Festivals : Local is the new cool

Covid oblige, les événements musicaux qui ont lieu cet été s’appuient sur les artistes francophones et notamment ceux de la FWB. Tout bénéfice ou arme à double tranchant?

Couleur Café renaît à City Gate. - BELGA

Pas évident, ces derniers temps, d’être organisateur de concerts. Annulations, reports, protocoles à suivre qui changent régulièrement… Alors, quand il s’agit de programmer un festival, on ne sait plus à quel saint se vouer. L’annulation en dernière minute du Pukkelpop est venue le rappeler: ce n’est pas une sinécure. Pour d’autres, la fête aura bien lieu, mais il a fallu s’adapter.

On a eu six plans différents depuis le mois de septembre en vue de l’organisation du festival, dit Denis Gerardy, programmateur des Solidarités. On s’est décidé à le faire très tard, le 10 mai, avec une version plus courte et concentrée sur une seule scène et en évitant avec regret le hip-hop. On ne savait pas qu’il y aurait le Covid Safe Ticket pour faciliter les choses, on s’est donc concentré sur des artistes qui pouvaient jouer devant un parterre assis.” Mais le résultat le plus notable de cette saison de festivals, quand on observe un peu les affiches, c’est le parti pris francophone: “C’était notre seule possibilité d’avoir une quasi-certitude que les artistes ne seraient pas bloqués dans leur pays”, continue Denis Gerardy. Exit les Anglais, allons-y Francos.

“Le plus bel été de ma vie”

Bref, la cure d’amaigrissement imposée par le Covid aux festivals profite aux artistes locaux dont certains n’ont jamais autant tourné. “C’est le plus bel été de ma vie”, s’est ainsi exclamée la chanteuse Charlotte Foret, alias Charles, sur les réseaux sociaux. La lauréate de The Voice qui vient de sortir son premier EP est à l’affiche de pas moins de onze festivals cet été. Une saison pleine débutée à Werchter Parklife et qui aurait dû passer par le Pukkelpop, deux scènes d’habitude plutôt hermétiques aux artistes du sud du pays.

De son côté, la jeune Doria D, découverte sur TikTok, s’amuse d’“un nouveau monde qui s’ouvre à nous. Ces derniers temps on enchaîne pas mal les petites interviews et les petits concerts, c’est trop cool de pouvoir vivre tout ça! Et la bonne nouvelle, c’est qu’il y a encore plein de concerts de prévu!”… Il y a une autre raison à cette soudaine exposition, c’est que la Fédération Wallonie-Bruxelles a aidé financièrement les acteurs culturels (et donc les festivals) pour tenir le coup face à la pandémie. “Pour nous, ce n’était pas un chèque en blanc. On trouvait qu’on devait essayer de relancer la culture locale”, dit Denis Gerardy des Solidarités. Du côté du Botanique, “c’est notre rôle de soutenir les artistes de la FWB. On l’a fait durant le confinement avec les live streams, puis avec les Nuits Botanique l’an dernier et cette année”.

“Écoutez local”

Cette tendance à se porter sur les artistes francophones, et notamment français, n’est pas née avec le Covid. Dans le sud du pays, c’est quelque chose de culturel qui a toujours existé. Il suffit de regarder les classements Ultratop de fin d’année, sur les vingt meilleures ventes/streams de disques et chansons, il n’y a en général que trois ou quatre artistes anglo-saxons. L’avènement du hip-hop de chez nous a encore renforcé cette tendance du “écoutez local”. De plus, pour des raisons économiques, les stars anglo-saxonnes préféreront toujours se produire dans les grands festivals flamands qu’en Wallonie.

Néanmoins, cette exposition nouvelle de nos artistes locaux est une arme à double tranchant. La Fédération Wallonie-Bruxelles étant le territoire qu’il est, on en a rapidement fait le tour: “La question qui se pose, c’est de savoir si ces artistes ne vont pas s’épuiser à tout faire trop rapidement, dit Denis Gerardy. À partir du moment où on voit des artistes partout, dans tous les festivals et sur toutes les scènes, notamment les scènes gratuites, cela ne va pas aider à ce que demain, dès qu’on aura un semblant de retour à la normale, les gens décident de payer pour les voir sur des scènes importantes. C’est toujours le risque, d’autant qu’il y a finalement peu d’artistes belges francophones qui peuvent aujourd’hui jouer en tête d’affiche d’un festival”.

Telle est la vraie question. Qui, demain, pourra se présenter sur une grande scène en vainqueur tels Damso, Angèle ou Stromae? Car un autre problème se profile à l’horizon pour les organisateurs de festivals: l’augmentation des cachets demandés par les “stars” françaises et internationales. Si d’un point de vue économique, tous (ou presque) ont joué le jeu cette année, la saison 2022 s’annonce déjà compliquée. Beaucoup de structures ont été fragilisées par la pandémie et les prix pour s’octroyer une tête d’affiche fédératrice ne font qu’augmenter. Ainsi, peut-être les festivals vont-ils de nouveau s’appuyer sur les artistes de chez nous pour exister. Local is the new cool.

L’agenda des festivals en août

Doux mois d’août, du 21/8 au 5/9. Théâtre de Namur (An Pierlé, Kroll en scène…).

W-Festival, du 26 au 29/8. Ostende (Marc Almond, OMD, Nena, The Human League, Paul Young…).

Les Solidarités, du 26 au 29/8. Namur (Raphael, Les Innocents, Suzane, Pomme…).

Cabaret Vert – Face B, du 26 au 29/8 à Charleville-Mézière (Benjamin Biolay, IAM, Sébastien Tellier, Gaël Faye, Dionysos…)

L’intime festival, du 26 au 29/8 à Namur (Joy Sorman, Camille De Toledo…)

Nuits Botanique, du 8 au 26/9 à Bruxelles (Girls in Hawaii, Sophia, Emily Loizeau, Pomme, Requin Chagrin…)

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