregistrements.

C’était quoi le plus grand piège pour vous?
De vouloir trop lui ressembler. Alors, j’ai gardé mon grand nez, je n’ai pas forcé l’accent québécois. Il n’y a pas deux Céline. Je rougissais sur le plateau quand on m’appelait Céline.

Vous rejouez la mythologie familiale de Céline Dion avec un immense respect. C’est ce qui vous a guidée?
J’ai toujours veillé à ne rien exagérer ni caricaturer. Dans les années 70, la mère fabriquait toutes les nuits les habits de ses enfants quand ils n’avaient rien à manger, il y avait un truc très digne auquel je voulais rendre hommage. Je ne voulais pas ringardiser la famille de Céline, ce n’était pas les Deschiens.

A-t-elle vu le film?
Non, pas encore. J’aimerais qu’elle le voie.

*** Aline, réalisé par et avec Valérie Lemercier. Avec Danielle Fichaud, Sylvain Marcel – 126’.

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