Le fidèle ami belge de Charlie Watts

Daniel Gardin, qui suit les Rolling Stones dans le monde entier depuis 1964, évoque la personnalité du musicien gentleman qui nous a quittés à l’âge de 80 ans. « Avec Charlie, on ne se rendait pas compte qu’on avait en face de soi le batteur du plus grand groupe de rock. Il incarnait l’élégance. »

 Charlie Watts et son pote belge Daniel Gardin pendant le tournage du film Rolling Stones At The Max en 1991. - Daniel Gardin

Epris de rock depuis sa tendre enfance, le Belge Daniel Gardin suit les Rolling Stones depuis la parution de leur single Not Fade Away en février 1964. Il a vu des centaines de leurs concerts dans le monde, collectionne toutes leurs raretés, est souvent consulté par le management du groupe quand il s’agit de ressortir des anthologies et est crédité comme « archiviste » au générique du film Shine a Light de Martin Scorsese qui a envoyé ses assistants dans le Brabant wallon pour puiser dans ses archives inédites des Stones. Au fil des tournées, cet ancien organisateur de spectacles (Dutronc devant 60.000 personnes à la Citadelle de Namur, c’était lui) est devenu un intime du groupe. Ne dites pas fan, car le terme est trop souvent associé à des excès intrusifs ou hystériques. Un ami plutôt. Et discret comme il est, il ne pouvait que s’entendre à merveille avec Charlie Watts, qui nous a quittés ce 24 août.

La disparition de Charlie Watts vous a-t-elle surpris ?
Oui et je pense qu’elle a aussi surpris le groupe. Quand les Stones ont annoncé le 5 août dernier qu’ils allaient le remplacer sur les dates de leur tournée américaine, le communiqué parlait d’un repos forcé « suite à une légère intervention médicale. » Charlie, lui-même, se montrait optimiste. Il avait réussi à vaincre son cancer à la gorge voici quinze ans. Il n’avait pas un physique d’athlète mais il était solide. Lors de la No Filter Tour, la dernière tournée européenne des Stones en 2017, les nouvelles étaient bien plus alarmantes pour le guitariste Ronnie Wood. Même si Charlie avait 80 ans, personne ne s’attendait à ça. Il avait même évoqué son envie de revenir sur la fin de la tournée américaine des Stones.

« Gentleman », « pilier du groupe », « batteur ultime »… Ces termes reviennent dans tous les hommages qui lui sont rendus. Quel mot ajouteriez-vous ?
« Elégance ». C’est certainement la personnalité la plus élégante que j’ai rencontrée dans le monde du spectacle. Il restait modeste. Il avait le mot juste quand il s’adressait à vous. Quand il reconnaissait quelqu’un dans les backstages d’un concert, c’est lui qui se déplaçait pour venir dire bonjour et prendre des nouvelles. J’ai côtoyé Mick Jagger, Keith Richards, Ron Wood. Quand je les voyais, ça restait Mick, Keith, Ron, les musiciens des Stones, des superstars… Avec Charlie, on ne se rendait pas compte qu’on avait en face de soi le batteur du plus grand groupe de rock. Ce matin, sur le site officiel des Rolling Stones, il n’y avait pas une seule info, pas un seul mot. Seulement une photo de Charlie Watts tout sourire dans son costume trois pièces. Ça résume toute sa personnalité. Il n’y a rien à ajouter.

Qu’est-ce qui rendait le style musical de Charlie Watts unique ?
Charlie a été formé à l’école jazz. En jazz, on est plus ouvert et plus attentif au son de chaque instrument que dans le monde de la pop. Il avait l’oreille. Durant l’enregistrement du double album « Exile On Main Street » dans la villa Nellcôte en France en 1972, c’est Charlie qui a l’idée de placer la batterie dans les toilettes pour avoir un son unique. Et ce son de batterie sur « Exile On Main Street » est devenu aujourd’hui une signature. Pareil pour l’album live des Stones « Get Yer Ya-Ya’ Out » paru en 1970. Si vous enlevez la batterie, il ne reste plus rien sur ce disque. Il n’y a aucun doute : au niveau son et rythmique, c’est lui qui tenait la boutique dans les Stones.

Quand vous le croisiez dans les coulisses des tournées, de quoi parliez-vous ?
En dehors des Stones, Charlie était passionné de jazz et de chevaux. Lors d’un concert à Bruxelles, il m’avait dit qu’il s’était levé tôt le matin pour aller voir un éleveur dans le Limbourg. Mais la plupart du temps, les conversations tournaient autour de nos familles, de nos épouses respectives et du jazz. Il savait que je collectionnais des archives musicales. Il m’a demandé de lui trouver des documents sur le batteur de jazz américain Art Blakey. C’était son idole.

La grande question maintenant. Est-ce que les Stones vont survivre à Charlie Watts ?
Qui sommes-nous pour répondre à cette question ? J’entendais des débats sur ce sujet en radio, quelques heures seulement après l’annonce de son décès. Je trouve ça indécent alors qu’il y a une famille dans le deuil, les membres de son groupe qui pleurent, des millions de fans qui sont tristes. L’avenir des Stones appartient aux Stones. Point. J’ai pris un coup hier quand j’ai appris sa mort, j’ai perdu un ami. Le reste, ce n’est que du rock and roll.

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