Tom Hanks: »Réaliser un film, pour moi, c’est personnel, voire douloureux »

Il enfile sa panoplie de pilote dans Sully, pour cette histoire incroyable d’amerrissage au large de New York. Rencontre avec un mec ordinaire qui compense en jouant les héros.

Tom Hanks ©Reporters

Tom Hanks est de toutes les listes. Il apparaît en bonne place dans les classements des acteurs les plus bancables, les plus riches, les plus nominés, les plus récompensés (deux oscars, quatre golden globes). Il est surtout l’un des plus aimés du public avec des films qui nous ont touché au cœur: Philadelphia, Forrest Gump, Il faut sauver le soldat Ryan, La ligne verte. C’est aussi lui qui prête sa voix à Woody dans la saga Toy Story. Et rien que pour ça, il mérite notre respect éternel. 

Pourtant, rien de génial dans son physique. Il ressemble plus à Bill Murray (en moins drôle) qu’à James Stewart, auquel on l’a pourtant souvent comparé. Sans doute parce que comme Stewart, il a souvent incarné le rôle de l’Américain moyen avec un talent réel. “Sans sombrer dans la psychologie de comptoir, je me dis parfois que c’est pour échapper à ce carcan de la normalité que j’ai aussi parfois choisi des rôles de mecs normaux qui deviennent, disons, héroïques. Comme dans Forrest Gump, Apollo 13 ou Capitaine Phillips.” 

On rangera son nouveau Sully, qui sort ce mercredi, dans la même catégorie. Dans cette fresque signée Clint Eastwood, Hanks prend la place de Chesley B. Sullenberger, pilote qui a réussi l’incroyable exploit de poser son  avion en perdition sur l’Hudson River de New York en janvier 2009. Évitant ainsi aux Américains un nouveau traumatisme venu du ciel. 

Comme s’est passée votre rencontre avec Clint Eastwood ?

TOM HANKS – On dit de lui qu’il n’aime pas répéter les scènes avant de les tourner mais ce n’est pas vrai. J’entends aussi souvent qu’il déteste multiplier les prises. Faux, encore une fois. Au contraire! Il accumule les prises d’une même scène, pour obtenir le meilleur de chaque acteur. La seule chose vraiment déstabilisante avec lui: il laisse tourner la caméra, même lorsque la scène est terminée. Mais c’est pour la bonne cause car il cherche à obtenir des expressions très naturelles de la part de ses acteurs. Bref, il connaît très bien son métier de réalisateur.

Et vous ? Le métier de réalisateur ne vous tente plus, après seulement deux films ? 

T.H. – Je ne sais pas si je suis fait pour ça. Réaliser un film, pour moi, c’est personnel, voire douloureux. C’est une mission que je me confie. Lorsque j’ai tourné mon premier, That Thing You Do, c’était une petite production avec un groupe restreint d’intervenants. Je m’y sentais assez bien. Aussi parce que je jouais dedans, mais un rôle secondaire. Pour Larry Crowne, c’était une autre affaire. Je tenais le rôle principal. C’est vrai que j’aurais pu demander à quelqu’un d’autre de le réaliser. Mais cela n’aurait pas été pareil. Je m’étais donc écarté de tout autre travail pour me concentrer uniquement sur ce film. Trois ans de boulot. À côté de ça, faire l’acteur, c’est vraiment les vacances. Réaliser, c’est constamment parler, s’expliquer, demander, supplier… En fait, je suis d’abord et surtout un acteur. J’ai eu la chance de travailler avec Robert Zemeckis, Ron Howard ou Spielberg. Et de constater que ces gars étaient, eux, de vrais réalisateurs. C’est ce qu’ils ont toujours voulu faire. C’est aussi grâce à eux que les États-Unis ont rayonné si loin et si fort…

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Une histoire vraie

Pour raconter l’histoire vraie de ce pilote d’avion qui a réussi à éviter une catastrophe aérienne majeure en se posant sur l’Hudson River new-yorkaise, ainsi que les polémiques qui ont suivi quant au bien-fondé de ce choix, Clint Eastwood bâtit son film comme un non-événement. Au lieu d’exploiter le spectaculaire de l’atterrissage, le cinéaste le dilue au travers de flash-back surgissant toujours au bon moment. Signes de la psyché troublée de son protagoniste, ces séquences sont l’occasion de mettre en avant le reste de l’équipage, les passagers et les sauveteurs de l’après-traumatisme. Le cinéaste oriente son tableau pour qu’il soit exact. Mais aussi anti-spectaculaire et sans effusion tragique. Fascinant dans ses contradictions, Eastwood ne révèle sa note d’intentions qu’en fin de parcours. Comme dans tous les autres bons crus du cinéaste (Million Dollar Baby, Mémoires de nos pères et autres Gran Torino…), le classicisme mollasson se transforme, au final, en une lettre de noblesse. Et Tom Hanks, brillant de sobriété, émeut surtout par son discours. Un grand film.

*** Réalisé par Clint Eastwood. Avec Tom Hanks, Aaron Eckhart, Laura Linney – 96’.

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