Aline, Cry Macho… Les sorties cinéma à ne pas manquer

Un faux biopic, un film de guerre pas comme les autres, un western testament... La rédaction a sélectionné les nouveaux films à ne pas manquer cette semaine.

Louis Garrel dans Mon légionnaire
@ Bac Films

Aline

Il fallait oser embrasser le genre du biopic, tout en faisant “un pas de côté”. Presque comme une révérence, Valérie Lemercier s’amuse à réinventer le mythe Céline Dion en adoptant un autre nom pour son héroïne – Aline Dieu – qu’elle campe avec un impressionnant panache, retraçant son enfance dans une famille populaire québécoise jusqu’au succès planétaire à Las Vegas, ses plus grands tubes et l’accomplissement de la maternité. Le film reconstitue avec tendresse la famille Dion (ses quatorze frères et sœurs, son extraordinaire maman interprétée avec truculence par l’actrice québécoise Danielle Fichaud), et surtout le coup de foudre amoureux pour celui qui deviendra son mari, manager et père de ses enfants, René Angélil (mort en 2016) – rebaptisé ici Guy-Claude. Lemercier adopte avec aisance l’évolution des looks et des postures de la star et prend tous les risques, parvenant à transcender sa mystification à travers un grand film personnel sur les feux de la rampe.

*** Réalisé par et avec Valérie Lemercier. Avec Danielle Fichaud, Sylvain Marcel – 126’.

Mon légionnaire

« J’ai voulu rendre hommage aux couples abîmés par la guerre qui ressurgit dans la vie civile et exacerbe les enjeux », dit-elle lorsqu’on la ­rencontre pour son second long-métrage (après un court très remarqué, Pour toi je ferai bataille qui questionnait déjà le corps de l’armée au féminin). Alsacienne basée à Bruxelles, Rachel Lang est sans doute l’une des rares cinéastes à savoir autant de quoi elle parle. Réalisatrice et militaire (elle a été chef de section dans l’opération Barkhane au Mali en 2017), elle s’empare ici du monde ultra-codifié de la Légion étrangère – « où la mort est sans cesse une hypothèse de travail ».  Le récit passe par les destins croisés de deux femmes de soldats (Camille Cottin et l’actrice lituanienne Ina Marija Bartaité, disparue depuis), au prisme des retrouvailles complexes avec leurs hommes après une opération au Mali (tournée au Maroc). Revisitant l’imagerie brute du légionnaire et confrontant le ­fantasme à la réalité, le film révèle deux superbes ­portraits de femmes qui tentent de formuler leur désir et leur liberté. Magnifiquement incarné.

*** Réalisé par Rachel Lang. Avec Camille Cottin, Louis Garrel, Ina Marija Bartaité – 107’.

Cry Macho

Le cas est unique. Cela fait 60 ans que l’on voit vieillir non seulement un des plus grands acteurs vivants mais aussi le personnage qu’il n’a jamais cessé d’interpréter à l’écran – héros teigneux, misanthrope, réactionnaire mais aussi capable d’autodérision. Dans Cry Macho, d’après un roman de N. Richard Nash qui a, jusqu’à ce jour, échoué une bonne demi-douzaine de fois à être adapté au cinéma, Clint Eastwood est Mike Milo. Cette ancienne star du rodéo et dresseur de chevaux est chargée par son ex-patron de lui ramener Rafael, son fils de 13 ans qui vit au Mexique avec sa mère alcoolique. Il ne s’agit là que d’un prétexte pour raconter une histoire d’amitié et de transmission entre le vieux gringo et le gamin qu’il a pris sous son aile. Yeux plissés, mâchoires serrées, Eastwood promène aujourd’hui sa silhouette voûtée et hésitante.

Icône du cinéma américain, ­transportant avec lui le souvenir d’une jeunesse cinématographique entrée dans les anthologies (du western de Sergio Leone à Dirty Harry), ­Eastwood lance ici ses répliques d’une voix voilée et chevrotante. C’est là, dans les hésitations et les fragilités de l’acteur, que le film déploie certains moments particulièrement émouvants. Instants ­troublants où le personnage évoque la vieillesse et les jours de sa gloire passée. Mais cela ne rend pas vraiment service aux scènes d’action dont on se demande finalement s’il était bien nécessaire de les garder.

** Réalisé par et avec Clint Eastwood. Avec Dwight Yoakam, Eduardo Minett, Natalia Traven – 104’.

Tre Piani

Adapté d’un roman de l’écrivain israélien Eshkol Nevo, Tre piani (littéralement: “Trois étages”) se déroule dans un immeuble romain, autour de trois histoires qui vont s’imbriquer par la force de leur proximité géographique. Pourtant, même si les protagonistes vivent à ­quelques mètres les uns des autres, ils sont loin de constituer une communauté. Plutôt une miniature de notre société, où les ­hommes manifestent leur intransigeance ­destructrice et les femmes tentent de recoller les morceaux. Le récit, qui montre les enfants du début devenir des adultes, passe d’un homme qui soupçonne son voisin de pédophilie, mais va lui-même être poursuivi pour détournement de mineure, à l’histoire d’un père, déçu par son fils, qui force son épouse à choisir entre lui et leur enfant. Moretti est un grand cinéaste qui n’a plus rien à prouver. Et c’est là que se situe le défaut de son film. Sa caméra ne semble plus passionnée par les drames qu’elle filme. Elle installe même une distance qui ferme la porte à toute émotion. Est-ce le regard de l’homme Moretti qui s’est refroidi à la vue de ses contemporains?

** Réalisé par Nanni Moretti. Avec Riccardo Scamarcio, Elena Lietti, Alba Rohrwacher – 119’.

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