Tac au tac avec Amélie Nothomb: "Mais vous me comprenez"

Notre traditionnelle conversation de rentrée où il est question de sœurs, de rock et de lessive.

Amelie Nothomb ©BelgaImage
Amelie Nothomb ©BelgaImage

Dans Le livre des sœurs, vous racontez l’histoire de Tristane et Lætitia, deux sœurs folles l’une de l’autre.  Après Premier sang dans lequel vous retraciez la généalogie des Nothomb, vous poursuivez donc ce vrai projet de fausse autobiographie…
C’est une fausse autobiographie. Ce n’est pas ma sœur Juliette et moi…  J’ai mis dans un mixer la personnalité de ma sœur et la mienne, j’ai actionné le bouton, et j’ai répandu le mélange dans les deux personnages, mais allez savoir qui est qui…  Ce qui est ­autobiographique, c’est la passion que je vis avec ma sœur depuis toujours.

Qu’est-ce qui a vraiment eu lieu dans ce que vous rapportez dans le roman?
La scène de la première rencontre entre les deux sœurs a vraiment eu lieu. C’est ma sœur qui me l’a racontée… Au moment où on a mis le bébé que j’étais dans ses bras, elle a eu ce flash… Elle aurait pu me détester, mais elle a eu le coup de foudre. Le coup de foudre a été partagé.

C’est un beau cadeau que vous faites à votre sœur…
Oui, mais c’est un cadeau que je me fais aussi. J’ai eu bien des privilèges dans ma vie, mais le plus grand ­consiste à être la petite sœur de Juliette Nothomb. Elle n’était pas au courant pour le livre, je l’ai mise devant le fait accompli et elle a kiffé grave.

Votre frère doit être jaloux!
C’est possible, mais c’est comme ça…

Il vous reste donc à écrire un bouquin inspiré par votre frère…
Il le faudrait car c’est un personnage intéressant.

Lætitia, chanteuse rock, cite ses références – Led Zeppelin, les Who, les Stones, Bowie, Lou Reed, Queen, Cat Stevens. Parmi ces artistes, quel est votre préféré?
Led Zep.  C’est sublime! Je suis fan au dernier degré de Freddie Mercury, mais ma chanson préférée de Queen, c’est ’39 composé par Brian May.

Êtes-vous une romancière rock ou une romancière pop?
J’aurais préféré être une romancière rock, et même metal, mais il semblerait – si on écoute les réputations – que je suis plutôt une romancière pop.

Le noir est la couleur du rock. Portez-vous parfois des vêtements de couleur?
Très rarement, ça ne me va pas. Et je vis avec quelqu’un qui s’habille également en noir. Ce qui est bien pour la lessive, je ne me pose aucune question. Je mets tout dans la machine et il n’y a jamais de catastrophe…

Si on m’avait dit qu’un jour je discuterais lessive avec vous…
(Rire.) Mais vous me comprenez…

Dans votre famille, on n’écoutait pas de rock… 
Mon père était fan des Beatles. Mes parents écoutaient aussi Simon & ­Garfunkel, mais ils n’auraient jamais écouté les Rolling Stones…

Votre mot préféré?
“Pneu”. J’adore ce son. Je le mets dans tous mes livres. D’où le nom du groupe rock dans le livre – Les Pneus. Là où ça a été difficile de placer “pneu”, c’était dans Soif qui parlait de la ­Passion du Christ, mais j’y suis arrivée.

Le mot le plus blessant?
Il y en a quelques-uns, mais je dirais “laide”. On me l’a beaucoup dit…

Je ne peux pas le croire… 
Si, si, je vous assure. Ça fait très mal.

Mais vous en êtes sortie, de cette douleur…
Oui, mais il en reste quelque chose.

Le livre des sœurs, Albin Michel, 194 p.

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