Pomme: "Des choses sur mes épaules"

Trois ans après “Les failles”, Claire Pommet rend hommage à ses héroïnes et à l’enfant qu’elle était sur “Consolation”. Un des grands disques de la rentrée.

Pomme
Pomme

L’été dernier, dans la foulée de ses ­concerts au Ronquières Festival et aux Nuits Solidaires, Pomme nous déclarait vouloir prendre une pause. Quoi de plus légitime? Elle venait de traverser un improbable tourbillon avec “Les failles”, deuxième album au démarrage pourtant ralenti par la pandémie. Ventes étalées mais énormes, tournée à rallonge, éditions bonus (“Les failles cachées”) et, last but not least, deux ­Victoires de la musique consécutives (album révélation en 2020, artiste féminine en 2021) venant souligner cette trajectoire peu banale.
Claire Pommet, 26 ans, est pourtant déjà de retour avec “Consolation”, nouveau disque écrit principalement dans la campagne québécoise, deuxième “maison de cœur” de l’interprète, auteure et ­compositrice native de Décines-Charpieu, dans la métropole de Lyon. “Personne ne m’a forcée, dit-elle dans un fou rire. Depuis l’âge de 16 ans, époque où j’ai commencé à donner des concerts dans des bars lyonnais avec ma guitare, je n’ai jamais cessé de ­travailler pour avancer dans la musique. Après mes derniers concerts l’automne dernier à l’Olympia, je suis partie me ressourcer au Québec, mais très vite l’envie d’écrire a pris le dessus. Fin novembre 2021, j’avais la matière du disque.”

Le déclic? À Montréal, Pomme découvre et dévore l’œuvre de Nelly Arcan, auteure québécoise révélée avec Putain (2001, Seuil), récit autofictionnel ­inspiré de son expérience d’escort girl, retrouvée pendue dans sa chambre en 2006. “Son écriture et son existence m’ont bouleversée. J’ai écrit la chanson Nelly pour lui rendre hommage. Quand le morceau était terminé, j’étais dans un “mood” très étrange, quelque part entre réconfort, mélancolie et tristesse. Ça m’a donné l’envie d’appeler mon nouvel album “Consolation” et de le construire sous forme de lettres adressées à mes héroïnes et à l’enfant que j’ai été.”

Barbara et Chihiro

Outre Nelly, on se love ainsi dans B, somptueuse ballade traversée par le fantôme de la chanteuse Barbara. La petite Chihiro, héroïne du film d’animation japonais Le voyage de Chihiro (2001) s’invite, pour sa part, dans La rivière.  Jardin et Dans mes rêves nous permettant, quant à eux, de rendre visite à la petite Claire Pommet. La ­chanteuse y fait notamment rimer “violence” et “enfance”. Elle n’en dira pas plus. “Quand j’évoque Barbara ou un personnage fictif comme Chihiro, j’y vois un lien avec ma propre expérience. Je me retrouve dans ce que ces femmes ont traversé. Comme elles, j’ai toujours senti que j’avais des choses lourdes, parfois traumatisantes, à porter sur mes épaules. Comme elles, j’ai pu alléger ce poids grâce à mon art. Depuis “Les failles”, je me sens plus soulagée.  Je sais que j’ai une voix qu’on écoute. À 26 ans,  j’ai aussi une ­perception différente de mon enfance et un regard plus apaisé sur mes souvenirs qui me permettent de les aborder en chansons.”

Musicalement, Pomme reste Pomme sur “Consolation” tout en évoluant. Le naturel et les tonalités folks sont toujours là. De même que le piano minimaliste, les pincées d’autoharpe (sa signature) et les arpèges de guitare sèche. Mais il y a aussi un vent de fraîcheur apporté par des chœurs féminins (Dans mes rêves, La rivière), des bruits “de la vie” samplés (rires, bribes d’une interview de Nelly Arcan) et surtout ces touches électro inédites. L’entêtant Bleu s’impose ainsi comme la quintessence d’une collaboration fructueuse avec Flavien Berger qui produit “Consolation” avec Pomme. “Flavien est le roi de tous ces petits bruits fabriqués avec des synthés et des laptops. J’étais fascinée quand je le voyais créer avec ses machines. De son côté, il m’avait fait part de sa frustration de ne pas pouvoir composer à la guitare comme je le fais. Nous avions clairement des choses à partager.” Avant les nouveaux Biolay et Lomepal, on tient déjà l’un des grands disques francophones de la rentrée. Et de l’année.

Le 8/3. Cirque Royal, Bruxelles.

*** Consolation – Universal

Sur le même sujet
Plus d'actualité