Angle mort: des images qui percutent

Nabil Ben Yadir s’attaque brillamment au film noir avec un film poisseux et prenant, disséquant soigneusement la descente aux enfers d’un flic raciste dans une chronique de la haine ordinaire.

Angle Mort ©Prod

Ben Yadir met brillamment en scène un casting trois étoiles glané aux quatre coins du pays. On y retrouve Peter Van den Begin (croisé dans Les Ardennes ou Waste Land), David Murgia (Jésus dans Le tout nouveau testament, vu aussi dans Tête de bœuf), ou encore Soufiane Chilah (Nassim dans Black). Nous sommes donc en toute bonne compagnie question cinéma belge éclairé aux idées noires et aux saillies qui dérangent !

Jan Verbeek est un ancien commissaire de police, devenu personnage fort d’un parti populiste. Son ascension sur la scène politique basée sur des discours radicaux le place au cœur du système politique et policier… jusqu’au jour où son passé refait surface. Et c’est là, dans un triangle infernal entre Charleroi, Bruxelles et Anvers, que la sortie de route guette… “Ce film montre que, maintenant, la politique, ce ne sont plus les partis, ce sont carrément les personnes, pointe Ben Yadir. C’est une quête de pouvoir personnelle. Et c’est bien ça qui fait peur. Le film questionne en profondeur l’écart entre l’image publique et l’histoire intime de l’homme. La responsabilité qu’on attend de ces politiciens implique aussi une plus grande exigence quant à leur moralité et leur probité.” 
Et pour faire passer la pilule, Ben Yadir choisit donc une ambiance poisseuse, nappée d’une violence désenchantée qui accompagne partout notre brutal antihéros, catalyseur de nos plus vils penchants, de nos passions tristes, à la fois dans ce qu’il incarne comme individu et comme homme politique. 

Une nervosité sophistiquée

Pourtant, dans Angle mort, la pire violence n’est pas celle des coups portés. Mais celle d’un horizon politique bouché capable de recycler une histoire très personnelle de trahison en fable sécuritaire. “Je voulais ce mélange des genres entre film introspectif, politique et thriller. Je ne me compare pas, je n’oserais pas (rire). Mais quand même: pour les ambiances, je revendique, par exemple, l’influence du Mean Streets de Scorsese. En bref, j’ai essayé de bien servir le fond et la forme. Avec une histoire qui interpelle et regorge de suspense, mais aussi avec des images léchées. Parce que le contenu n’est pas forcément l’ennemi du beau. Au contraire, même… ”

Résultat: ce film porte en lui une nervosité sophistiquée. Et comme pour rappeler une fois de plus qu’il n’a rien perdu de sa rage en tant que cinéaste, Ben Yadir insiste: “Allez surtout voir ce film parce que j’espère que j’ai bien fait mon boulot. Après, sans vouloir donner des leçons, c’est aussi mon rôle d’agiter tout ça. Il faut se bouger le cul! Maintenant, des gens mettent un statut sur Facebook, et ils ont l’impression d’être devenus de “super-militants”. Le militantisme virtuel est une arnaque! Ce n’est pas en récoltant des “like” que l’on fait bouger le monde”. Alors, lui, l’ex-Baron de la glande (qui travaille actuellement sur une suite des Barons, avec des filles cette fois), essaie modestement de faire bouger les lignes via des images qui percutent. Et y arrive ici… avec une efficacité jamais prise en défaut ! 

*** Angle mort. Réalisé par Nabil Ben Yadir. Avec Jan Decleir, Peter Van den Begin, David Murgia – 109’.

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