Le Top 5 livres de Sébastien Ministru

Dans une année monopolisée par quelques titres et quelques auteurs habitués de la liste des best-sellers (à commencer par le Amélie Nothomb-Guillaume Musso-Marc Levy), notre choix se focalise sur trois romans très médiatisés et deux premiers textes prometteurs.

Top 5 Livres

Le mage du Kremlin – Giuliano Da Empoli

Inspiré par la personnalité de Vladislav Sourkov, ancien conseiller de Poutine – Giuliano Da Empoli livre un récit magnétique, celui de Vadim Baranov, l’homme qui murmure à l’oreille du Tsar. En décrivant la trajectoire de cet homme – ex-metteur en scène de théâtre, ancien producteur télé et fan de rap – Da Empoli en profite pour raconter l’avènement de cette Russie qui a fait du milliardaire un modèle de réussite et l’apparition de Moscou sur la carte de l’exhibitionnisme bling-bling. Le livre montre comment, en travaillant l’image de Poutine, Baranov consolide le narratif d’une Russie qui, entre culture des oligarques et folie des grandeurs, cherche à retrouver la mystique de sa supériorité. Le roman, qui résonne avec l’actualité, est passé à ça du Goncourt pour cause de Grand prix de l’Académie française décerné une semaine avant la proclamation du jury de Drouant. Poussé par d’excellentes critiques, Le mage du Kremlin – premier roman de Giuliano Da Empoli! - se classe en tête de la liste des best-sellers durant plusieurs semaines et – à ce jour, s’est écoulé à 300.000 exemplaires. Un phénomène.

Gallimard, 280 p.

Couverture du livre le mage du Kremlin

La vie clandestine – Monica Sabolo

Tout en poursuivant son travail sur les portraits de jeunes filles, Monica Sabolo sort de sa zone de confort et s’aventure sur un terrain qu’elle avoue peu maîtriser: l’enquête. Prise à son propre jeu et guidée vers sa propre histoire, elle suit la trace de deux jeunes femmes – Nathalie Ménigon et Joëlle Aubron - membres d’Action directe, association terroriste qui impose sa grammaire de la violence dans la France des années 80. Ménigon et Aubron seront condamnées pour l’assassinat, en 1986, de Georges Besse, patron de la Régie Renault. Le va-et-vient de son investigation emmène Monica Sabolo au centre de son propre roman familial, là où elle a enfermé le sercret douloureux qui la lie à son père qui n’est pas vraiment son père… C’est le récit d’un livre en train de se faire et l’histoire d’un jeu de miroirs où scintillent la honte, le privilège, l’appartenance à une classe et l’envie de réparer les injustices. Présent sur à peu près toutes les listes, La vie clandestine n’en a décoché aucun. C’est dommage.

Gallimard, 318 p.   

La vide clandestine de Monica Sabolo

Cher connard – Virginie Despentes

Le livre marque le retour aux affaires de Virginie Despentes (après le succès phénoménal de sa trilogie Vernon Subutex) et confirme sa stature emblématique dans le paysage littéraire. Pendant de longues semaines, Cher connard se classe à la première place des ventes et joue les gendarmes dans les bons chiffres de son éditeur (qui sauve sa saison grâce à ce livre). Le roman met en scène la conversation musclée entre une actrice insultée sur les réseaux sociaux et un auteur accusé de harcèlement sexuel. Un dispositif narratif à travers lequel résonne la voix de Despentes qui en profite pour faire le point sur la guerre opposant ceux et celles qui «veulent dire» à ceux et celles qui affirment qu’on ne peut plus rien dire. Dans ce vacarme contemporain où tout le monde se tire dessus, dans ce rond-point d’idées où plus personne ne comprend personne, Virginie Despentes calme le jeu et ouvre le dialogue… C’est sans doute la chose la plus belle de ce Cher connard.

Grasset, 344 p.

Les enfants endormis – Anthony Passeron

Premier roman qui interroge les contours de la fiction, Les enfants endormis retrace l’histoire du malheur d’une famille… En prenant à bras-le-corps l’épopée provinciale de son oncle – toxicomane mort du sida dans les années 80, Anthony Passeron focalise son attention sur le sentiment d’ignorance d’un clan confronté à cette maladie dont on ne sait rien, si ce n’est qu’elle est honteuse. Au récit familial, Passeron mixe la saga scientifique de la découverte du VIH, la course entre les équipes de chercheurs américains et français, la fabrication du test, la conception des thérapies, les interrogations sur l’origine du fléau et le positionnement – désinvolte - des gouvernements face à une épidémie dont on dit qu’elle ne touche qu’une population marginale. Un romanquête qui rappelle que le sida fut une guerre…

Globe, 273 p.

Fils de prolétaire – Philippe Herbet

Situé dans les années 70, ce bref récit autobiographique met en scène la vie quotidienne d’un foyer prolétaire dans la région de Liège. Philippe Herbet, photographe qui s’aventure en écriture, raconte son père – ouvrier dans l’industrie métallurgique, pudique et silencieux, passionné par les maquettes de voitures et le tiercé; un homme qui n’est jamais parti en vacances. Il raconte sa mère, couturière qui travaille comme «femme d’ouvrage». Avec une simplicité désarmante, Herbet fait le portrait d’une classe qui – entre culture populaire,  complexe social et esprit économe - s’affiche comme le territoire d’une immense tendresse.

Arléa, 79 p. 

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