Tac au tac: Nicolas Maury

Le Hervé de Dix pour cent passe la blouse blanche dans C’est la vie. On n’a pas raté l’occasion de bavarder.

@ Belgaimage

Dans le film C’est la vie, vous jouez un obstétricien. Pour préparer le personnage, vous avez potassé le sujet de la gynécologie ou vous vous êtes contenté de lire La grossesse pour les nuls
Si vous saviez ce que j’ai fait… J’ai suivi pendant deux jours un obstétricien d’une clinique privée à Paris et une obstétricienne d’un hôpital public pour avoir tous les cas de figure. Et j’en suis encore bouleversé…

On a l’impression que vous avez gardé la candeur d’un enfant qui débarque. C’est sincère ou poseur? 
C’est une forme d’élégance que de continuer à s’émerveiller. Mon trésor, c’est de cultiver intact le désir de faire ce métier et je pense qu’il y a de l’enfance là-dedans, vous avez raison.

Hervé dans Dix pour cent, c’est un peu, beaucoup, pas du tout vous ? 
(Silence.) Pas du tout moi. Hervé c’est aussi une création de ma part, mais c’est pas mon problème, ce que pensent les gens. C’est comme quand on me demande: “Vous n’avez pas peur de ne plus rien faire d’autre après Hervé?” Déjà, j’ai envie de dire merci de la question, c’est pas tellement un grand respect par rapport à mon talent. Après, Hervé, les gens l’aiment, ils s’en sentent proches, même quand il est insupportable. Quand on me voit dans la rue et qu’on me dit “Hervé, Hervé”, c’est pour être mon ami, pas pour me mettre des baffes.

Hervé est devenu un fétiche… 
Oui, c’est ça, une peluche. (Rire.)

La fin de Dix pour cent, vous étiez triste ou soulagé? 
Les deux. Avec une chose pas prévue, émouvante… On m’a dit: “Si tu veux, tu peux prendre quelque chose du bureau d’Hervé.” J’ai pris une tasse.

Que pensez-vous des acteurs gays dans le placard? Ce n’est pas votre affaire ou vous pensez que ça ne fait pas avancer les choses? 
Je n’ai pas à discourir sur une chose si intime… Par contre, c’est un chemin personnel. Il me semble important qu’il y ait des gens comme moi, par exemple, pour les adolescents qui sont ostracisés ou qui veulent se suicider. Je n’ai pas peur de ne plus avoir de rôle parce que je dis que je suis pédé. Ça ne m’enlève rien de le dire, ça ne m’ajoute rien non plus, mais je suis en accord avec moi. Je ne le fais pas tellement pour moi, je le fais pour faire avancer les représentations.

La sortie contrariée par le confinement de votre premier film Garçon chiffon, vous en avez pleuré? Vous voulez du sensationnel! À votre avis? Je ne dis pas que ça a été facile, mais la qualité d’un homme ou d’une femme, c’est sa propension à endurer.

Le film un peu débilos de votre enfance que vous aimez toujours? 
J’adore tous les Fantomas et Profs.

Le casting que vous avez foiré? 
Je ne sais pas si je l’ai foiré, mais la directrice de casting m’a empêché d’apparaître comme je le voulais: c’était pour le film de Michael Hanneke, Amour. Mais je ne passe plus de casting parce que je m’étale totalement. Je suis comme un enfant, je rentre dans ma coquille, je n’y arrive pas.

Vous avez vécu comme dans Six Feet Under. Vous avez grandi dans une famille qui exploitait une entreprise de pompes funèbres… 
Oui, je montais dans les cercueils… J’adorais faires des vitrines avec des plaques mortuaires et des fleurs artificielles… Je trouvais ça trop beau.

Vous en avez gardé un certain goût du décorum et de l’apparat? 
Oui, je dois beaucoup à cette enfance, l’amour de toutes sortes d’humanités.

C’est la vie. En salle.

 

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