Brooklyn Village, un moment de cinéma délicat

Un film d’amitié, un adieu à l’enfance. 

Brooklyn Village ©Prod

Pour sa septième réalisation, le cinéaste Ira Sachs signe un remarquable drame doux-amer nourri aux petits tracas du quotidien. Œuvre d’ailleurs légitimement récompensée par le Grand Prix du Jury au dernier Festival du cinéma américain de Deauville. Cette fois, une famille de Manhattan hérite d’une maison à Brooklyn dont le rez-de-chaussée est occupé par la boutique de Leonor, une couturière latino-américaine. Les rapports entre voisins sont d’abord très agréables, notamment grâce à l’insouciante amitié qui se noue entre Tony et Jake, les enfants des deux foyers. Jusqu’à ce que ces nouveaux arrivants réalisent que le loyer que Leonor leur verse est bien en dessous de ce qu’il conviendrait.

Derrière ce portrait plein spleen d’une entente juvénile, on a rarement vu New York ainsi magnifié, sans mièvrerie ni œillades touristiques. Pas celui de Woody Allen, auquel chaque film, depuis Manhattan, serait une déclaration d’amour. Mais plutôt celui de James Gray, enfant de Brighton Beach et peintre d’un territoire clos coupé de Manhattan. Avec une pudeur remarquable, Ira Sachs extrait de la banalité du quotidien un moment de cinéma délicat, gagné peu à peu par un fragile sentiment d’amertume. Car le passage de l’adolescence à l’âge adulte ne s’opère pas sans cicatrices à la clé. Il est bon de le rappeler, surtout de cette manière.

*** Brooklyn Village. Réalisé par Ira Sachs. Avec Michael Barbieri, Theo Taplitz Greg Kinnear – 85’.

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