Bono dans son autobiographie: "J’ai souffert du syndrome du Messie Blanc"

A 62 ans, le chanteur de U2 publie ses mémoires, « Surrender ». Dans un entretien au journal allemand Die Welt, Bono dissèque les 700 pages de ce livre ainsi que l'actualité.

Bono dans son autobiographie:
Reuters

Voici quelques bonnes pages de Surrender commentées par Bono dans une interview à Die Welt.

Sur l’opération du coeur qu’il a subie en 2016

" Notre guitariste The Edge a coutume de dire que je considère mon corps comme un désagrément. Par le passé, Dieu m’a donné à plusieurs reprises des coups de coude dans les côtes. Un peu comme s’il m’encourageait à ralentir le rythme et à prendre le temps d’apprécier l’odeur du café tant que j’en ai l’occasion. Après l’opération à New York, je me suis dit : " Je devrais désormais tenir compte de ce signe divin ", pour mieux ensuite repartir en tournée (rires). Je n’ai donc pas suivi ce conseil, que j’avais également écrit dans le livre. Mais j’y travaille. Je me sens plus en forme aujourd’hui qu’il y a 25 ans. J’ai l’impression d’avoir retrouvé mon corps. Je suis bien décidé à davantage le respecter à l’avenir ".

Sur la mort de sa mère quand il était adolescent

" Son décès est survenu pendant ma puberté, à un moment de la vie où tout le monde est très vulnérable. Le dalaï-lama a dit un jour : " Nous commençons notre méditation sur la vie par la mort. " Dans mon cas, c’est arrivé plus tôt que je ne l’aurais souhaité. (…) Si tu as besoin que 20.000 personnes crient ton nom chaque soir pour te sentir comblé, c’est que quelque chose ne va pas. Mais le rock’n’roll reste pour moi l’expression de la force vitale, la quintessence du romantisme. Par cette joie pure que l’on retrouve dans les chansons de U2, nous tentons de noyer les idées noires que nous avons tous en nous ".

Sur les tensions au sein de U2 au début des années 1990

" Malgré toutes les difficultés que nous avons rencontrées pendant les séances d’enregistrement d’ Achtung Baby dans les studios Hansa, nous restions quatre Irlandais prêts à rire d’eux-mêmes. Et parfois, le côté surréaliste des paroles de nos chansons nous a conduits à adopter un comportement tout aussi surréaliste (rires). Les années 90 ont été très importantes pour U2, car nous sommes retombés amoureux de la musique. A cette époque, nous sommes retombés amoureux de nous-mêmes en tant que groupe et nous avons redécouvert l’humour qui nous avait réunis au début. Dans les années 80, nous avions souvent l’air un peu austère ".

Sur l’urgence climatique et l’énergie nucléaire

En 1993, U2 s’est engagé contre l’énergie nucléaire. Dans son livre, Bono écrit qu’il considère désormais les centrales nucléaires comme étant indispensables dans la lutte contre le changement climatique : Nous ne parviendrons pas à atteindre l’objectif de zéro émission nette de CO2, uniquement par les énergies solaire et éolienne. Nous devons par conséquent nous pencher sur la question de l’énergie nucléaire. Il existe de nouvelles générations de centrales nucléaires, de petits réacteurs modulaires, comme ceux mis au point par Seaborg Technologies à Copenhague (…) Selon moi, c’est par l’innovation que nous résoudrons les problèmes liés au changement climatique ".

Sur son activisme

Dans son livre, Bono écrit qu’il a souffert du " syndrome du messie blanc (…) Comment ne pas devenir méfiant en voyant des stars du rock, des top models, des acteurs ou des milliardaires faire la queue pour se faire photographier avec des malades ou des mourants. " Au journaliste de Die Welt, il s’explique : " En ce qui concerne ma forme d’activisme, j’ai eu une sorte de prise de conscience. Je me suis rendu compte que je n’avais peut-être pas le bon sexe, la bonne appartenance ethnique, ni même le bon âge. Dans la lutte contre l’extrême pauvreté et le SIDA, d’autres personnes peuvent à présent prendre le relais. En tant que militant, je resterai désormais en coulisses mais n’occuperai plus la grande scène. Telle est la transition que j’essaie d’amorcer ".

Sur son autobiographie " Surrender "

" Je ne pense pas que ce livre soit une confession. C’est beaucoup plus profond que ça. C’est l’anatomie d’un chanteur, d’un auteur-compositeur et d’un militant, d’un hooligan, d’un mégalomane et d’un pèlerin. (…) Je me suis en quelque sorte auto-disséqué dans cette autobiographie. Le livre est assis entre deux chaises. Certains auraient voulu y trouver l’autobiographie classique d’un rocker. D’autres auraient préféré un livre militant montrant comment pousser un gouvernement à agir. D’autres encore auraient souhaité y trouver une sorte de pèlerinage littéraire qui aborderait des questions métaphysiques et religieuses. Mais ce livre, c’est aussi une histoire d’amour, celle que je vis avec ma femme Ali ".

" Surrender : 40 chansons, une histoire ", Fayard, 696 pages.

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