Trente ans plus tard, Pearl Jam is still alive

Les derniers survivants du grunge fêtent deux anniversaires ce week-end : les trente ans de « Ten » et les vingt-cinq de « No Code », peut-être leurs deux albums les plus importants.

Belga

Grosse rentrée de célébrations pour les vétérans de la génération X. Nombre de leurs albums préférés, ceux qui ont marqué leur adolescence, sont en effet sortis en l’espace de quelques semaines il y a tout juste trente ans : le Black Album de Metallica, Blood Sugar Sex Magik des Red Hot, Use Your Illusions I&II des Guns ‘N Roses, le Nevermind de Nirvana. Et, donc, Pearl Jam, dont le premier album Ten a atterri dans les bacs le 27 août 1991.

 

Pearl Jam, dernier survivant du grunge (le groupe devait se produire à Werchter l’an dernier), est devenu un incontournable du rock américain, le pendant de Springsteen ou Neil Young pour les années 90. « I’m still alive », chantait Eddie Vedder en 1991. Et, de fait, contrairement à nombre de ses pairs, c’est bien le cas. Pourtant, cela aurait pu tourner autrement, peut-être même aussi mal que pour Nirvana.

 

13 millions d’exemplaires

 

Ten s’est vendu a plus de 13 millions d’exemplaires aux Etats-Unis. C’est plus que Nevermind. Mais c’est bien grâce au succès soudain de Nirvana que Pearl Jam a décollé. Le guitariste Mike McCready s’en est ouvert dans une interview à Classic Rock : « Ça a pris environ un an avant que ça commence vraiment à marcher. Quand nous avons été invités à faire le Lollapalooza (à l’été 1992 – Ndlr), c’est là que ça a explosé. On était le deuxième groupe, on jouait à quatre heures de l’après-midi, juste après Lush, et il y avait 30 000 personnes qui couraient vers la scène ».

 

Il continue : « C’était vraiment surréaliste mais génial. C’était comme si mon rêve se réalisait enfin. Et quand ça arrive, il faut juste le vivre, parce que de toute façon, on n’a aucun contrôle dessus ». Mais tout le monde dans le groupe ne vit pas le succès de la même manière. Eddie Vedder, chanteur du groupe débarqué à peine deux ans plus tôt de San Diego au milieu de musiciens déjà accomplis, est déboussolé par ce qui se passe autour de lui. D’un côté, il est sollicité par les médias comme une idole, de l’autre, il est raillé par les membres de la scène de Seattle, Kurt Cobain en tête qui n’apprécie pas ses élans de prêcheur – il se ravisera plus tard, affirmant que « Eddie est un type bien ».

 

« Faire marche arrière »

 

Si bien que Pearl Jam prend une décision qui, selon Mike McCready, a sauvé le groupe. Une décision que n’a pas prise Kurt Cobain… Celle de « faire marcher arrière, de ne pas faire de [clips] vidéo et de ralentir [le rythme] des interviews ».

 

« C’était probablement accablant pour Eddie, explique Mike McCready. Mais je me souviens que je ne voulais pas ralentir et j’ai dit : ‘C’est ce que nous voulons depuis que nous sommes gamins. Continuons à le faire. Faisons des [clips] vidéo, continuons, allons-y à 100%’. Mais les autres n’étaient pas d’accord. Ils m’ont dit : ‘Non, nous devons le faire parce que tout va s’écrouler si nous ne le faisons pas’.”

« Nous avons pris beaucoup de décisions qui allaient à l’encontre de ce que la maison de disques voulait qu’on fasse : ‘Vous devez faire un clip pour Black ou vous ne vendrez plus jamais de disque’. Ca ne s’est pas produit. Nous avons eu de la chance, mais c’était notre décision, de nous retirer, de prendre notre temps et d’essayer de comprendre ce qui nous arrivait. Je pense que si nous sommes encore là aujourd’hui, c’est peut-être grâce à cette première grande décision d’essayer de faire les choses à notre manière ».

« Groupe normal »

 

Cette décision allait aussi se traduire dans le son du groupe. Alors que Ten et ses successeurs Vs. (1993) et Vitalogy (1994) étaient des disques remplis d’hymnes rock capables de soulever des stades entiers, faisant de Pearl Jam une sorte de U2 grunge, le groupe allait prendre un virage marquant avec son quatrième album No Code, sorti il y a tout juste 25 ans, le 27 août 1996.

 

Sur ce disque, les refrains héroïques laissent place à des chansons intimistes et fragiles. Les titres les plus relevés sont des chansons punk directes, sans fioriture et le gros de l’album joue sur la corde lo-fi qui était la marque du rock indépendant de l’époque. Très marqué par leur rencontre avec Neil Young (l’album en commun Mirrorball en 1995), No Code fait profil bas pour mieux permettre au groupe de garder la tête hors de l’eau.

 

A sa sortie, beaucoup ne comprennent pas ce virage, les fans s’y perdent et le disque se vend beaucoup moins bien que ses prédécesseurs. Pour Eddie Vedder, dans une rare interview de l’époque, c’est « tant mieux, on va pouvoir redevenir un groupe normal ».

 

Il avait vu juste. Vingt-cinq ans plus tard, Pearl Jam est toujours en vie et No Code est un des disques préférés des fans. Le groupe de Seattle attire toujours les foules lors de performances live qui ont, depuis le tournant des années 2000, fait sa réputation et sa longévité. On les attend sur la plaine de Werchter l’été prochain (si tout va bien) comme en 2018 où ils avaient mis tout le monde d’accord.

 

 

« Ten » et « No Code » ressortent avec de nouveaux mix spécialement pour l’écoute numérique. Des versions live de ces disques ont été ajoutées sur les plateformes streaming.
 

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