Still Standing : la Culture s’offusque de la généralisation du Covid Safe Ticket

400 organisations et plus de 1000 travailleurs·euses des arts et de la culture signent une carte blanche contre l’extension du CST, ses potentielles conséquences et pointent du doigt un traitement préférentiel des secteurs commerciaux.

Still Standing : la Culture s’offusque de la généralisation du Covid Safe Ticket
(Crédit photo: Belga)

L’utilisation du Covid Safe Ticket va être étendue en Wallonie et à Bruxelles à partir du 15 octobre. Sont visés l’Horeca, les centres sportifs et salles de fitness, le monde de la nuit, l’événementiel mais aussi la culture (salles de concert, théâtres…).

En somme, pour aller boire un verre, manger un bout, faire de la muscu, aller voir un film, un concert ou une expo, il faudra être vacciné. Ces établissements et institutions devront tous contrôler les pass sanitaires de leurs visiteurs/clients/spectateurs. Le côté positif de la chose : entre immunisés, plus besoin ni de masques, ni de distanciation.

Pour le collectif Still Standing, qui réunit « 400 organisations et plus de 1000 travailleurs·euses des arts et de la culture », ce sont toujours les mêmes qui sont visés par des restrictions sanitaires, et ce, injustement. Ces acteurs de la culture rassemblés viennent donc de publier une carte blanche pour manifester à nouveau leur incompréhension et leur colère face à ces décisions, qu’ils qualifient de « deux poids deux mesures ».

« La politique qui a cours depuis le début de l’épidémie de Covid-19 en Belgique et qui prétend distinguer l’essentiel de ce qui ne l’est pas est une ritournelle qui favorise toujours les activités marchandes et l’économie consumériste », écrivent-ils.

« À défaut d’études comparatives fiables, et en l’absence de preuve de sa véritable efficacité, le champ d’application du CST concernerait une fois encore, obstinément, des secteurs d’activités spécifiques plutôt que des situations où les risques de transmission seraient tangibles. On notera que le dispositif est imposé notamment aux lieux de culture et de socialisation, mais pas aux entreprises ou aux centres commerciaux où s’agglutinent pourtant des milliers de personnes chaque jour. »

Traitement de faveur

Tout au long du texte, les arguments sont soutenus par différentes sources et articles de presse. Pour le collectif, c’est clair : les secteurs commerciaux bénéficient d’un traitement de faveur par rapport aux autres. De plus, étendre le CST n’est pas une bonne solution et ne fera qu’augmenter les clivages au sein de la population.

« Très pragmatiquement, nous devons d’abord rappeler que nous ne sommes ni compétents pour gérer les tensions que ce tri du public ne manquera pas de provoquer à l’entrée de nos lieux et de nos activités, ni habilités à contrôler des identités. Nous n’avons pas non plus les moyens d’engager des sociétés de gardiennage, lesquelles ne sont d’ailleurs pas davantage habilitées à contrôler les identités et c’est heureux. Mais surtout : ce n’est pas notre rôle ! », indiquent les signataires.

Ceux-ci ne veulent pas contrôler l’identité de leur public ni s’immiscer dans leur vie privée. « Nous ne sommes pas là pour exclure ou stigmatiser quiconque, pour priver des gens de leurs droits culturels, ni pour participer à les désactiver socialement… pas même ceux qui, pour telle ou telle raison, ne sont pas vaccinés, pas encore vaccinés, n’ont pas les moyens de se payer des tests, sont sans papiers, ou refusent de se soumettre à ce type de contrôles. »

Un précédent

Ce qui inquiète les membres de Still Standing, c’est que ces vérifications du Covid Safe Ticket créent un précédent, qui dure dans le temps et qui pourrait se reproduire, « se normaliser ». « Nous ne voulons pas contribuer à ce glissement vers une société qui transforme la population en juges ou en policiers, qui ce faisant généralise l’usage des smartphones et des QR codes à des fins de contrôle, tout en contribuant à accroître la fracture numérique. »

Les signataires de cette carte blanche concluent. « Nous pensons qu’il y a d’autres manières d’envisager une campagne de santé publique et de s’adresser à la population non vaccinée. Nous sommes convaincus que des solutions basées sur l’expertise des équipes et sur les particularités de chaque situation seraient plus justes et efficaces qu’un traitement unique imposé dans la précipitation et sans concertation à tout un secteur. Nous savons en tout cas qu’il existe des moyens bien moins discriminants et moins attentatoires à la vie privée pour accueillir le public dans les meilleures conditions possibles ; des études internationales et belges en attestent… dont certaines ont été commandées par les mêmes instances qui veulent aujourd’hui généraliser le CST. Le reste n’est qu’une question de choix politique. »

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