Nuits Botanique 2022: un début de festival qui souffle le chaud et le froid

Le festival bruxellois Nuits Botanique connaît des débuts contrastés. Après le succès de Gaëtan Roussel et d'Oboy, Hania Rani nous a conquis et Fishbach a déçu.

Nuits Botanique 2022. copyright Antoine Larsille IPM/Moustique

Les soirées du festival les Nuits Botanique, qui se déroule jusqu’au 16 mai dans les trois salles (Orangerie, Rotonde, Grand Salon) et sous le Chapiteau du parc du Botanique à Bruxelles, se suivent et ne se ressemblent pas. C’est tout à leur honneur. Depuis le coup d’envoi ce mercredi 27 avril, il y a eu du rock indie, du hip-hop pour très jeunes et moins jeunes, du néoclassique, de la chanson française, de la pop version 2.2, des découvertes et des valeurs sûres avec notamment une toute grosse prestation ce jeudi 28 du vétéran Gaëtan Roussel . Comme c’est le cas depuis la réouverture de la culture, synonyme de reprise, d’enthousiasme débordant de tous les acteurs du secteur et d’une offre pléthorique, il y a eu de grands moments fédérateurs mais aussi de grosses désillusions.

La fête à Oboy

Nuits Botanique 2022. Copyright Antoine Larsille/IPM/Moustique

Ainsi mercredi 27 avril, alors la soirée hip-hop coproduite avec dynamique agence Back In The Dayz faisait le plein au Chapiteau, avec une nouvelle génération se jetant dans des pogos jouissifs sur les beats créatifs d’Oboy, La Fève et Geeko, une cinquantaine de spectateurs seulement se réunissait à la Rotonde pour accueillir l’auteure-interprète de Louisville, Sarah Beth Tomberlin. Dur, dur comme contraste avec, au milieu, Glauque, gros espoir de notre scène nationale voici trois ans, déjà en quête d’un second souffle obligatoire pour se relancer.

Fishbach sans groupe

Fishbach archives Belga

Ce vendredi, d’habitude jour de fête aux Nuits, le Chapiteau était fermé. Et c’était bien tristounet -et frisquet- dans les allées de gravier menant aux bars et foodtrucks extérieurs. À l’Orangerie, grosse déception aussi avec Fishbach. Nous avons dit tout le bien qu’il faut penser d’ "Avec Les Yeux ", deuxième album charnel de la chanteuse française qui se joue des codes. Mais voilà, si la salle était remplie, la jeune femme se trouvait bien seule sur la scène. Une voix en live, un micro, une guitare qu’on entend à peine et tout le reste sur bande préenregistée, y compris des chœurs. Quelle étrange option… Pas de musicien, donc pas de musique live, donc pas d’émotion, encore moins de fragilité et de nuances avec, au final, cette impression d’avoir assisté à un karaoké, à ces horribles streaming live qu’on nous a imposés pendant le Covid, voire, à l’enregistrement d’une émission télé en PBA (play-back assisté). Sa personnalité, son élégance, sa gestuelle de prêtresse gothique, ses refrains dansants qui deviennent comme des incantations et l’originalité de ses compositions n’ont pas suffi à nous enthousiasmer. Vivement un vrai concert car on l’aime Fishbach. Mais pas comme ça.

La grâce d’Hania Rani

Hania Rani, la pianiste, compositrice et chanteuse polonaise a, pour sa part, offert une vraie création dans un Grand Salon sold-out. Mêlant organique, zestes d’électro et murmures éthérés, Hania Rani est une performeuse accomplie. Sorte de fantasme pour tout mélomane curieux, elle allie le mystère grâcieux de Kate Bush, le jeu en apesanteur d’Agnes Obel et la science du climax de Nils Frahm. Aux frontières de l’ambient et du néoclassique, sa musique reste pourtant profondément accessible. On peut se passionner et être subjugué par sa technique tout en s’abandonnant sans réfléchir au simple plaisir de ses envolées contemplatives. Grand moment.

Sur le même sujet
Plus d'actualité