Mel Gibson : le grand pardon ?

Traité par ses pairs comme un paria depuis dix ans, Mel Gibson sollicite  leur clémence. Et revient avec Tu ne tueras point, un excellent film. En n’oubliant pas de clamer haut et fort qu’il reste un bon chrétien. 

Mel Gibson ©Belga

Pour l’acteur et metteur en scène américano-australien, le moment du pardon est donc enfin venu et la rédemption semble en bonne voie. Car le temps a, semble-t-il, un peu effacé ses outrances. Surtout, l’homme a déployé un plan de bataille en deux axes: d’abord prêcher pour sa rédemption au point de prendre les médias pour des tribunes de télé-évangélisation. Puis se concentrer sur ce qu’il sait finalement faire de mieux: du cinéma viscéral et puissant. Nouvel exemple avec ce Tu ne tueras point, excellent de bout en bout. 

Mad Max en plein désert

La très longue traversée du désert de Mad Mel a commencé en 2006, sur une route de Malibu, avec son arrestation pour excès de vitesse en état d’ébriété, suivie d’une tirade antisémite pas piquée des vers sur la personne d’un policier. Gibson lui lançant notamment que “les Juifs étaient responsables de toutes les guerres de l’histoire”, doublant tout ceci de propos sexistes et menaçants. L’acteur avait présenté des excuses, avant de se voir tout de même condamner à trois ans de mise à l’épreuve. Il avait déjà été taxé d’antisémitisme après la sortie du très controversé La Passion du Christ (2004). Ensuite, oublié et évité comme la peste par le petit  milieu hollywoodien pendant près de dix ans, il n’avait plus guère obtenu qu’une poignée de rôles dans des films improbables ou mal reçus. Aux antipodes de l’adulation dont il a bénéficié grâce à Mad Max, L’arme fatale et autres Braveheart, qu’il a produit et réalisé. 

Apocalypse et renaissance 

Premier pas vers la rédemption artistique: son Apocalypto (2006), d’un côté parabole puissante et spectaculaire de la fin d’une civilisation. De l’autre, sur fond de décadence et de chaos sanguinaire, intronisation d’un véritable       héros comme le cinéma américain les adore! Soutenue du bout des doigts et en se pinçant le nez par une grande partie de la presse, cette réalisation récolte un petit succès d’estime, mais rien de plus. Toutefois, en bon chrétien, Mel ne hurle pas à l’injustice, préférant tendre l’autre joue: “Je comprends que les gens ne me suivent plus. Mon film est bon. Mais en tant qu’homme, je ne le suis pas encore redevenu. Ma rédemption prendra du temps”.

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Tu referas du bon cinéma… point

Quand la Seconde Guerre mondiale a éclaté, Desmond, un jeune Américain, s’est retrouvé confronté à un dilemme: comme n’importe lequel de ses compatriotes, il voulait servir son pays mais la violence était incompatible avec ses croyances et ses principes moraux. Il s’engage tout de même dans l’infanterie, comme médecin. Son refus de prendre les armes ne lui vaut pas que des amis, ni chez ses frères d’armes ni chez les gradés. C’est donc armé de sa seule foi qu’il deviendra l’un des plus grands héros de la guerre. Puisque, lors de la bataille d’Okinawa, il sauvera des dizaines de vies, seul, sous le feu de l’ennemi. Pour son grand retour derrière la caméra, et d’un point de vue strictement cinématographique, Mel Gibson signe un film en forme de vraie claque. De plus, l’acteur Andrew Garfield (The Amazing Spider-Man), très investi, livre une interprétation remarquable de bout en bout. Et puis, surtout, le film est visuellement époustouflant. Car au-delà de la mise en scène léchée et captivante, les scènes d’assaut, d’un réalisme et d’une violence inouïs, sont à couper le souffle. Gibson usant sans abuser de mouvements de caméra et de ralentis conférant à l’horreur du combat une dimension presque onirique. Plus qu’un drame de guerre, Mel Gibson signe un chef-d’œuvre d’une beauté terrifiante, qui prend aux tripes. Un très grand film!

*** Tu ne tueras point. Réalisé par Mel Gibson. Avec Andrew Garfield, Vince Vaughn, Teresa Palmer – 131’.

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