Franck Dubosc "Je suis acteur pour qu’on me pardonne"

Dans Rumba la vie, il incarne un père loser et découvre une tendresse inattendue. Conversation avec celui qui sera aussi l’invité de Rétroscopie, programme télé qui le projette en 2036.

Frank Dubosc Rumba La vie
Frank Dubosc Rumba La vie

Il dit avoir commencé à croire au cinéma en voyant les carrières de Patrick Timsit et Albert Dupontel, “des mecs issus du one- man-show passer au cinéma”. À 58 ans, dans le sillon creusé par ses personnages devenus célèbres, du Patrick Chirac de la saga ­Camping aux séducteurs-losers de ses spectacles, Franck Dubosc fait enfin des films. Plus proche de l’optimisme anglo-saxon ou des frères Farrelly que du cynisme à la française, il dit adorer “l’humour belge, palpable” de Benoît Poelvoorde, François Damiens et Charlie Dupont, concédant que “dans la comédie, Molière est à la base de tout”.

Le moteur de vos spectacles, c’est l’auto­parodie. Dans votre cinéma, la tendresse est un moteur nouveau. Vous confirmez?

FRANCK  DUBOSC  – La tendresse, c’était mon moteur plus jeune. J’étais un petit garçon qui écrivait des poèmes. Plus tard, j’ai écrit un film sur une rupture qui ne s’est jamais tourné. La comédie est venue après. C’est vrai que, dans mes longs- métrages, j’amène la tendresse que je n’ai pu incorporer – ou si peu – aux comédies. Souvent quand j’écris un one-man-show, je commence par la fin, j’y déverse une certaine tendresse et je m’autorise ensuite la légèreté. Mais pour répondre à votre question, je mets l’humour et l’émotion à égalité.

En quittant Rouen où vous avez grandi, aviez-vous déjà en tête ce personnage de séducteur prétentieux qui s’autoparodie?

Non, il m’a fallu du temps. Au départ je voulais être un acteur respecté et respectable. Je jouais ­Scapin… Et puis j’ai commencé à écrire Les petites annonces avec Élie Semoun et je me suis rendu compte que l’humour était fédérateur. Mais j’avais une tête de jeune premier, pas une tête de ­Coluche. Alors j’ai eu envie de créer ce personnage de séducteur-loser.

Rumba la vie est un film sur la paternité. Quel père avez-vous eu?

J’ai eu un père présent, une présence physique plus que sentimentale, mais je n’ai pas écrit ce film par rapport à mon père mais au père que je suis. Le personnage de Tony est nourri de ma culpabilité de père de ne pas être assez présent pour mes deux fils de neuf et douze ans.

Ça serait quoi, un bon père selon vous?

Un papa, c’est quelqu’un qui apporte de l’amour. J’ai autour de moi des pères qui sont inconditionnellement aimés, même absents. L’enfance peut être très injuste. Il ne faut pas espérer l’amour, mais le donner sans attendre. Un bon père doit arriver à gérer tout ça.

Dans le film on croise Michel Houellebecq en cardiologue désabusé…

Un jour j’ai reçu un message de son agent qui disait que Michel voulait tourner avec moi. Il a lu le ­scénario et c’est lui qui a choisi le rôle du docteur. On dit de Michel qu’il a un comique involontaire, mais je ne le crois pas si involontaire que ça. Michel est un personnage. J’aime avoir une distribution avec des acteurs issus d’un cinéma que je ne fais pas, comme Jean-Pierre Darroussin ou Catherine Jacob. Pas pour me donner un genre mais pour amener une réalité. Il y a déjà moi comme comique dans le film, ça suffit.

Cette mise en abyme de vous-même continue à vous travailler?

Nommer mes défauts de peur que les autres ne le fassent, voilà comment je fonctionne, et j’en ­profite pour en remettre une couche. Ce que je critique chez moi se retrouve chez les autres bien sûr et c’est cela qui fait rire. L’identification est la clé de l’humour. Mais je me dévoile beaucoup plus dans Rumba la vie que dans Camping. Le personnage de Tout le monde debout (dans lequel il joue un faux paraplégique – NDLR) est plus proche de moi du point de vue social et de la réussite, mais ce sont deux personnages en quête de rédemption, qui donnent leurs défauts pour qu’on leur pardonne.

Vous faites du cinéma pour ça, pour être pardonné?

Oui, je crois que c’est pour ça que je suis acteur, pour qu’on me pardonne. C’est la première fois que je le dis…

Est-ce que le mouvement #MeToo a changé votre regard sur l’humour?

Non, même si ça pose beaucoup de questions, surtout quand on est un homme. Pour les femmes ça a créé des ouvertures. Parfois quand on me demande si on peut encore tout dire, je dis non, sauf quand on est une femme. #MeToo, c’est plus dur pour les hommes mais ça nous donne une bonne leçon. Au cinéma, ce que j’écris est plus doux. Je prends des notes, j’observe, mais je n’écris pas pour faire plaisir. Je veux respecter ce mouvement avec les moyens de l’humoriste.

Rétroscopie Mercredi 31 TMC 21h15

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