Gael García Bernal: " Tous mes films parlent de personnages emblématiques "

Révélé chez Almodóvar, le beau gosse du cinéma sud-américain revient en flic malsain dans Neruda. Rencontre avec le comédien qui monte.

Gael Garcia Bernal ©PhotoNews

Dans Neruda, de Pablo Larraín, Gael García Bernal bascule du côté obscur de la farce. Argentin d’adoption, l’acteur mexicain revient au Chili où il a interprété le jeune Che Guevara en voyage, et où il a aussi mené campagne contre Pinochet (dans No, du même Larraín). Cette fois, il veut la peau des communistes. Et notamment celle du célèbre poète, qui a choisi la clandestinité. L’ombre dans laquelle Bernal est filmé pendant la quasi-totalité de la traque est celle du salaud, du chasseur obsédé par sa proie… Le salaud qui veut se damner pour ses maîtres et faire le lit du fascisme.

Un rôle trouble et fourbe. Qui tranche un maximum avec García Bernal au civil, droit dans ses bottes, à la franchise directe. Qui nous reçoit le sourire en bandoulière, la barbe de trois jours finement ciselée, la repartie directe de l’acteur qui vous teste pour vérifier que vous avez révisé toute sa filmographie, et nous perce de son regard inquisiteur. Il commence à parler sans même que nous lui ayons posé la moindre question. “Tous mes films ont un point commun: ils parlent de personnages emblématiques d’une manière ou d’une autre. Ici, même si ce n’est pas moi qui prête mes traits à Neruda, il était impensable que je ne sois pas de l’aventure!”

Que représente Pablo Neruda à vos yeux ?

GAEL GARCÍA BERNAL – (Nous regardant comme si on débarquait d’une autre planète.) Ben… Il est tout simplement le plus célèbre poète au monde! Aux quatre coins du globe, si vous demandez à quelqu’un de citer un poète célèbre, il vous répondra Neruda. C’est un personnage plus vrai que nature. Il représente le 20e siècle dans sa douleur, dans son désir de changer le monde, de le rendre meilleur. En tant que poète, il occupe une place très importante dans la politique, dans les discours de l’après-guerre et de l’après-colonisation…

Et donc, c’est avant tout pour avoir accès au film que vous avez accepté ce rôle de policier vraiment incroyable, qui traque Neruda?

G.G.B. – Oui! Et j’ai adoré jouer ce  policier. Car c’est un personnage complexe. Il entend pratiquer son métier le plus sérieusement possible. Mais, en même temps, il a envie d’être au-dessus de tout ça, il se livre en permanence à une sorte d’introspection. Il est solitaire, triste. C’est l’enfant d’une prostituée et il n’a jamais été aimé. Il est totalement en marge de la société. C’est le genre de personnage dont Neruda parle dans ses poèmes. Je crois qu’on n’en a jamais vu comme lui dans d’autres films. Même en   remontant très loin!

Quel est votre premier souvenir de cinéma, toutes catégories confondues?

G.G.B. – Dumbo! Et je m’en souviens parce que je l’ai vu plusieurs fois en famille. C’était au cinéma Continental, à Mexico. J’adorais y aller, simplement pour être dans ce lieu.

Mais quand vous avez décidé de devenir acteur, ce n’était pas à cause de Dumbo ?

G.G.B. – Non! (Rire.) Mes parents sont acteurs. Donc, pour moi, en un sens, il aurait été impensable de ne pas devenir acteur à mon tour. Cela faisait juste partie de ma vie.

Vous avez commencé votre carrière de comédien dans Amours chiennes d’Alejandro Gonzalez Iñárritu, quels sont vos souvenirs de cette expérience ?

G.G.B. – Le tournage ne m’a laissé aucun souvenir particulier. Ni en bien ni en mal. Par contre, la suite… Venir à Cannes pour ce film… C’était la première fois que je venais en France.. J’étais fasciné! Toutes les personnes qui ont participé au film ont vu leur vie changer après ça. C’était incroyable de constater qu’un film pouvait tout chambouler pour nous. C’est cette expérience qui m’a donné envie de m’impliquer davantage dans le cinéma…

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