Keira Knightley: “J’ai choisi d’être une actrice, et pas une people”

En égérie de Chanel, ou dans son dernier film Beauté cachée, elle touche quelques beaux cachets. Mais rien d’excessif. D’autant qu’elle les réinvestira dans des projets plus personnels. 

Keira Knightley Belga

Elle incarne une féminité frondeuse et juvénile, affranchie des diktats hollywoodiens. Tête de gondole de Chanel depuis une bonne décennie, et récente ambassadrice des bagues Coco Crush, l’actrice a surtout été choisie à quatorze ans pour jouer Sabé dans Star Wars: La menace fantôme. Cette enfant de la balle qui réclamait, dès trois ans, un agent à ses parents (acteur et scénariste) s’est ensuite tissé une filmographie sans faute, entre blockbusters planétaires (Pirates des Caraïbes), nomination aux oscars (Orgueil et préjugés et Imitation Game), films d’auteur (Une dangereuse méthode, de David Cronenberg) ou divertissements plus rassembleurs,  comme Beauté cachée, qui sort cette semaine…

Quand on est intronisé auprès de la belle, Keira Knightley confirme bel et bien être l’archétype de la trentenaire idéale, entre mimiques espiègles, sourire à toute épreuve et tenue impeccable. Elle est bâtie pour jouer les héroïnes romantiques de Jane Austen, mais pas seulement. Car la Londonienne affranchie, celle qui sait dire non, n’est jamais loin derrière l’ingénue. De fait, elle paraît à contre-courant de son époque. Puisque, comme elle le confirme: “J’ai choisi d’être une actrice, et pas une people”. 

« Je suis très éloignée de ce que je représente”

Elle déjoue les embuscades des paparazzis, ne s’éternise pas sur les tapis rouges, et il ne lui viendrait certainement pas à l’idée de poster un selfie avec son mari, le musicien James Righton, membre des Klaxons, épousé en catimini et en tout petit comité dans le sud de la France. “Lorsque vous entrez dans la ligne de mire publique, il faut être armé. Tout est paradoxal dans la célébrité: ce que l’on admire en vous aujourd’hui est ce pour quoi on vous rejettera demain. Ce contraste m’a incitée à cultiver une certaine dualité: je suis très éloignée de ce que je représente”, explique-t-elle. “Plus jeune, je prenais les choses personnellement et j’avais du mal à encaisser les critiques. Si je faisais un blockbuster, on me reprochait de ne choisir que des projets dits “faciles”. Et dès que j’apparaissais dans un film d’auteur, les mêmes me disaient finie et en bout de course.

Depuis, j’ai compris qu’une image a une fonction sociale et que, chose bizarre, vous en êtes dépossédée lorsque vous devenez célèbre. Il se produit alors comme un divorce émotionnel entre celle que vous êtes vraiment et celle que l’on veut que vous soyez. Lorsque je suis en mission, sur les tapis rouges, sur un tournage avec la presse qui guette chacun de mes mouvements, ou en shooting, le grand jeu ne me fait pas peur. Mais il n’y a aucune nécessité ni aucune pression pour que je ressemble à cette image dans ma vie de tous les jours.”

Pas de réseaux sociaux

Mais au fond, quelle image? Comment devient-on Keira Knightley? “À coups de maquillage, de bonnes lumières et de robes de haute couture (rire). Je joue un rôle et je deviens la représentation connotée qu’on attend de moi. Mais cela fait partie du job. Se transformer est d’ailleurs l’essence du métier de comédienne au sens très large. Il y a, d’une part, un personnage et d’autre part, moi, l’autre Keira, personne privée, que vous ne connaissez pas.” Sauf que, contrairement à la majorité de ses collègues, très tatillonnes sur le sujet, elle ne demande pas à voir ses photos avant publication dans la presse. Et reste lucide quant à l’impermanence des canons esthétiques.

“La mode peut aisément gommer certaines formes, et en mettre d’autres en valeur. Regardez les robes des années 1950. Mon corps a changé depuis la naissance de ma fille. Ma cage thoracique, par exemple, s’est ouverte et ne se refermera probablement pas complètement. Et alors? On ressent la pression sociale et médiatique de “retrouver sa silhouette d’avant la grossesse”. Mais elle ne sera jamais exactement la  même! J’ai créé un être humain, pourquoi revenir à mon corps d’avant?” De même, elle ne fréquente pas les réseaux sociaux. “Culturellement, la Grande-Bretagne n’encourage pas la starification. Nous mettons notre ego en sourdine, à l’inverse des acteurs hollywoodiens. Qui, eux, incarnent l’idéal fantasmé de ce qu’une star devrait être… Pour résumer, on va dire que je me considère comme une actrice qui se retrouve de temps en temps dans la position d’une star. Atteindre ce juste équilibre requiert un effort constant. Mais c’est surtout une hygiène de vie essentielle pour moi.”

Pour découvrir la suite de l’article, rendez-vous en librairie ou sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

Plus d'actualité