Eurosonic 2023 : la relève belge est assurée, voici tous les artistes made in Belgium à suivre absolument

Dix-neuf artistes belges se sont produits du 18 au 21 janvier à Groningen, aux Pays-Bas, devant les programmateurs des plus grands festivals européens. Une étape incontournable franchie dans le passé par Stromae ou Angèle.

Catherine Graindorge a marqué des points au festival Eurosonic ce vendredi 20 janvier. © Siese Veenstra
Catherine Graindorge a marqué des points au festival Eurosonic ce vendredi 20 janvier. © Siese Veenstra

De la buée sur les vitres, un long serpent de festivaliers emmitouflés qui patientent à l’extérieur sous un froid polaire. C’est bon signe. The Haunted Youth, le groupe indie-rock du Hasseltois Joachim Liebens, qui a sorti son premier album “Dawn Of The Freak” en novembre dernier, est l’objet de toute l’attention au Huize Maas de Groningen en ce jeudi 19 janvier. C’est du bon, c’est du belge. C’est désormais acquis. On va beaucoup le voir ces prochains mois, notamment aux Nuits Botanique le 3 mai.



The Haunted Youth
est l’un des dix-neuf artistes/groupes belges à avoir joué lors de cette 37e ­édition de l’Eurosonic, festival de showcases (concerts live d’une quarantaine de minutes), qui s’est déroulé du 18 au 21 janvier. Après deux éditions virtuelles, la ville universitaire du nord des Pays-Bas a programmé pas moins de 350 projets européens émergents. L’événement, qui affichait sold-out, attire le public local mais surtout 4.250 professionnels du secteur musical, dont 400 ­programmateurs des plus importants festivals. Outre les concerts qui ont lieu dans tous les endroits imaginables (salles, cafés, théâtres, disquaires, églises…), on y organise des conférences et workshops, on y remet des prix et on signe de nombreux deals. Rock Werchter a ainsi reçu un Green Award pour ses efforts en matière de ­durabilité, tandis que Dua Lipa, dont la carrière internationale a débuté ici en 2016, est venue présenter son projet Sunny Hill Foundation.

L’union fait la force

Pour la Belgique, l’union fait la force. Dans la capitale hollandaise de la croquette, les dix-neuf artistes - la plus grosse délégation derrière les Pays-Bas - se présentent sous la bannière ­Belgium Booms. WBM, l’agence de soutien à l’exportation du secteur musical de la Fédération Wallonie-Bruxelles y fait cause commune avec son équivalent flamand VI.BE et Sabam For Culture. Nos talents peuvent prétendre à un soutien promotionnel et une aide logistique (frais de déplacement, hôtels) de ces trois organismes et reçoivent du festival un cachet qui tourne autour des 500 euros. Les débouchés peuvent être ­énormes: un contrat de distribution à l’étranger, des tournées, des invitations pour des festivals européens… De Stromae à Angèle, en passant par Mélanie De Biasio, Lous & The Yakuza ou Glauque, toutes nos pointures noir-jaune-rouge ont profité au début de leur carrière d’une visibilité à l’Eurosonic pour s’exporter.

Le violon de Catherine Graindorge

Quels sont les artistes belges sur lesquels il faudra compter ces prochains mois? “Il est encore trop tôt pour dresser un bilan. Mais il y a eu beaucoup d’excitation autour de The Haunted Youth”, confirme Christian Holl Buhl, cofondateur de Factory 92, l’agence internationale de communication (basée à Hambourg) qui coordonne la promotion des artistes Belgian Booms à l’Eurosonic. “Nous sommes aussi très fiers d’avoir réussi à booker une session pour la radio et la télévision ­hollandaise avec RORI. Pour une artiste qui chante en français, c’est inespéré.

La Belgique a aussi brillé avec la présence de Catherine Graindorge. La violoniste altiste et compositrice a joué en solo à l’heure du goûter dans un salon de thé du centre-ville et a été épaulée le soir par le claviériste suisse Simon Ho pour une prestation magique au DOT, un planétarium impressionnant. Les yeux voyageant de la scène au plafond où brillaient les constellations d’étoiles, le public a été envoûté par son mélange unique de classique, d’ambient et de soundtrack imaginaire. Plus que son très médiatisé EP “The ­Dictator” sur lequel figure Iggy Pop, Catherine Graindorge a essentiellement puisé dans son album “Eldorado” paru en 2021. Cultivant l’élégance au naturel, elle peut s’attendre à de belles retombées.

Électro et jazz

Signe de la bonne forme de nos artistes, la programmation du Simplon, club électro le plus hype de Groningen, s’est clôturée trois soirs de suite avec un groupe belge instrumental. Le duo Lander & Adriaan (batterie et claviers) impressionne par sa maîtrise musicale mais flirte un peu trop dans la démonstration. Lauréats du ­Concours Circuit en 2020, Tukan retourne tout avec son groove électro/jazz à haute valeur ajoutée. On les voit aux Nuits Botanique le 29 avril. Maxime Lhussier, leur booker, était hyper- confiant pour l’avenir et rêvait déjà d’une présence au Primavera espagnol en 2024. Les Bruxellois Echt! ont, eux aussi, réussi à imposer leur melting-pot organique. Ils seront au festival Jazz à Liège (du 25 au 28/5). “Même si certains puristes vont tiquer, on a eu raison de les programmer”, commentait, enthousiaste, l’organisateur Fabrice Lamproye (Les Ardentes, Jazz à Liège, Reflektor).

On a aussi apprécié l’afro-beat d’Avalanche Kaito, l’électro aérienne de Mimi. On a raté, par contre, la prestation tendance “rock dur” de ­Psychonaut qui a suscité des commentaires élogieux. Points communs entre tous ces talents? “La scène musicale belge est très attractive, analyse Christian Holl Buhl. Pop, rock, jazz, hip-hop, électro, néoclassique… Les styles sont variés. Par sa situation géographique, la Belgique est au centre de toutes les cultures. Vos artistes absorbent énormément d’influences mais ont l’intelligence de ne pas arriver à l’Eurosonic avec un copier-coller de ce qui existe déjà. Il y a aussi chez vos artistes une mélancolie, une fragilité et une émotion qu’on ne retrouve pas ailleurs. Les artistes anglo-saxons ou français viennent à l’Eurosonic avec des projets plus cadrés et plus rigides.”

Sur le même sujet
Plus d'actualité