Okja, de la fiction à la réalité

Le super-cochon génétiquement modifié du film prendra-t-il la forme d'une super-vache dans le monde réel ? C'est en tout cas le projet farfelu du milliardaire Bill Gates.

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Il semblerait que monsieur Microsoft ait manqué de regarder  Okja  sur Netflix. Ou, s’il l’a regardé, qu’il n’en a pas retiré de leçon.  Pour lui expliquer brièvement, il s’agit d’une science-fiction réalisée par le scénariste sud-coréen Joon-Ho-Bong. Dans cette histoire, on suit la jeune Mija, qui s’est occupée pendant dix années idylliques d’un animal au grand cœur, un « super-cochon ». Ce qu’elle ignore, c’est que plusieurs de cette espèce génétiquement modifiée ont été envoyés par une multinationale américaine dans le monde entier à des agriculteurs qui les aimeront et prendront soin d’eux pendant une décennie. A terme, le meilleur cochon sera couronné, et mangé. En apparence, cela paraît être un beau projet : le consommateur éduqué se sent confiant dans la nourriture qu’il mange, tandis que cela semble soucieux de l’environnement, car ces créatures ont une faible empreinte écologique et peuvent nourrir des centaines de personnes de plus que le porc, la vache ou le poulet.

Mais ne dit-on pas qu’il faut se méfier des apparences ? Okja utilise les pièges de la fantaisie pour poser les questions qui fâchent sur, entre-autres, la provenance de notre nourriture, exposant les dents sauvages du consumérisme derrière le sourire amical du capitalisme d’entreprise. Pour ceux qui auraient vu le documentaire « Cowspiracy », les révélations sont ici les mêmes, bien que dissimulées derrière les codes de la fiction. Sorti en juin 2017 sur Netflix, Okja a grandement fait parler de lui au point que, beaucoup, dont le réalisateur lui-même, affirment être devenus végétariens après le visionnage de ce long-métrage.

Le réalisateur d’Okja est devenu végétarien après avoir terminé son film

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Bill Gates a annoncé vouloir investir 40 millions de dollars pour créer une vache parfaite

Et pourtant. Ce qui devait rester une fiction risque de devenir réel. Du super-cochon imaginaire, on pourrait passer à la super-vache en chair et en os. Il y a quelques jours, Bill Gates a annoncé vouloir investir 40 millions de dollars pour créer une vache parfaite, capable de produire plus de lait. Le plan du milliardaire est d’investir dans l’Alliance mondiale pour les médicaments vétérinaires du bétail. Basé à Édimbourg, l’Institut mène des recherches qui visent à mélanger les gènes des vaches africaines robustes avec leurs cousins européens, les Holstein-Frisons, et ce faisant, augmenter leur rendement de lait. Ces vaches britanniques produiraient en moyenne 40 pintes de lait par jour (ce qui équivaut à 22L), tandis qu’en Afrique, elles n’en produisent que trois et demi. Par contre, celles-ci résisteraient mieux à la chaleur et mangeraient beaucoup moins de nourriture. Pour Bill Gates, ce projet permettrait de sortir le monde de la pauvreté. « Vous pouvez avoir une vache quatre fois plus productive, avec la même capacité. », a-t-il soutenu. Les scientifiques de l’Université d’Édimbourg utiliseront également des logiciels pour développer des vaccins destinés à sauver les vaches frappées par la maladie dans les régions tropicales.

Une vache quatre fois plus productive, avec la même capacité

Tandis que de multiples reportages tentent de faire comprendre qu’il est désormais indéniable de diminuer notre consommation de viande pour le bien de notre chère planète, ce plan pousse – à nouveau – à la sur-consommation. La question de l’exploitation animale au profit d’un monde toujours plus capitaliste fait de nouveau polémique. On peut fortement douter que la création de cette super-vache mènerait réellement à la fin de la pauvreté en Afrique. En 2017, Bill Gates avait déjà investi dans la viande artificielle au côté de deux autres milliardaires, Richard Branson (fondateur de Virgin), et Jack Welch (l’ancien PDG de General Motors). Alors, vraiment « généreux », monsieur Microsoft ?

Texte : Zoé Tiberghien (st.)

Okja, à voir sur Netflix

 

 

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